LIGNUM
MERAC*
Les bois
de Mérac
C’était Mérac : la senteur des matins,
Les fleurs juste écloses, le laurier, le thym…
C’était aussi le lac, la douceur de ses flots,
Le chuintement bizarre, le clapotis des eaux.
Dans les bois de Mérac, l'enfance découvrait,
Imbibé de rosée, de givre, le feuillage cuivré ;
Sur la mousse, les premières limaces
Fardaient de mucus, d'infidèles traces ;
Les vents automnaux plissaient l’aurore,
Au jour nouveau ; s’y repaissaient encor,
Le souriceau, la gerbille, le luisant endogé
Dont les anneaux sifflent pour y déloger
L'insecte larvé, de pontes dont la mue
Empreint du sol, quand elle remue,
Les striures, d’où germent les gamètes
Déliées du tubule de racines-palmettes.
Ici, les fifres se reposent et rêvent ;
La nature laque de chaude sève
D’arborescence, loin des poudreux frimas,
Le noueux branchage à l’aspect trichoma.
Mérac, est une sylve, breuil de patrimoine
Où migre l’oiseau aux ailes calcédoine ;
L'orvet s’y prélasse sans crainte,
Quand s’activent de houleuses plaintes.
Aux bois de Mérac, à l’éveil des saisons,
Fument les cheminées de vieilles maisons ;
Le bouvier à sa tâche, fredonne élégamment
Une triste complainte, au clair du firmament.
Armand Mando
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