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dimanche 3 septembre 2023

SUBTILE DIDASCALIE

SUBTILE DIDASCALIE

 

Qui a endimanché le péché séculier, bridé

La foi du sage au faîte des résiliences ?

Qui, du conciliatoire ceint de patience,

Effeuille la pondération, sans en rider,

 

L’exacte mesurage… de ce rédhibitoire,

Au juste calibrage de l’esprit affermi,

S’entrelacent, au for de l’insoumis,

De schismatiques dissonances ; l’histoire

 

Les vient _ sans rétention aucune_ dévoiler ;

La peur du lendemain, l’angoisse du présent,

Etranglent le plébéien ; ai vu, en les croisant,

Les serfs s’enquiller aux nuits étoilées,

 

Les faubouriens, prier leur madone chaulée :

Illusoire badigeon… les voyais, attendris,

Accorer de la componction, l’hémiédrie

De ces froids cristallins, forcément, affolés.

 

Qui a accoutré de penailles les hommes

Enkystés de syncrétiques prêches ; l'adepte

De loges : zélateur bouffi de vains préceptes ?

Qui l'a ajusté au lore de ce fatum ?

 

D’inciviles percées indisposent encor, l’envie,

Et le besoin… voire l’inéluctable, de la gent

Aboutée aux Célestes Promesses ; les régents

L'ont mise au rang des ennemis, au parvis

 

Dont le prévariqué : isolé, sans obole, sans gage,

Ignore la rudesse… cet agora violente l’attente

Du pénitent… puis, peu à peu, fermente

Du raisonnable, le cœur désysopé d’adages.

 

Quand sombre hors la nue, l'orbe démuni,

S’affaisse l’astre luisant, le cosmos agonise

Entartré de disgrâces… lors, la mort intronise

Du Schéol, la superbe liant le mâle puni.

 

Privé d’engoulevent, l’insincère piétine, au froid,

D'artères glacées de belles capitales ; le péché

Y est roi… il glisse où flottent l’emperché,

L’encorné mis à mal, en l’aurore, parfois,

 

Aux salutaires aubes imbibées de rosée… le temps,

Défait de sa clepsydre, cogne aux portes butées

De la reviviscence_ ignorant, de la fatalité,

Juste alternance ; puis, essaime, en partant,

 

Le dernier embryon : utopique retenir, amorces

D’existence, ébauches d’un futur en berne…

L’oubli de tout entoile nos revêches cernes :

Disgracieuses poches entre larmes, et introrse.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

samedi 2 septembre 2023

ETRANGE ANAMNESIE

ETRANGE ANAMNESIE

 

Ma mémoire a greffé, en de vagues poncifs,

D’anodines amours, d’éphémères conquêtes ;

S’est faite précurseuse, en-deçà de mes quêtes,

De vaniteux présages, en mon verbe rétif.

 

Ma mémoire a semé, aux lointaines jachères,

De prétentieux gamètes, d’altiers embryons

Faisant la nique au temps : ces haillons

Enlaidissent, et troublent encor ma chair.

 

A déprécié de mes brèves foucades,

La fluctuation… concise, thésaurise, au soir,

Pour s’en faire trésor, mes riches accessoires :

Opulentes mises de rudes algarades.

 

O tristes remembrances, amoindries !

Vous peuplez mes nuits amorphes, léthales,

D’ovoïdes chimères… du nectar de Tantale,

M’abreuviez… jadis, pour, à l’hypocondrie,

 

Me soumettre, sans mal… vaillance de rois,

Cran de chevau-léger, démunissent

Du ton, en ce confiscatoire, la sarisse

Prête à tuer du vice, le versatile effroi.

 

Mémoire enfuie, esquivée, mais… présente,

Tu fais de mes vaques, avant que de me lier

De noduleux préceptes ; tu étais mon alliée,

Quand la joie fardait _ imposante,

 

Les puériles grimaces du garçon fragile :

Irrévérencieuses moues de l’âme frondeuse…

Les vierges attisées de soifs licencieuses,

Amortissaient ma chute de puceau malhabile.

 

Je devinais la femme derrière ces canisses

Que les filles dressaient au socle du plaisir…

Leurs jeux donnaient ton au possible désir

Affectant les minaudes huées des pythonisses.

 

Solitaire, sur la couche bambane, j’écossais

Des fièvres masturbatoires, le visqueux reflux :

Longue traîne de semences joufflues…

L’audace en modulait le cylindre peaussé.  

 

Sélective mémoire_ laisse-moi redescendre !

J’ai des vides à combler, des creux à obturer…

Les mots font réserve, afin de m’emmurer

A l’hypogée d’un cycle maculé de cendres.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

vendredi 1 septembre 2023

ROTATOIRES EPIGRAMMES

ROTATOIRES EPIGRAMMES

 

Si j’étais poète, au printemps des amours,

Trouvère, sur les routes menant à outre-lieu,

J’offrirais à ma muse, au chant du courlieu,

L’assise de ces rêves siéent aux troubadours.

 

Dînerais_ peut-être_ au clair de riches lunes,

A la table de ces souveraines, quand l’étoile

Pose, aux sombres nuitées_ sur la voile,

L’écho de ses éclats… en-deçà des lagunes.

 

Si j’étais poète, aux ides renaissantes, fier,

Dresserais, aux aurores, en l’endosse du jour,

De captieuses fragrances… parfumerais l’ajour

Des belles courtisanes, des biches altières.

 

Ecrirais sur la peau d’un vieux palimpseste,

De sinistres mémoires, de vaines doléances,

Pour déclouer de l’âme ‘’breloquée’’ d’allégeances,

L’entregent du servile prisonnier du geste.

 

Ma prose, enclose de badines, ouvrirait

Des roses, la gracieuse bractée… perchées,

Les frêles étamines, sagement épanchées,

Fluidifieraient des stigmates, les rais.

 

Si j’étais herméneute d’un empire de cendres,

De tous les podestats parjures, déloyaux,

Ecalerais, sans mal, des mots vrais, le noyau

Bridé du conclusif réprouvé des polyandres.

 

En la tonitruance m’étant coutumière,

Le servant avachi au pupitre, l’infatué,

Ce prélat piégé du nonce destitué,

Ne seraient plus que… grises poussières.

 

Si j’étais, des abyssines tacles, rivarolien,

Pousserais, aux mâtines, des monotones laudes,

L’angoissante homélie de chantres en maraude,

D’autres capucinades : oraisons sans liens.

 

Si je deviens poète, au creuset de l’histoire,

Vous saluerai d’en-Haut, avec grâces, constance ;

 N’aurai de la houspille dépréciée des instances,

Aspirations aucunes… tairai des congruences,

L’adaptabilité ; mieux encor, le nimbe d’offertoire.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

jeudi 31 août 2023

MALADROITES SOUFFLEES

MALADROITES SOUFFLEES

 

Je cours après un rêve à nul autre pareil,

Un sourire pris aux reines de la Villa Sparta ;

En une étroite loge engainée d’omerta,

Défilent d’autres louves épuisées de sommeil.

 

Au bord de sa cascade, me suis laissé bercer

De chimères tranquilles, de douces mélopées,

Et qui, de la barlongue, viennent envelopper

De mes envies d’ailleurs, l’inutile percée.

 

Son regard dénature mes probables défaites,

Désocle de ma targe, avant de disparaître,

Le précieux rivet… elle me voudrait reître

Sur la peau du désir, en un matin de fête.

 

Animés d’insolences, de cynisme, peut-être,

Les amants s’abandonnent au fil de sa vertu ;

S’imaginent parfois, la serve dévêtue,

Implorant le fier sigisbée afin de l’y soumettre.

 

Je les regarde pister au son d’un rigaudon,

Et de la tarentelle, décélérer le rythme, émus,

Comme à confesse, le sacristain promu

Aux glorioles : brandebourg guipé de fins cordons.

 

Elle fuit mon espace, aux heures égrenées

De ses fragiles pauses… ses attentes diluent

Mes appréhensions ; mais l’a-t-elle voulu (?)

Suis-je au faîte des songes, que l’on dit mort-nés ?

 

J’en voudrais redescendre, accéder au palier

Des gracieuses amours, de l’amativité ;

Accéder, comme Chateaubriant, en invité

De romances princières… pour elle, me lier…

 

De Germaine de Staël, quêterais conseils,

Ou de la Sévigné, quelque ruse d’insert ;

De l’épistole bleue, confierais_ sincère :

Madame Récamier, aux furtives veilles,

 

N’a pas eu de pareilles… se peut-il, ma mie,

En ces subtiles feintes, que la peur contriste,

Et pour s’en faire legs, aux ires fantaisistes,

Votre besoin d’aimer ?... De cette anémie

 

Ebranchée, la chétive ramée, vit-elle encor,

Aux vents désaccordés de l’insoluble peine ?

Ne laissez_ ô tendron de mes soifs, la gêne

Emprisonner les plaintes de ce corps !

 

Je crois qu’il se veut libre, pour se mieux offrir,

Aux onciaires poudrées… floconnent en ces ides,

Les délicates perles de l’étreinte sans rides,

L’exquise rosée, en la matutinale… sans souffrir,

 

Mime du parangon blessé d’indifférences :

Confiscatoire charge d’un vulgaire modèle

Au chevalet d’un peintre sous l’asphodèle,

Immolé au col de désuètes inférences.

 

Il me tarde, avant le petit jour, de desceller

L’écrin de ces émaux dont, seule, gardiez,

Déçue, avant l’oubli de tout… sine die,

Le circonstanciel… et sans vous rebeller !


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

FLEXIBLES CONVENANCES

FLEXIBLES CONVENANCES

 

L’aube s’est éveillée au grondement des eaux ;

Des arbres, les vieilles branches penchaient,

Et de leurs feuilles nues, les ramures cachées

Semblaient apprivoiser le flexible roseau.

 

De fines gouttelettes perforaient l’atmosphère,

Glissant sur l’herbe humide, en pointes bryacées ;

Les jeunes surmulots cessaient de paresser,

Pour se glisser, ravis, hors du sol aquifère,

 

Sur le talus jonché de fruits éclatés, du pollen  

Emietté du beau genévrier ; l’automne, ce jour,

Vient poser son bagage, défait du lourd ajour

Des moites boréales conglobées aux plaines.

 

Le temps, turbulé des vents tièdes du nord,

Peu à peu, efface des sillons estivaux,

L’empreinte des vallées, le crantage des vaux ;

Seule, l’aigrette, en survol, épie de l’athanor,

 

Les épaisses buées… grisée du brandevin

De ce vieil alambic agité sous sa masse,

Ce long distillateur aux arômes tenaces ;

S’en évapore, au soir, le souffle du provin.

 

Flottent en l’air serein, en la bride cuivrée

Des terres boulochées, de minuscules bises :

Fines clisses éthérées du filtre, et que frise

L’aurore, en sa diaphane lie, pour œuvrer

 

Calmement entre les lourdes berges, et l’étang

Où se noient sous l’épineux ajonc, lémures

En dérive, et chabots, dont la fraie emmure

Des limoneuses, le broussailleux battant.

 

Préemptée de ces métamorphoses, la nature

Harmonise des flots, l’ondoiement soudain…

Sublimée des rais chauds d’astres diamantins,

Galbe, des vespérales, la fragile mâture.

 

Les couvées donnent aux frêles gazouillis,

D’étranges pépiements… reteintent l’azur,

Puis, du nid des bondrées, émacient, à l’usure,

Les noduleux sarments abritant la saillie.

 

Au miroir de ces mutations, l’automne ajuste

Des nuisibles ventées, l’ahanante bouffée ;

Las, les pans de fontaines, quelques fées,

Apprivoisent l’orée de ce courtil auguste.

 

Riches d’exhalaisons, les heures s’enveloppent

De minutes conquises, de ductiles secondes ;

La faune ébaubie, repue de drupes rubicondes,

Entoilent d’un silence feutré, la visée amblyope.

 

S’il pleut sur les côteaux de dame Ponsardin,

Les forêts blessées : du Tronçais, à Plitvice ;

Que les fleurs de Suzhou, subitement, jaunissent,

Si le froid ride de Sarek, le bouquet grenadin,

 

C’est que l’automne éveille des premiers matins,

L’angélique drapé, pour s’en faire costume…

Il est, nous le savons, des traînes de coutume,

Nulle frange apparente au soyeux du satin.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

mercredi 30 août 2023

VICTORIAM

VICTORIAM

 

Les traces que j’ai laissées, avant de m’en aller,

Ont pavé du silence, l’insoutenable gêne

De l’âme cloquée, aux chartes cartésiennes...

Rien, qui me puisse, désormais, emballer !

 

J’ai fait le tour des choses qu’on disait insensées,

Encerné des matins, l’ouateuse auréole,

Décadré des nuits, en mes plus sombres rôles,

La froide nébuleuse… parfois, sans y penser.

 

Au tertre de vos envies, me suis embrigadé,

Immolant du confort, la fringante stature ;

Vos joies ont profané mes larmes immatures ;

Vos rires ont dépecé mes espoirs dégradés.

 

Quand l’amour se vêtait de ses plus nobles rais,

Mon soleil accusait d’autres incertitudes…

L’ivresse des jours pleins taclait ma solitude ;

Et du deuil d’apparoir, mon angoisse paraît.

 

Où se meurent au soir, les glaireux babils,

Les moites lallations de poupons en trottines ?

Aura-t-on délacé des premières bottines,

Le noduleux cordon… puis, d’un doigté habile,

 

Ecorné de l’œillet, la sphérique trouée ?

Les hommes ont-ils grimé de la sente d’hier,

La sinueuse vire… pour honorer, fiers,

Les dignes pérégrins ; doivent-ils être loués ?

 

N’ai point attendu l’aube, pour, aux fontaines,

Boire l’influx de ces sources cachées, posées

Au douzil de pépies s’y voulant reposer,

Avant, en vos déserts, dessangler ma futaine.

 

En piètre factotum d’un sinistre manoir, seul,

Ai courbé le dos face à la gent moqueuse ;

Ridé de vaines fronces, les déverses aqueuses

Ont souillé ma tunique, ce déplaisant linceul.

 

Le temps m’étant_ en ces déconvenues _ utile,

Ai pris des raccourcis, les bermes moins pentues ;

Ma jeunesse gravait, de ses besoins obtus,

Syllabiques présages, en offres moins futiles

 

Que les prétentions de censeurs aguerris…

L’emphase en emplit le généreux bedon :

Ce rumen saturé d’orgiaques baccades, dont

L’hédoniste flatte l’imposant gabarit.

 

Ai fredonné romances aux sages caméristes :

Gracieuses suivantes d’imaginaires castels ;

A leur cou porphyré, ajouré de dentelles,

Ramoitissait ma lèvre d’aquafortiste

 

Retouchant de l’œuvre, en de suaves teintes,

L’immuable contour : indissoluble ondule…

Mes mots froissaient du nard de la filipendule,

La troublante fragrance, l’abstruse atteinte.

 

Je voulais être moi… afin qu’il m’en souvienne,

Aux laborieuses brettes de l’existentialisme,

De l’aura du gagneur, en fi de despotisme,

De l’ivresse du mâle aux chues diluviennes_

 

Authentique héros arborant livrée, au cœur  

Du bacchalaureus, le tressoir du rameau :

Imposante couronne ajustée en chrémeau,

Au port du simple lad, mué là, en vainqueur.


Pincé de tant d’adages, de cérébrales joutes,

Je me croyais… fini _ échu d’une autre tierce,

Mais…

Mon destin fut, sans la moindre transperce :

Inébranlable socle au creuset de vos doutes.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

mardi 29 août 2023

SAVONAROLE 1452 /1498

SAVONAROLE

1452 /1498

 

Girolamo Hieronimus Savonarola mieux connu

Sous l’éponyme de Jérôme Savonarole, naquit

Le 21 septembre 1452 sur le fief conquis

De Ferrare, en Italie du nord… plus tard, l’ingénu,

 

En frère dominicain, dénonça le désordre

Du catholicisme, sa dépravation ; ne put _ hélas ! _

En combattre les dogmes qui le matelassent,

Les prêches surannés… à nous en faire mordre.

 

Sa franchise n’eut d’égal, et sans fuites,

Que cette véhémence dont il usa souvent ;

Sa colère _ ses actions le prouvant_

Rassurait ses disciples ; sa conduite

 

Confisquait, en ces surnuméraires,

Le vice du clergé aux longs crocs de mutant

Qui déchire la chair… en argumentant,

En d’infâmes préceptes démunis d’arbitraire.


7 février 1497, ‘’son bûcher des vanités’’ dévoile

La folie de cette prélature infectée, sanieuse…

Le mensonge du clerc, sa fougue vaniteuse,

Accolent les naïfs en quête de bonne étoile.

 

Courageux, pugnace, brisa l’aura des Médicis,

Dressant au fief de la théocratie, Florence :

Berceau de l’histoire… du moins, en apparence ;

Aristote, puis, Platon devinrent, en ces auspices,

 

Les pensées à suivre… la faiblesse manœuvre

Désormais en l’étroite coulisse, où vaque

L’antagoniste enferré à la voie du cornac

Conspué de la plèbe, cette grasse pieuvre.

 

De Ruina Mundi, poème de sa sage jeunesse,

Emane de profondes assertions ; anticlérical,

Comme après lui, Voltaire ; son verbe écale

Des désillusions, récusable détresse.

 

Le ton est donné :

 

Sera franciscain, non pour dire, mais…

Pour démontrer des Saintes-Ecritures,

Avec foi, et adresse, La Vraie Littérature…

La Chose accomplie, se fera désormais :

 

Vitupérateur, à l’endroit de ces religieux

Dont la soutane confisque, en drapé de kaiser,

L’Unique Vérité : Celle que Le Dieu sincère

Révèle à Ses Fidèles, en des mots élogieux.

 

L’ascèse et la prédication démunirent sa foi ;

Il ne sut concilier : actions et gnosticisme

Gangrenés de rituels proches du syncrétisme ;

En croyant soupçonneux, il franchit le beffroi

 

Des prévaricateurs… sa folle mécanique

N’eût, de la dynamique, approche, aucune…

Purgé de sa vertu, mais, enflé de rancunes,

Dériva loin des terres enfiellées de panique.

 

Reconnaissons, tout de même :

 

Le cran qu’il dût avoir pour crisper, et sans mal,

Les marchands d’indulgence : le pape Alexandre

Et ses démons, attirés par les billes de cendre,

Ces incubes sans nimbe, ersatz du proximal.

 

Coulpes et cilices le poussent en ses tranchés ;

Pour s’éloigner des mortifères flagellations

Des moines, il se plie aux jeûnes ; la tentation

L’encloue, en ses réserves… pour prêcher,

 

S’inflige d’inutiles tortures, de scarifications…

Le voilà se combattant lui-même…

Acculé, et sans souffle moral, l’anathème

Siffle au-dessus de sa tête… de La Crucifixion,

 

Ne lui reste que : pensées abstraites, image

Rehaussée d’un supin ecclésial… s’engouffre

Aux méandres de ce qu’il combat ; il souffre

De se voir aluné, sans subsides, sans gages.

 

Quand il présente le pape Alexandre VI,

Comme l’antéchrist, la justesse du ton

Est fort appréciable… mais cède, le fronton

De chaque vérité… quand il s’y hisse,

 

S’écroulent les colonnes de sa ténacité…

Satan est un rusé, Savonarole le sait…

Le mal en son faufil, est un fade succès :

Un artefact de plus, un vieil exploit mité.

 

Pour combattre le Diable, il faut du Seigneur,

L’Epée à deux tranchants… le reste est accessoire ;

Aucun homme ne peut, aux berces illusoires,

Amputer du péché la constance… ce leurre !

 

La foi en son Sauveur n’accuse, loin s’en faut,

Quelque sage soit-on_ l’effet produit

Sur l’acte accompli _ fut-ce un sauf conduit

Par le miracle… quoiqu’il vienne d’en-Haut ;

 

Un Chrétien (un vrai) n’est que le réceptacle

Des Bénédictions du Rédempteur Vivant ;

Ce que nous faisons, a l’empreinte des vents

Emportés de la nue… son unique habitacle.

 

Savonarole a cosmétiqué son ardeur…

La sagesse des hommes, est folie pour Dieu ;

L’émotion est un flux éthéré… même pieux,

L’humain reste poussière, fragile quémandeur

 

Dont Le Ciel fait Grâce… pour ne se point lier,

L’Amour du Tout-Puissant accorde satisfécits…

Désœuvré, piégé, que voulez-vous qu’il fit,

Lui, ce vaillant Héraut : herméneute geôlier !?

 

 Mai 1497, le 23_ se fait excommunier du pape…

Florence est à feu, et à sang ; les tavernes

Laissent couler le vin, les bordels ternes

Entrouvrent leurs cagnas… le vice encape

 

A nouveau le peuple, jadis écrasé d’entregents ;

Il fait _ aux sombres chutes vaticanes _

Chaud et froid… c’est selon ! sous l’arcane

Des cristallomanciens, au soir, les gens

 

Affluent de partout… le Diable joue encor

Sur les deux tableaux : séculier et paganisme…

Le monde dressé sur ruines, boit l’athéisme,

En fébriles lampées… bagués à ce décor,

 

Les minables suppôts, avachis, lymphatiques,

Enguirlandent du songe, l’impalpable coulée…

Ivres de ce faux cépage, sen viennent blackbouler

Au naos d’un cloître… jadis, trop hermétique.

 

1498, l’inquisition l’accuse de fausse prophétie,

Savonarole tient bon ; sa foi n’est pas un leurre

Agité à la barbe des porteurs du malheur :

Ignobles cardinaux férus d’acrobatie…

 

En pisse-froid, le pape, ce plénipotentiaire,

Diligente ce tribunal ; y siège Bélial, son maître,

Ce jongleur anonyme… oui, ce traître

Dont Judas accepta, en vil réceptionnaire,

 

Les sequins du malheur… ave retro satanas !!!

Savonarole, sans contrainte, accepte

De plonger sans ciller, au fond de cette nasse ;

Épandu, se réjoui de garder ses Préceptes.

 

Après cinquante jours de prison ; torturé, battu ;

Au son de l’Infelix ego _ corps blessé, bras brisés,

Il savoure la mort ; gardant sa tunique, grisé

Du nectar du Salut, il ‘’ leur’’ crie, abattu : _

  « Je ne vous le donnerai pas, mais vous pouvez le prendre. »

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023