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jeudi 31 août 2023

FLEXIBLES CONVENANCES

FLEXIBLES CONVENANCES

 

L’aube s’est éveillée au grondement des eaux ;

Des arbres, les vieilles branches penchaient,

Et de leurs feuilles nues, les ramures cachées

Semblaient apprivoiser le flexible roseau.

 

De fines gouttelettes perforaient l’atmosphère,

Glissant sur l’herbe humide, en pointes bryacées ;

Les jeunes surmulots cessaient de paresser,

Pour se glisser, ravis, hors du sol aquifère,

 

Sur le talus jonché de fruits éclatés, du pollen  

Emietté du beau genévrier ; l’automne, ce jour,

Vient poser son bagage, défait du lourd ajour

Des moites boréales conglobées aux plaines.

 

Le temps, turbulé des vents tièdes du nord,

Peu à peu, efface des sillons estivaux,

L’empreinte des vallées, le crantage des vaux ;

Seule, l’aigrette, en survol, épie de l’athanor,

 

Les épaisses buées… grisée du brandevin

De ce vieil alambic agité sous sa masse,

Ce long distillateur aux arômes tenaces ;

S’en évapore, au soir, le souffle du provin.

 

Flottent en l’air serein, en la bride cuivrée

Des terres boulochées, de minuscules bises :

Fines clisses éthérées du filtre, et que frise

L’aurore, en sa diaphane lie, pour œuvrer

 

Calmement entre les lourdes berges, et l’étang

Où se noient sous l’épineux ajonc, lémures

En dérive, et chabots, dont la fraie emmure

Des limoneuses, le broussailleux battant.

 

Préemptée de ces métamorphoses, la nature

Harmonise des flots, l’ondoiement soudain…

Sublimée des rais chauds d’astres diamantins,

Galbe, des vespérales, la fragile mâture.

 

Les couvées donnent aux frêles gazouillis,

D’étranges pépiements… reteintent l’azur,

Puis, du nid des bondrées, émacient, à l’usure,

Les noduleux sarments abritant la saillie.

 

Au miroir de ces mutations, l’automne ajuste

Des nuisibles ventées, l’ahanante bouffée ;

Las, les pans de fontaines, quelques fées,

Apprivoisent l’orée de ce courtil auguste.

 

Riches d’exhalaisons, les heures s’enveloppent

De minutes conquises, de ductiles secondes ;

La faune ébaubie, repue de drupes rubicondes,

Entoilent d’un silence feutré, la visée amblyope.

 

S’il pleut sur les côteaux de dame Ponsardin,

Les forêts blessées : du Tronçais, à Plitvice ;

Que les fleurs de Suzhou, subitement, jaunissent,

Si le froid ride de Sarek, le bouquet grenadin,

 

C’est que l’automne éveille des premiers matins,

L’angélique drapé, pour s’en faire costume…

Il est, nous le savons, des traînes de coutume,

Nulle frange apparente au soyeux du satin.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023