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lundi 21 août 2023

INADVERTANCE

INADVERTANCE

 

Ne t’en fais pas ! j’ai laissé ma mémoire

Effacer de nos jeux, aux trépides fredons,

Les perverses grimaces, même le rigaudon,

Un matin, dérobés aux pages du grimoire.

 

L’oubli a allégé de mes chagrins d’hier,

Avant que de s’enfuir, l’irascible mésaise ;

Confiant, cheminerai au-dessus des falaises,

Avancerai seul, sans m’agripper au lierre.

 

J’ai brûlé les photos de nos étés cuivrés,

Puis, au calcin de nos routes contraires,

Ai semé, comme pour m’en abstraire,

D’autres semences… affranchies de l’ivraie.

 

Sur la couche bancale où fondent mes envies,

L’automne a déposé un vieux bouquet fané,

Une gerbe flétrie au parfum suranné ;

Les grelots de l’absence entonnent sa survie.

 

Les amants démunis sont des furtives ombres ;

On les voit louvoyer sur les quais de la Seine,

Quand le cœur s’agrémente d’attirances malsaines,

Au soir, où le noceur hante les lieux sombres.

 

En des rêves floutés, s’éparpillent à l’aube,

Tous les couples défaits d’infidèles promesses ;

S’en vont_ trotte-menu _ tels, au sortir de messes,

Les bigots convertis aux raclures d’engobe ;

 

Écrasés de mensonges, de coulpes feutrées,

Ils épient les rombières du catéchuménat,

Ignorant que ces chattes flattent le mécénat,

En espérant sequins… ils en seraient outrés.

 

Aurions-nous, comme eux, accédé au palier

De cette hypocrisie dont nous parle Rimbaud ?

Des concises formules méconnues du ribaud,

Ne me laisserai vaincre ! ne me pourra lier,

 

Ce_ quoiqu’il advienne _ le serf désespéré !

Sur l’épaule du temps, pleurent encor :

Le lâche, la gaupe émargés de leurs corps,

Sans comprendre, hélas, de l’esprit tempéré,

 

La justesse du ton dont la verve alimente,

En de subtiles clés, la précieuses coulée…

Se peut-il que l’échec puisse vitrioler

De la velléité, le rempart, et qu’aimantent

 

D’insoupçonnables remords : ces regrets

Dont, toi et moi, puisque désengagés,

Confions, au coucher, comme pour s’encager,

Et qui, aux moites lèvres, s’y semblent intégrer ?

 

Des billets de l’enfance frondeuse,

Aux brèves épistoles du passé acronyme,

Les mots ont atténué du moi pusillanime,

L’affolant mécanisme de l’âme extrudeuse. 

                              

Heureux... je vis !


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023