(L’EMPOISONNEUSE)
Marie-Madeleine Dreux D’Aubray: empoisonneuse,
A posé au front de Paris, l’insoumise, l’altière
Capitale : l’unique destrier démuni de
têtière,
Un noble caveçon, en Lutèce, la prôneuse.
Entoilée d’un chrémeau, au baiser d’un abbé,
Posé sur noble front, la captive fut ointe…
Celle qui vit le jour en juillet 1630, en pointe
D’eustache, perça l’aube au voile de macchabées.
Violée à sept ans par l’un des domestiques,
Devient l’amante de ses frères ; a dix ans,
Fière, prônait l’inceste, dont tous les médisants
Saluaient _ du clergé, au laquais, la gestique.
Trois fois par semaine, elle offrait, en nubile,
Sa chair dépravée, son corps sans poitrine ;
Louant le vice, d’être sa seule doctrine,
Bénissant l’adultisme au faîte amabile.
Insolente beauté (le Diable fut son mentor),
Caressa du monde, l’irréfragable mainmise,
Etrilla du plaisir, la factuelle entremise…
Immodeste poupée au souffle de stertor !
Marie avait le goût des Belles Lettres ;
La graphie empanachait de son cunéiforme,
L’épistolière empreinte… toujours conforme
Aux lexicales règles, à ne s’en point démettre.
Elle avait le talent d’érudites amantes…
Son savoir alimentait cénacles et salons…
Son approche, en ces mues, disait long
Sur la verve qui, malgré elle, aimante.
Quelle joie d’emmurer la précieuse syntaxe,
En de moins sombre geôles (…) ! quel art !
Concessive ? _ peut-être ! _ si quelque part,
La parcimonie germe sous d’autres axes.
Mère de sept enfants (quatre sont illégitimes),
Peu à peu, s’embourgeoise… s’encanaille(!?)…
La famille, souvent, démunie de tenailles,
Offre : luxe de plaire aux coteries intimes.
La Brinvilliers le sait ; en use à-tout-va !
Ses mondanités de marquise offusquent
Le tout-Paris de nuit ; lors, elle brusque
La cour, en de subtiles feintes de riche diva.
Gaspard III de Fieubet le jésuite, Lafontaine :
Ces célèbres penseurs, la voient en intrigante
Femme de pochade, habile, voire dérangeante ;
Elle a, des matins gris, dénervé turlutaines.
Pierre Pennautier, trésorier de réserve, heureux,
Lui offre amitié, sans crainte d’exégèse…
1669,
devient maîtresse de celui qui l’apaise,
Godin de Sainte Croix : officier généreux ;
Grâce à lui _ dit-on _ se lance dans les affaires :
Placements et appropriables bourses….
Ces fautives errances moduleront sa course ;
Son pygmalion est joueur ; d’ailleurs, n’a
que faire
De ce monstre à deux têtes (pouvoir et plaisir) ;
Ses maîtresses sont ‘’légion’’… officier-séducteur,
Bridé par l’entremêle de ces dames ; tentateur,
Autant que victime, se laisse, sans mal…
transir
En d’immuables fièvres… l’amour n’a de donne,
Que beauté de l’âme assouvie… constance,
A jamais réfractaire aux rus de l’existence :
C’est un joyau béni aux ombres de maldonne.
*
Dreux D’Aubray,
Irrité de la vouivre qu’il a enfantée, punit l’officier :
Donne lettre de cachet, le fait embastiller…
Voir sa fille séduite d’un va-nu-pieds… tailler
A son profit, dépendance soudaine…. Supplicier
L’autrice de ses plaisants graphèmes… jamais !!!
Un père est un fauve mutant ; il assure pitance…
La proie ne se peut travestir, en l’intense !
Gravira pour les siens le plus haut des sommets.
Oh marquise ! que ne seriez-vous femme !
L’hiver poudroie, en de lointaines ides,
L’armure et le heaume du reître impavide ;
Faîtes-vous dentellière, aux vacilles de flammes !
Quand elle s’offrit les fioles de Glaser, le
succube
Franchit le point non-retour : le parricide ;
Septembre 1666, empoisonne son père lucide ;
Puis, ses deux frères, sa sœur… munie d’un tube.
En 1670, Henriette d’Angleterre, aurait subi,
(D’aucuns le prétendent) ses foudres…
Quoique sa mort fut différente (…) en découdre
Avec elle… que nenni !!!, à son tour, estourbi
Son mari se retire sur ses
terres,
Par peur d’être à son tour l’écheveau déroulé
Du cortège de mort… y viennent blackbouler,
Les ectoplasmes froids au souffle délétère…
Condamnée par coutumace, est retrouvée
Au couvent des bénédictines… larvaire, purgée :
Acétique béguine pris au rets d’insurgées
Aux mariolâtres rites de prêches controuvés.
Yeux bandés, sur la place de Grève, en bure,
Est décapitée le 17 juillet 1676… l’étrange
Est un couloir crasseux… y déambule l’ange
Porteur de faux… celui qui ébarbure.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023
