Mon île est un bassin
où danse le fretin
Entre les algues folles, le corail nacré ;
Les bateaux, parfois, s’y viennent ancrer,
Longeant de l’estuaire
l’étrange muretin.
Mon île est un jardin
où pousse la rosée
Perlant des roses-thé
au petit matin clair,
L’épineuse couronne
irradiée d’éclairs,
Le soyeux sépale au
foliole irisé.
C’est un noir volcan ajouré de lave,
Poudré de cendres, de frêle lapilli ;
L’espère conquise
aux primes embellies,
La désire soumise, défaite d’enclaves.
C'est un palais à
l’altier beffroi ;
Epiée dessous la
canopée, d’oisillons
Chus de vents tropicaux,
de bouvillons
Repus, méconnus
des grands froids ;
Une oasis en un
désert de souffre :
Palmeraie dressée
en éventail
Sur la peau d’atoll
où broute le bétail
Encoffré au bedon d'un long gouffre.
Rustres carcajous, gloutonnes mouettes
Aux moites rémiges
balaient au soir
De l’éther azuré l'ardente
aplatissoire
Percutant de ses rais les
flexibles rouettes.
C'est un hameau
aux portes d’outre-lieu :
Etrange bourgade grisée
de sel marin ;
Se veut messagère au
matin ivoirin,
Du zéphyr blessé, l’ouragan
bilieux.
C'est un bateau, une
riche bélandre
Chargée de victuailles,
sur l’océan plombé
Caressé de la lame aux
frisures bombées ;
Elle assèche mes pleurs
à pierre fendre,
Quand s’enflent au soir
sur ma couche nue,
Le spleen du pérégrin
mué là, en poète,
Le chagrin du penseur, cet anachorète,
Et que raillent encor
les tristes ingénues.
Armand
Mando ESPARTERO© copyright 2023






