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jeudi 9 février 2023

MON ÎLE EST UNE ESQUISSE

MON ÎLE EST UNE ESQUISSE

 

Mon île est un bassin où danse le fretin

Entre les algues folles, le corail nacré ;

Les bateaux, parfois, s’y viennent ancrer,

Longeant de l’estuaire l’étrange muretin.

 

Mon île est un jardin où pousse la rosée

Perlant des roses-thé au petit matin clair,

L’épineuse couronne irradiée d’éclairs,

Le soyeux sépale au foliole irisé.

 

C’est un noir volcan ajouré de lave,

Poudré de cendres, de frêle lapilli ;

L’espère conquise aux primes embellies,

La désire soumise, défaite d’enclaves.

 

C'est un palais à l’altier beffroi ;

Epiée dessous la canopée, d’oisillons

Chus de vents tropicaux, de bouvillons

Repus, méconnus des grands froids ;

 

Une oasis en un désert de souffre :

Palmeraie dressée en éventail

Sur la peau d’atoll où broute le bétail

Encoffré au bedon d'un long gouffre.

 

Rustres carcajous, gloutonnes mouettes

Aux moites rémiges balaient au soir

De l’éther azuré l'ardente aplatissoire

Percutant de ses rais les flexibles rouettes.

 

C'est un hameau aux portes d’outre-lieu :

Etrange bourgade grisée de sel marin ;

Se veut messagère au matin ivoirin,

Du zéphyr blessé, l’ouragan bilieux.

 

C'est un bateau, une riche bélandre

Chargée de victuailles, sur l’océan plombé

Caressé de la lame aux frisures bombées ;

Elle assèche mes pleurs à pierre fendre,

 

Quand s’enflent au soir sur ma couche nue,

Le spleen du pérégrin mué là, en poète,

Le chagrin du penseur, cet anachorète,

Et que raillent encor les tristes ingénues.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023