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mardi 17 mars 2020

SOMNIUM ARCE*


SOMNIUM ARCE*
Château de rêve

Dans l’épais brouillard de la lande endormie,
Derrière les bosquets, s'y délient les vents ;
Sublimée de fontaines aérées en auvents,
Se dresse la demeure de nobles insoumis.

Dans ce sublime lieu, le preste factotum,
La rétive soubrette, le cuisinier bavard,
S’activent en la paresse de ces heures buvard
Absorbant des matins, les volutes d’automne.

Dans ce lieu aux tentures moirées, la vie
Dissoute exulte en parhélie… il fait beau,
Jusques aux couloirs éclairés d’un flambeau
Dont vacillent les flammes majorées de lavis.


Dans la salle, la longue nappe beige
Vêt de sublimes accords, la riche table
Ornée de candélabres, devant un retable
Magnifiant du lieu, l’enchanteur florilège

De cristaux, d’argenterie d’Espagne,
Aux musicales notes escaladées d’éclats
Chus du clavecin sous le dôme, à plat,
Sur les dalles marbrées, niées de cagnes

De grands boulevards, mégères goulues
De chambres aux fades moisissures,
Vieux débarras couchés sous toiture:
Hôtel de passe aux charpentes moulues.


La noblesse, aux noces annoncées,
De brocard, ganse, guimpe, de satin,
Se laisse magnifier au clair matin,
De la rosée... émus, presque blessés

De quitter la demeure des ces rentiers,
Hôtes pleins de prévenance, bourgeois
Férus de peinture, d’histoire, dont la joie
Agrémente le dispendieux, volontiers,

Sans du démonstratif user à escient,
De degrés conspuant le marmiteux,
Ce purotin aux habits loqueteux,
Dont l’âme recèle de désirs patients.


Quand dorment Loch Ness et Connemara,
Le fief d’Aberdeen miroite au souffle court
Des premières ventées ; s’isolent côté cour,
De ses blessures défaites d’apparat,
Côté jardin, les fleurs du baccarat
Piègent soleil et lune d’audacieux parcours.




Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

lundi 16 mars 2020

IURISDICTIO OBVENERAT*


IURISDICTIO OBVENERAT*
Quiétude

L’automne a quelquefois fané les rivières ;
Le lacustre miroir, en la vase, s’émousse ;
Se meurt au faîte des bois, l’ombre rousse
Du soleil, ses majestueux rais, sa lumière.

Terres dessalées, lacs contaminés,
Fontaines polluées, privées de douzil,
Retrouvent peu à peu, clapotis de grésil,
Superbe d'antan ; là, des cheminées,

Les flammèches semblent colorer l’âtre
Enivré de tisons, de crépitantes braises ;
Du genévrier, les brandons se taisent,
Aspirant le noyau sous le foyer albâtre.


Les nichées s’éveillent en l’air serein ;
La moinelle s’affaire avant de s’envoler
En l’azur incertain ; y tournoie un ballet
D’altières grièches, ivres de vents marins.

Au soir, avant les nuits d’orage,
Huppes et perdreaux fuiront des vallées,
Les nuages de saisons déballées,
Alanguies en la sphère maussade ;


Les hommes viendront hiberner, fourbus,
D’un lointain voyage, de pérégrination…
Les femmes nues, sevrées de passion,
Se laisseront vêtir, déçues des mâles imbus

Qui de la chaude couche, bouderont repos,
Animant de l’orgueil, les brandons
Attisés de l’estime, sans pardon:
Ardentes escarbilles accoutrant le suppôt.


En la suave quiétude du renouveau,
La flore oindra les jardins de bohème,
Exaltera son subtil nard, au jour blême,
De riches fragrances, de délirants pavots.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

dimanche 15 mars 2020

AGGERIS JUNKS*


AGGERIS JUNKS*
Le rempart des jonques

Mon enfance dort en ses yeux éveillés,
Sa tête alourdie sur le froid oreiller ;
Elle me voyait dans l'herbe folle
Sur son ombre que la mienne auréole.
J’épiais les bouquets de son rouge sourire,
En cueillais prémices, avant que de rougir.
Elle guettait de la lande en broussaille,
Mes pas désaccordés, arrosés de la baille.
Les vespérales lentement déclinaient,
Affaissées au sopor de la faune échinée.
Elle avançait en la riche prestance
De gestes éthérés, sa subtile constance,
A mon seuil martelé de détresses,
De réticences ceintes de maladresses.


Les enfants portent au cœur, l’incertitude,
L’aporie d’un savoir enflé de rectitude ;
En subissent plus tard, sans atermoyer,
L’antilogie nous faisant larmoyer.
Quand repus d’aphélie, sevrés de parhélie,
Mes yeux cherchent du ciel de lit,
L'armature, les étoiles s’animent
En ma pupille ; mon double pusillanime
Égrène de ses tares, les resucées boudées
Du pragmatisme enjôlé de lèvres dessoudées.
S’il y a au soir, des lunes qui somnolent,
Reste de liqueur confite en fioles,
Il y aura sûrement à l’envol des jonques,
Sous la vase, de minuscules conques ;
Défait de son carcan, le temps exponentiel
Balaiera des amours, les nuées virtuelles.
Serai, oint d’amertume, un vil bretteur
Dont la lame émoussée trahit l’amateur
Qui de ma peau emprunte le cylindre,
Y parasite le filon, sans se plaindre.
Si elle vit à l’orée de mes larmes ganguées,
Me pardonnera t-elle d’y avoir tangué ?



 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020




samedi 14 mars 2020

LIGNUM MERAC*




LIGNUM MERAC*

Les bois de Mérac

C’était Mérac : la senteur des matins,
Les fleurs juste écloses, le laurier, le thym…
C’était aussi le lac, la douceur de ses flots,
Le chuintement bizarre, le clapotis des eaux.

Dans les bois de Mérac, l'enfance découvrait,
Imbibé de rosée, de givre, le feuillage cuivré ;
Sur la mousse, les premières limaces
Fardaient de mucus, d'infidèles traces ;

Les vents automnaux plissaient l’aurore,
Au jour nouveau ; s’y repaissaient encor,
Le souriceau, la gerbille, le luisant endogé
Dont les anneaux sifflent pour y déloger

L'insecte larvé, de pontes dont la mue
Empreint du sol, quand elle remue,
Les striures, d’où germent les gamètes
Déliées du tubule de racines-palmettes.


Ici, les fifres se reposent et rêvent ;
La nature laque de chaude sève
D’arborescence, loin des poudreux frimas,
Le noueux branchage à l’aspect trichoma.

Mérac, est une sylve, breuil de patrimoine
Où migre l’oiseau aux ailes calcédoine ;
L'orvet s’y prélasse sans crainte,
Quand s’activent de houleuses plaintes.  


Aux bois de Mérac, à l’éveil des saisons,
Fument les cheminées de vieilles maisons ;
Le bouvier à sa tâche, fredonne élégamment
Une triste complainte, au clair du firmament.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020




jeudi 12 mars 2020

DESTITUTIONS*


DESTITUTIONS*
Désappointement

Puisque la censure entrave vos désirs,
Le bonheur, pour vous, se fait attendre ;
Que céans, ne se peuvent entendre
Les premiers mots d’amour, sans gésir

Au seuil de l’infortune, il vous faudra,
En des matins de cendres d’automne,
Effleurer d’autres lèvres; y frissonnent
Les reines confinées en la soie de longs draps.

Amoureux en ces lunes où la femme renaît,
Vos musiques enjôlent de soupirs lascifs,
La modeste suivante dont les cris incisifs
Percent du renouveau, les premiers genêts.


Ai, comme vous, connu des nuits givrées,
Quand l’âme vient tancer les rêves ambigus,
Le cœur dépenaillé, les songes contigus,
Jouxtant de l’esprit, la girande cuivrée.

Les belles de logis se laissent attendrir,
Des caresses de l’amant prisonnier
De la soie de leurs bas : impulsif pionnier
D'inégales luttes; ne peuvent l'amoindrir,

Les noceurs, s'ils dansent en derviches,
Au rempart de bombances, d’agapes,
De faste, de ripaille chues des nappes
Du mécène ventru, bien trop riche

Pour du sequin s'alléger; pourriez-vous
Des autres, légitimer les actes affétés,
Confirmer de vos soifs la pépie, prêter
Ouïe, aux discourtois propos… rendez-vous !

De galantes pubères à la minaude moue,
Vous espèrent assoiffé d’aventures ;
Voyez donc rayonner dessous la devanture,
La pucelle déployant ses ailes tinamou !


En de sombres couloirs foulés de vagabonds,
S’endorment les craintifs de la désespérance…
Fuyez-donc ces couards au faîte d’apparence,
Verrez des gentes dames, le regard pudibond !



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mercredi 11 mars 2020

FALL MARINE* Marins d’automne


FALL MARINE*
Marins d’automne

Ils avaient pris la mer, bravé les tempêtes,
Chevauché l’océan, en fiers nautoniers ;
La mort, aux roulis, on ne le peut nier,
Bavait, spumescente, d’infimes miettes ;

Les vents les éjectent du flot assagi,
Puis, en délavent les miasmes salés,
Le poudroiement figé au mausolée
Des maritimes fonds d’où la faune surgit.

Les crachins chus de l’exosphère,
Se liaient au noroît, pour disparaître,
Transis, sans plus jamais renaître,
Du blizzard rompu de pluies austères.

Le mât agité d’éléments contraires, perçait
L'encavement d’essentielles denrées:
Substantiels vivres, pris aux marées
D'un long voyage aux branles cadencées.


Chaque heure déliée devient un défi:
Possible victoire sur la masse iodée ;
Au filet des larmes, les rires désodés
Pointaient de leur regard confit,

L'évanescente prédominance, ce souffle
Conquis: unique gloriole de l’homme
Sans réserve de munificence ; l’arôme
S’en exhale en un musc dont l’ensouple

D’orgueil le perce en son milieu…
Mer de nos désirs, océan sans entraves,
L’altier corsaire, cet insolent esclave,
Veut t'amadouer, donne-moi, d’outre-lieu,

Plages isolées, berges sans haussières !
Aimerais poser sur ton ventre plissé,  
Ma dégaine d'enfant des îles, glisser
Sous les frisures de vagues carnassières,

Sentir sur moi, tes fiévreuses secousses,
Quand l’hiver agresse mon métissage ;
Loin des tropiques, où sans âge,
Les vents mutilaient ma badine frimousse.

J'exècre des villes, ces mortes cités,
La disgrâce de poussiéreux blockhaus ;
Ils insufflent au cœur, un chahut précoce,
En ternissent l'étoile, en sa préciosité.


Tel le marin piégé de la tornade,
Je vais fondre, cherchant l’estuaire
Où la vie boute la mort des cimetières,
Ces noirs caveaux, ces creusets maussades

Emperlés d’impudence, heureux,
Des moindres aléas, dont l’espoir,
Pousse le zélateur borné à croire,
Quand l'inertie trouble l'esprit poreux.

Je veux des soleils, réajuster la rime,
Boire encor ses chaleureux rayons ;
Sur mon derme trop froid, les haillons
De vêture, déliés du faufil, s’abîment.

Du métrage abscons de la didascalie
Le soliloque piège le tragédien pansu !
A-t-il du double, emprunté en l’insu,
Des mimiques, les coupables délits ?


Maritime avenue où se transmue l'âme,
Viens pousser sur la nappe glissante,
Ma silhouette, cette mue dilettante:
Inusable profil jouxtant le macadam !

Te confierai de mes secrets d’alcôve,
L’itérative rengaine ! Te narrerai encor,
La douceur de ces subtils accords
Qui du piano, allument des tons mauves.  


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mardi 10 mars 2020

ME REVOCAS ?


ME REVOCAS ? *
Retenez-moi !

N’ayez crainte d’aimer quand l'astre rougeoie,
Se taisent les vents de l’automne discret !
De vous à moi, très chère, il n’est des secrets
Que jadis vous me fîtes, en ristourne de joie,

Nulle fuite possible… j’en fais rétention,
Pour me mieux soumettre à l’amativité
Dont font montre les serfs dont l’absoluité
Dénerve du savoir, l’exacte prétention.

Je parcours les îles, escalade les monts,
Aux ides pénétrées d’informelles secondes ;
Me fallait léser des formes rubicondes,
Le rouge pénétré de purulents phlegmons,

Des plaies, dévier le cœur sénescent ;
Ce cœur désamorcé; vous le tenez en laisse,
Rehaussant de la grâce, en vos délicatesses,
Imperceptible accord ouaté d’un bref accent !


A ma page de garde, tel le vieux doxographe,
Je commente de l'helléniste, l’abstraite pensée,
Effeuille des opinions, sans me lasser
Jamais, les dérives, en piètre cacographe

Qui des turbulences, sevré de l'affectif,
Pénètre la fadeur d'un douteux jargon,
Annihile des brèves poncées, le parangon
De vertus ointes d’actes correctifs.

Donnez-moi la mesure des ménestrels rompus
D'accords de la quadriphonie, la cadence
Dont Lully enchâsse du ballet, la radiance !
Que ne suis-je en ces luttes ! ô si j’avais pu !

Ai-je du désappointement, molesté,
Sans férir, la pointe, l’aciculaire apex,
Traversé les marbrures convexes
De l'âme griffée, d’illusions… enkystée !

Suis sous l’arche des réminiscences…
Il pleut de ma superbe, larmes de contrition ;
Moi, qui n’aie de vos rires en ébullition,
Que froids clapotis feutrés de nitescence.


Retenez-moi à la dragonne de l'autorité ;
Faites-moi ambigu vassal ! Qu’importe !
Ne me point laissez mendiant à votre porte !
Aurais-je à vos yeux,  toujours, démérité ?

Si la fin est voilée de gausses manifestes,
Qu’enclosent, vos humeurs harnachent ma raison,
Irai me revêtir des guenilles d'oraison
Pour taire de mon rêve, les mirages funestes.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020