NOCTIBUS*
Nuits
Nuits de sacrilèges, de débauches, d’ivresses,
Nuits profanées d’amants sous les guenilles,
Que faites-vous, ô nuits floues de détresses,
Quand la peau du péché, de Rome, à Manille,
Vêt les iconoclastes de dispendieuses messes ?
Nuits de mort, de souffrances, de deuils,
Voyez au gris pavé de la désespérance,
L’âme estropiée, l’esprit nu ; ils s’effeuillent
Aux laudes écalées de mornes insolences !
Nuits cendrées, qui du songe, atteignent
Les degrés du confort onirique, les marches
De l’irréel, regardez, quand la vision saigne,
L’offensante blessure du sage patriarche !
Nuits sybaritiques, vécues de l’odalisque,
Déliez de vos frasques, la grandiloquence !
Seriez-vous, à ce point, moulées en trochisque,
Qu’il faille vous gaver de corne d’abondance ?
Nuits évincées de l’astre d’Epiméthée, du ventre
De Mercure, de l’esprit d’Umbriel, de Trinculo,
Qui mandate vos actes bercés du barycentre
De Caliban, l’esclave rivé au cône de trullo ?
De longues nuits d’orage, au matin renaissant,
De fades nuits poudrées de quotidiens frimas,
A l’éveil butiné de la douce rosée, l’indécent
Vous fait fête, puis, s’affaisse aux langes du
coma.
Armand Mando ESPARTERO© copyright
2021
