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samedi 19 novembre 2022

AVEC

AVEC

 

Avec des souvenirs, des rêves écrasés,

Ai construit des murets, élevé des cités ;

Noué d’insomnies, sans jamais hésiter,

Ai tutoyé au soir les gouges méprisées.

 

Avec d’autres îles épiées de l’adret,

Ai allumé des mots au faîte d'élégies,

D'arpèges, au mal qui me régit

Sans me parer de sublimes attraits.

 

Avec rires et pleurs en avalanche,

Ai caressé de Sélinonte, les muses :

Odalisques aux inflexions obtuses,

Aux roulis de leurs hanches.

 

De cendres laviques, de poussières,

Ai, de Saint-Pierre, la troublante métisse,

Fardé de démesure l'antre de Cyparis,

Où la mort fut vaincue de sa mue altière.

 

Ai de Périnelle, à l’alleu de Plaisance,

Pressé de l'absence, les mânes,

Des mâtines, les lallations insanes

Dépurant le sang neuf de l'enfance.

 

Du sanctuaire de mon île,

Ai sublimé de l'espace, la nue… j'avais

Ô que ne l'aurais-je tu ! délaissé les pavés,

Pour la sphère d'ivresses indociles.

 

Cœur en panne, une folie dans l'œil,

Ai percé le flanc gris de l’offense

Rivée au négoce des réminiscences,

Quand l’âme dérive d'inflexibles deuils...

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022


vendredi 18 novembre 2022

SIRENE EN ESCALE

SIRENE EN ESCALE

 

De l’échafaudage, tu épies l’animal

Dont ton corps fait bombance ;

Rompue en ton sein, la glaireuse semence

Abreuve, en sa rage, l'impétueux mâle.

Hors du chemin, les bûchers

Avivent des tisons la consomption :

Rougeoyantes braises de fornication

Dont ta peau agrémente au toucher

 

L’arceau, et que ceint le profil

De lascives en quête d’impudence ;

S’y concentrent les fleuves d’abondance

Chus de coulées au reflux indocile...

De l'ivresse, perlent des symphonies

Au clavecin de ton buste plaintif :

Fantaisistes notes, édits ampliatifs

Modulant des décrets toute l’hégémonie.

 

Au bassin de ta chair compulsée ;

D’aucuns prétendent… est-ce vrai ? _

Qu’un fastueux trésor dont tu étais sevré

Liait les cacochymes voulant t'épouser.

En escale sur d’immondes remous,

Ton nacre trouble l’eau de l’abîme

Vidée des marins de ta grotte sublime :

Cet accueillant hymen au duvet tinamou.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

jeudi 17 novembre 2022

SUR L’AUTRE RIVE


SUR L’AUTRE RIVE

 

Sur l'autre rive, s'abandonnent

Aux nuits, tous les cœurs amoureux ;

Leur flamme nue vacille en l'automne ;

Le corps y traîne un long souffle poreux ;

 

Volages et fantasques dryades boivent

Au soir, en d’insolvables minutes,

Le breuvage des reines, puis perçoivent

De l’amant éconduit, la fatale chute.

 

Pour elles, l’aube se fait ténèbres,

Les beaux jours perdent éclats

Au ressac de la prose funèbre :

Prône à Dante, requiem sous glas.

 

Sur l'autre rive, en de rétives pauses,

Les sirènes de nos belles plages

Se dorent encor à fortes doses,

Enivrées d'amourettes peu sages.

 

Y traînent les rêveurs de l'avril,

Les béguines de laudes : serves

Fanées ou grenouilles sans drilles,

Dont les rites atténuent mal la verve

 

Quand la guerre cerne l'âme,

De conjectures de vieux parchemins

Supplantés au froid macadam

D’hétaïres huées, à la lèvre carmin.

 

Lors, les mots isolent le poète,

L'encagent d'amertume… il fustige

L'audacieuse rime ; le verbe l'apprête

De douces catachrèses ; puis, inflige

 

A sa plume loquace un babil baveux

D’allégories majorées de prestance…

Sur l'autre rive, il irradie de vœux

L'élégie sanglée, sertie d'inélégance.     


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

mercredi 16 novembre 2022

J’IMAGINE UN SOLEIL

J’IMAGINE UN SOLEIL

 

J’imagine un jardin au printemps

Révolutionné de terres endormies,

De prés conquis d’ovules mutants

Dont la flore enivre les semis ;

 

Un vallon où paissent les juments,

Un espace… en attendant juillet ;

Y passerait nonchalamment,

La rosière au profil guilleret,

 

La mutine aux gestes nuancés,

Et qui fuit le lutin de la lande,

Étranglée de ronces, blessée

De fables, de baveuses légendes 

 

De nuits, quand l'étoile brillante

Affole l'irascible tonnerre...

La faune nyctalope ; elle enfante

Des songes prétendus salutaires.

 

J’espère une planète oblongue,

Sur la berge longée du littoral,

Un autre cosmos... sur barlongue

Gothique proche de cathédrales.

 

J’imagine une serre aux saisons,

Enchâssées de subtiles fragrances

Pour du seuil des maisons,

Aux frimas, voir la belle Provence.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

mardi 15 novembre 2022

AUTRE PART… L’ENVIE

AUTRE PART… L’ENVIE


Terre de mes ancêtres, tu m’as surpris ;

Éveille encor en moi les silences d’hier,

Les mots tus, ajustés au mépris,

Puis tancés sforzando, de bignoles fières !

 

Île de mon enfance, oasis de faïence,

Plonge-moi sous la crique ; s’y accouplent

Naïades et marins ; leur pulvérulence

Obère le sable aux granules souples !

 

Aimerais revenir en la belle saison,

Voir Périnelle s’enivrer du parfum,

De sa plaine, au point de l’horizon

Au radieux soleil aspiré de l’embrun.

 

En mes dix ans fragiles, Plaisance

Allumait pour moi d’espiègles brandons

Chus de l’astre moqueur, en partance ;

Sa solennité semblait m’en faire don.

 


Prosimien de lianes en lianes, balancé,

Conquérant d’ombres marottes,

Je planais au-dessus des rais nuancés

Du domaine des Marraud des Grottes.

 

Les vents chauds frôlaient de ma joue,

L’angélique mafflue… candide en l’errance,

J’ajustais aux rondes les spires acajou

Du Phébus éclaté en éclisses d’offense.

 

L’étrange fardait mes ambulations,

Ma pâle silhouette d’aventuriers ;

Assoiffé, je le fus, et sans prétentions ;

Aussi, n’ai-je offensé les turbellariés.

 

Ici-bas, se pâment mes envies

De revenir au pied du mont Pelée

Avec si peu de notes aux partitions ; je survis

Sans mal au temps voulant m’écarteler.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022 

lundi 14 novembre 2022

BON GRE MAL GRE

BON GRE MAL GRE

 

Ce n'est rien… juste un peu de soleil

Sous l’arche de mon rêve… un reflet

De tes yeux descellés du sommeil

D'où s'isolent les fous, et qu'enflaient

 

Brume et vents de l'autre dimension,

Aux mortes nuits de septembre ;

S'y prélassent les peurs, l'inhibition

Du fuyard en sa modeste chambre.

 

Un peu de démesure, d'immodération,

Pour cacher de mes cuisants échecs,

L'entropie du mal-être, l'inaction

D'impécunieux astreints à l'hypothèque.

 

L'ordre trahit des désaffections le lien

Le retenant aux justes accointances…

Il survit malgré lui en triste paulien

En quête de subside, sans ganses.

 

Ce n'est rien… l’issue est céans,

Ceinte d’espoir : ductile profil ; faut

En accuser quitus ; puis, bon an, mal an,

Avouer l'impair de nos maints défauts.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022