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mardi 27 avril 2021

ET NON REVERTUR* Je ne reviendrai pas

ET NON REVERTUR*

Je ne reviendrai pas

 

 

Je m'en vais, ne t’inquiète donc pas !

De mes lunes voilées, à tes soleils éteints,

Les vagues ont emporté des premiers matins,

La douceur ouatée des traces sous nos pas.

 

Je ne reviendrai pas au lever du drapeau,

Saluer les couleurs du temps éparpillé

En milliers de remords, ni même étriller

D'inutiles caresses, les minces oripeaux

 

Que sont: le cœur, l’âme du pérégrin

Longeant en l'errance, des sentes étrécies,

La vie du pénitent piégé, en autarcie,

Sous braises de son double chagrin.


Mes rires prennent d'autres raccourcis,

Mes pleurs ont dévié des poches palpébrales

Supplantées des larmes, en l’influx cérébral

Dénaturant l’absence du savoir imprécis.

 

Je pars pour un ailleurs sans bornes, ni frontières:

Chemin dressé sur d’immenses falaises ;

Y plongent les enfants écrasés de malaise…

J’avoue, sans retenue, en être peu fier.

 

Les amours refoulées de nuits éventées,

Reviennent jouer en mes folles trimardes,

En aiguisent sans peine, les colichemardes,

Avant de m'asservir _ quelquefois, me tenter.

 

Me voilà tributaire de songes incarnés,

Violentés d'insomnies, de troubles permanents

Happés de l’asthénie du souffle ahanant

Rivé à l’atonie du marasme mort-né.


D’inutiles pensées,  je me veux défaire...

De frimas sacrilèges, m’éloigner lentement,

Dévêtir des solstices, l'autre firmament...

Ma mémoire en délie, et pour se satisfaire,

 

La noduleuse trame d'aube sans couleurs,

Sur l’asphalte piétiné de monarques

Empanachés, aux pieds de la Parque ;

Y sombrent les incubes enkystés de douleurs.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 26 avril 2021

DOLOREM MEUM* Ma peine

DOLOREM MEUM*

Ma peine

 

Elle est en ce miroir, une vierge

Qui s’offre au matin gris, quand

Vacille la flamme du modeste cierge

Que peu à peu, évincent les décans.

 

Si l’hiver la pénètre, elle emmure

De son profond chagrin, le souffle

Lentement dilué de l’étrange ramure

Sous les baies que les ombres marouflent.

 

Elle parle mon patois, se cheville parfois

A mes larmes salées d’adolescent puni,

Vieillissant dans la neige, au froid

De remembrances, trop souvent, de dénis.

 

La nuit, face à face, jouons en silence

A des jeux interdits ; la mort en décélère

Des besoins latents, d’intimes confidences,

Sans farder d’entregents, le rythme délétère.

 

Au matin, en l’éveil de l’aurore floutée

De mues anamorphes, me fait reproche

D’avoir du temps, sans raisons, abouté

Rêve et factuel, défaits de l’anicroche…

 

Pour elle,  sans mal, ai déposé les armes,

Car de l’anadipsie, sans vaincre la pépie,

Ai abreuvé mon âme irradiée de larmes

Aux sources polluées de l'arrogant dépit.

 

Je n’aurai plus le droit, aux ides à venir,

De m’asseoir à la table de l'enfant de jadis ;

La vieillesse a tracé de riches souvenirs

En l'anamnèse enchâssée d’indices...

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

COMPUTATION

COMPUTATION

 

Derrière les volets du destin sans issue,

S'ébroue la lassitude d'amants sans gloire ;

L'existence pentue de l'âme sans victoire,

En aspire le souffle aux parjures pansus.

 

Au couloir de l'absence, du deuil,

Se roidit le temps… s'y lentement attisent,

Heures diluées et minutes précises

De l'horloge; aux ides, s'y effeuillent.


Des tombes givrées, la débauche

Lézarde le pulpitum des jouisseurs ;

Ce fol hédonisme attire du noceur,

L'épicurisme, s'il séduit le gavroche


En quête de plaisirs: béjaune luné 

Dont s'éveille la fielleuse extase,

En rêveur formolé de douteux oukases

De moralisateurs aux lois infortunées.

 


Montent des nuits, de l'avril interdit,

De glaireux ectoplasmes, en la bohème,

Facétieux lutins de petits matins blêmes,

Aux saisons semblables _ on le dit !


Aux boréales profanées de solstices,

D'ombres moulées en l'aurore

Ridée de pluie assainissant le port,

Percent des rais évincés de canisses ;

 

Des demeures, vie et mort s'invitent

Aux douteuses frasques des libertins,

De sybarites triturés en pantins,

Aux ballets de trompeuses invites.


Sont-ce, en la computation de jours éclatés,

Les secondes efflorées du remords ?

Dois-je en des vilenies, mettre à mort

L'insomnie aux songes émiettés ?

 

D'opalescentes larmes pincent mon cœur

Mis en berne, en ces deuils… ai mal,

D'avoir franchi du seuil, le grade extrémal, 

Trop écorné des tangibles rancœurs.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 25 avril 2021

DARENT CORALINES* Coralines frasques

DARENT CORALINES*

Coralines frasques

 

N’est de silence, que les flots endormis,

Les vagues projetées sur la berge fanée ;

Devrais-je, et malgré moi, céans, m’en étonner ?

N’est d’absence, que les vents insoumis.

 

N’est de beauté, avant le grand déluge,

Que l’onde bleue, la gracieuse avenue

Flottant au cœur de cette lame nue,

Posée sur le cristal de spires ignifuges.

 

N’est d’ivresses, que les fonds marins ;

S’y entrelacent les noueux nostocs,

La phéophycée dépecée de l’estoc,

Ou la froide gélose en robe tamarin.

 

Au matin, où renaissent les alizées lointains,

Les plages s’abandonnent aux bruines…

La rive émiette son sable ; puis des ruines,

S’affaissent peu à peu, les filets abiétins.

 

Je suis seul, à attendre, le cœur rasséréné,

Les premières lueurs du printemps hyalin ;

J’y vois s’épanouir les reflets opalins ;

Mon œil en encloue les ides panathénées.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

UT QUAE ET* Et vogue la galère

UT QUAE ET*

Et vogue la galère

 

Ils sont tristes, irrévérencieux,

Pusillanimes, ces nouveaux voyageurs ;

Regard embrumé  d'un épais chassieux,

Fardent leurs paupières, d’étonnantes rougeurs.

 

Leur vie tient en sac allongé en trémie,

S’essouffle en des pas empruntés

Aux ambles de Condottière: ces ennemies,

Ignobles sédentaires, jamais plébiscités ;

 

Veulent à tout prix vaincre, gagner,

Escalader aux ventées, chaque pic

Dressé en pinacle, sans jamais renier

L’ivresse des cimes ou le calme des criques.


Sont rochassiers de nos livres d’images,

Anonymes grimpeurs, à la peau boucanée

Par les rais d’un soleil en voyage

Voulant escalader l’hypoderme tanné.

 

Se croient forts et fiers, ces fantasques ;

Sont cependant, en leur indécent deuil,

Turlupins de foire, sous vasque

D’un futur épié du coin de l’œil ;

 

Du rire de présomption, on le sait _

Aux simulacres de pisteurs futés,

On les voit céder aux clameurs du succès

Grisant de salvations, le héros patenté.

 

L’orgueil les prive du doute raisonnable

Du gueux d’unions métamorphiques…

C’eût été, en nos vies respectables,

Sagesse déliée de relents méphitiques ;


Est-ce la causalité, l’infatuation arguant

Soumission au Divin Rédempteur ?

Franchir des gémonies, en sultan arrogant,

L’ultime palier, n’éveille du contempteur,

 

Que vaines cognitions du mnésique,

Au savoir lésé des règles préceptrices

Du magnanime, en la métaphysique:

Ce cartésianisme pincé de la matrice

 

Du fat sans perspectives, immolé

En cet obscurantisme avilissant

Le bedole fripé ; d’angoisses, auréolé…

Triste sire au langage blessant !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

samedi 24 avril 2021

ELEONORE

ELEONORE

 

Eléonore, mon affectueuse mie,

Revenez me sourire en l’automne,

Quand la grisaille bâfrée, monotone,

Se laisse digérer de piètres semis !

 

Faites-moi céladon de vos charmes,

Inopérants_ sans doute ! _ au regard

Du damoiseau blasé, dont le hagard

Toise la prétention, sans arme !

 

Eléonore, mon rêve, ma mutine nixe ;

Sous les eaux de vos pleurs, mes yeux

Perdent pied ; sera-ce en d’autres lieux

Que l’amour, sans lutte, s’y confisque ?

 

J’ai fait de mes nuits blanches, sans mal,

Boulevard emprunté de vils somnambules

Talant de la chaussée, la grisâtre fibule

Agrafée aux congères du souffle hiémal.

 

Eléonore, mon élégiaque muse, ondine

De mes stances pénétrées d’indulgence,

Je dérive de l’onde assagie, souveraine,

Tel le radeau remorqué en carène,

Au ventre mou de la crique saline…

 

Que n’aurais-je donné, pour enclore

De ma soif d’être enjugué au mât,

Ce pinacle dressé au for de l’anonymat,

Et qui, de la vacance, ignore le folklore !

 

Suis-je à ce point, ô douce hamadryade,

Dépendant du mutisme enjôlant encor,

Encor, et toujours, quand du sombre décor,

S’effiloche le rêve, votre moue, niée de l’accolade

Dont ma peau volontaire, sevrée de jérémiades,

Instille avec ardeur, et sans rodomontades,

De subtiles percées dont s’offense le corps,

Et qui, de l’âme pleine, ointe d’asclépiade,

Absolve la fragrance rejetée du mucor…

 

Eléonore, riche giselle de mon drapé de roi,

Mon cœur, cet insoumis, se soumet à vos lois !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 23 avril 2021

SERVE ERUBESCEBANT* Serve humiliée


SERVE ERUBESCEBANT*

Serve humiliée

 

Après s’être donnée, garde close, sa porte ;

Bafouée, humiliée, souillée de pervers

Dont l’âme libertine, grisée d’essences fortes,

Se vide de l’excès dévoilant ses travers.

 

Ronronne au vide du long couloir,

La clepsydre lestant du temps, l’affront ;

Son corps martyrisé, cet obscur refouloir,

Approvisionne la peur, et qui lui fait front.

 

D’un geste mécanique, refait le lit… roulent,

De discrètes larmes sur sa joue enfantine…

S’étonne de l’émoi, que refoulent

Son esprit d’égérie, son cœur de figurine.

 

Elle aimerait des pensées corrosives,

Des besoins ignifuges, inédits,

Contredire le mal dont le dégoût avive

Les flammèches de l’exploit interdit.

 

 Fait commerce de peu, monnaye d’insultes,

D'irraisonnables feintes d'aphorismes,

Cette apostille, certifiant l’occulte :

Étrange dynamique d’absolutisme ;

 

Il confère aux reines, d’équivoques pouvoirs,

Ruine des apparences, l’ambivalence…

La voilà ! interdite ; ne peut plus se mouvoir

Au le tertre gelé de labiles offenses…

 

De son miroir, s’embrument au matin,

A l’éveil d’angoisses attisée de toquades,

Les frêles rides du facétieux destin :

Roses cicatricules de ce fatum maussade.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021