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lundi 21 décembre 2020

VERBA* Les mots

 

VERBA*

Les mots

 

Les mots dansent sur le fil de nos âmes ;

Prennent peur, souvent, prennent froid,

Au soir, quand vacillent les flammes

Du feu échauffant les piliers du beffroi,

 

De l’atonie, du vide, si la raison somnole ;

En faisant illusion, l’intellect sophistique

Chaque mot vrai, dont l’orgueil s’auréole,

Chaque pensée encernée de critiques.

 

En m’approchant plus près, j’ai vu

Dans la lumière des mots, l’éphémère,

En empreintes calquées aux revues

Parcourues d’amantes, devenues mères.

 

D’entêtantes poussières vacillent encor

 Sur les pages jaunies de vieux bouquins

D’arrière-boutiques au désuet décor ;

Y tâtonnent, perdus, les minables faquins.

 

 Nimbée du brouillard de nos lettres,

 Du blizzard oppressant nos missives,

La main tendue derrière la fenêtre,

De vains accords, aux notes incisives,

Balaie l’assertion dont les mots avivent

Le sophisme drainé au centre du mal être.

 

 Il ne reste plus traces… non aucune !

De ce que jadis, et, en de justes proses,

Nous placions, pour taire les lacunes ;

Il s’en faudra convaincre… sans pause !

 

J’ai peine à remonter de ce puits ;

Pourriez-vous en douter?

J’en doute parfois… la nuit

Quand les mots me viennent dérouter.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

dimanche 20 décembre 2020

FINEM MORTUORUM CAPTIONEM* Trappe sans issue

 

FINEM MORTUORUM CAPTIONEM*

Trappe sans issue

 

Je marche dans la foule abrutie de huées ;

De disgracieux profils m’enserrent, me lient

Aux grimaces de rue, défiant des ordalies,

Les concises règles, ces humiliants fouets.

Je déambule au centre de la plèbe blessée

De la froideur des kaisers sans âme…

Je foule sans amertume le poudreux macadam,

Ses bordures meurtries, ses pavés encrassés.

 

Que ne serais-je moi, en ces froids errements !

Je me perds à comprendre, et sans y parvenir,

Du pecus, l’intention première, le col de l’avenir

Auquel s’accroche encor, lesté de faux serments,

De palabres soufflées de concussionnaires,

Le naïf enkysté de promesses, le gobeur

Pétri de suffisance… S'y cabre le regimbeur ;

Il salue la prouesse, en simple débonnaire.


De mes rires sans sève, mes joies dévaluées,

S’égrènent des sanglots, de colériques pointes ;

J’aimerais voir danser, aux aurores ointes

De munificence, loin des cycles pollués,

Les spires enchâssées au faîte de la bohème,

Le circonvolutif du dispendieux affect :

Pulsatile vigueur dont le sage s’humecte.

 


Je glisse entre les ombres clivées au bitume,

Que foulent les forces revendicatrices,

L’adepte du désordre, la mue adaptatrice

Pochée de l’exuvie lui servant de costume.

 

Mon regard fait faillite en ces fauves nuances,

Pour se poser ailleurs… quelle affaire, ce drame

Joué en la coulisse, où les revêches flammes

Carbonisent du temps desserti de muance,

La masse en déshérence, et qu’enclouent

Les chagrins de la désespérance, ce spleen

Prisonnier d’entrelacs, et qui au soir, décline,

Pour trépasser au vide que le mal renfloue !

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

jeudi 17 décembre 2020

LES GUIRLANDES d'ANTOINE DE GENTILE

LES GUIRLANDES

 

Tandis que des Sylphes gracieux et subtils

Se soûlent de rosée au bout de leurs pistils...

O Cythère enchantée ! Eldorado de rêve !

Eden que hante encor le blond fantôme d’Ève !...

C'est là, vois-tu, c'est là que loin des curieux

Habite mon amour tendre et mystérieux.

C'est là que j'ai caché cette fleur diaphane

Que jamais n'effleura aucune main profane...

Heureuse, elle y répand son arôme discret,

Et nul de mon bonheur ne connaît le secret ;

Mais toi qui l'a créé ce paradis d'ivresse,

Oh ! Laisse que, pâmé, je contemple sans cesse,

Enivrant à jamais mes regards et mon cœur,

Tes yeux, tes grands yeux las, tout chargés de langueur !

 

(Les Guirlandes) ANTOINE DE GENTILE

RUSTICA SERVUS* Naïve servante

 

RUSTICA SERVUS*

Naïve servante

 

Elle parfume ses rêves de souvenirs

Volés aux amants de passage…

S’accoutume parfois, en enfant sage,

Aux rires de ceux qu’elle ne peut retenir.

Ses matins sont d’intarissables fleuves

Perlant de son regard ridé d’adynamie,

Ses yeux délavés, proches de l'anémie;

Les ans qui l’insupportent, l’émeuvent,

Quand ils lui offrent de prétendus amis:

Gracieux damoiseaux de garçonnière,

Galants frustrés, férus de cancanières,

Et qui pourtant l’encagent de mépris…

Tant pis ! N’a pas de l’âme rancunière,

Absorbé le venin marouflé de l’esprit…

 

Elle colore ses nuits, d’éphémères étoiles,

Lumineux faisceaux, blanches étincelles ;

Pour elle, Cassiopée se voit de la nacelle

De ces mariniers levant au soir, les voiles,

Pour, en catimini, lui offrir, avant l’aube,

Miasmes de plaisirs, euphoriques extases,

Infidèles serments agrémentés d’emphase,

Avant de l’endeuiller d’une ascétique aube.

 

Elle avoue des envies à jamais éteintes,

En son corps épuisé de caresses faciles,

D’étreintes volées aux noceurs indociles,

Dont la chair dénature, en ces feintes,

L’ivresse du coït, l’adultérine soif

De se glisser au froid satin du vice

Écalé de la retenue, que ne sévissent,

Remords et regrets dont l’ascète se coiffe.

 

Serve humiliée, lestée de rebuffades,

S’allonge, vaincue sur le tiède linceul,

Cette peau bannie dont l’angoisse seule,

Fidélise l’odalisque aux ambitions fades.

 

Quand vous la croiserez sur le macadam,

Ne faites _ je vous prie _ montre d’arrogance

A son infortune ! Malgré ses lisses ganses,

Ne portera jamais le titre de Madame.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mercredi 16 décembre 2020

FACULTATEM FLUCTUATUR* Fluctuante contenance

 

FACULTATEM FLUCTUATUR*

Fluctuante contenance

 

Il faut plaire, sans séduire, apprécier,

Sans s’inféoder… car l’homme, cet animal,

Est un loup qui, à l’abri du peaussier,

Se joue de la faiblesse de celui qui a mal !

 

Ne jamais partager avec parcimonie,

Quand l’amour vient convaincre l’athée,

De s’offrir entier, sans montre de déni,

Au Divin Créateur dont il peut hériter !

 

Oubliez la harangue des prévaricateurs,

Les palabres du sophiste grincheux !

Qu’est-il de plus navrant qu’un subtil rhéteur

Bavant, ex cathedra, des ragots pelucheux !?

 

Quand sombre le docte nimbé de jésuitisme,

Se noie aux pédantesques joutes, l’érudit

Aux arguties livresques, le béotisme

Encage le plus faible… sans contredit !

 

S’armer, si c'est possible, au plus vite,

De la connaissance, quitte à déplaire !

De la componction, émanent des faillites ;

De l’obséquiosité… des piques délétères.

 

Il s’en faut prémunir ! L’esprit, cette trémie,

Aspire, en fourre-tout, des calembredaines,

L’ironie manifeste, puis tacle l’insoumis,

Le bâchant de compassion soudaine…

 


Sulfureux mélange, s’il en est !… infecte lie,

Qui de la coupe, aux lèvres, éveille les grimes

Du prétendu caviste… son taste-vin délie

Du liquoreux breuvage, l’uval millésime,

 

Pour fendre de l’accord, avec délicatesse,

Possible jouissance d’œnologue averti,

Et qui, de la manœuvre… quelle prouesse !

Anoblit la vertu dont l’aplomb le sertit.

 

Les brèves qu’il m’en souvienne, quelquefois,

Amplifient de mes joies, la dive retenue…

J’eusse aimé à ce style, peut-être, avec foi,

Et sans déclamatoire, nouer du fil ténu

De ma sombre mémoire, l’abaca, pour du nu,

Accéder en novice, au dédain de l’effroi.  

 

Ai-je de vos raccourcis, piétiné réserve ?

S’il est vrai que mes pas semblent désaccordés,

Ma démarche, que vos ambles dénervent,

Demeure, sans piperie, un entrain encordé,

Sans démesure, aux rythmes qui la servent !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mardi 15 décembre 2020

MERIDIONALI NOCTIBUS* Nuits australes

 

MERIDIONALI NOCTIBUS*

Nuits australes

 

O nuit tropicale, belle nuit étoilée,

Où les vents iodés caressent l’onde bleue,

Fais-moi encor, à tes vagues moulées,

Danser entre les flots à l’aspect bulleux !

 

Alizéennes nuits, sauvages ivresses,

Venez en mon cœur, échauffer la mitrale,

Bercer la chaude tricuspide, d’allégresses

Pointant de la nue aux cendrures astrales !

 


Nuits cuivrées, posées à même le littoral,

Voyez courir la faune esbaudie, heureuse

De longer de la crique, aux vespérales,

De fuir les cyclones, les trombes coléreuses !

 

Nuits aux riches luminaires, ardentes nuits

Rivées aux brumes argentées, déliez-vous

Des mornes chimères qu’alimente l’ennui,

Des froides pluies, toujours au rendez-vous !

 


Des caribéennes cuves, au profond Miquelon,

Les soleils alimentent l’océan, sa flore coraline,

Où nagent, entre les algues... grondin perlon,

Bonite, carangue, blennie cattorugine.

 

Nuits emperlées de bruines, de maritimes bises,

Pourriez-vous emplâtrer des solstices,

En de lointains hivers, les rais, qu’irisent

Les fumées de boucan, entre les interstices

De puissantes rémiges, et qu’investissent

La baille, l'onde ouatée de flous subreptices ?

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

lundi 14 décembre 2020

IN CONDUCTOR CUM REGINA* Le clavecin des reines

 

IN CONDUCTOR CUM REGINA*

Le clavecin des reines

 

Elle avait, au piano, fait danser des musiques,

Sublimer des drames, à l’ouïe fine d’esthètes

Voulant parachever l’élégante rythmique

De son fortissimo étoilé de rimes de poètes.

 

Du clavier soumis au doigté superbe, les notes

S’interféraient ; et de ce vibrato modulé

Du concis trémolo, les hymnes dizygotes

S’entrelaçaient, confiants, peu adulés

 

De l’impatient arpège enroulé aux touches

Caressées avec art, du créatif... l’artiste

Inspirée du prélude de Bach, et qu’attouchent

Les salves nimbant l’ingénieux concertiste.

 


Au feutré de son âme entoilée de bohème,

S’y délacent de mutines cantates, l’oratorio

De fades liturgies, d’ascétiques  requiem

Lestant de l’œuvre inachevée, a contrario,

 

La finesse du style, l’élégance de l'opus !

Au libelle de l’adroit dithyrambe,

Du vexatoire, dont le maestro, sans plus,

Agrée ô si peu, l’admonestation, sans flambe,

 

Ni claymore, pour percer du critique,

La pleine suffisance, ni châtrer le censeur

D’un cénacle sans vie, pour qui la poétique

Demeure un mystère, qu’Aristote, en penseur

 

Encloue au raisonnable, sans montre, il est vrai,

De grandiloquence, si de la métaphore,

Se délient des clichés, et qui souvent, effraient

Le plumitif dont l’emphase densifie le confort,

Plombe la retenue… ce, d’un moindre effort,

L’ingéniosité de l’instrumentiste, aux frais

Du mélomane… en quête de réconfort.

 


Elle avait, au piano, rassuré l’enfant sage

Penché avec ardeur au fronton de l’histoire,

Lui, qui de la blanche et réceptive page

Avait puisé des mots comme pris en otage

Entre les lignes bleues d’édits attentatoires.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020