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jeudi 17 décembre 2020

LES GUIRLANDES d'ANTOINE DE GENTILE

LES GUIRLANDES

 

Tandis que des Sylphes gracieux et subtils

Se soûlent de rosée au bout de leurs pistils...

O Cythère enchantée ! Eldorado de rêve !

Eden que hante encor le blond fantôme d’Ève !...

C'est là, vois-tu, c'est là que loin des curieux

Habite mon amour tendre et mystérieux.

C'est là que j'ai caché cette fleur diaphane

Que jamais n'effleura aucune main profane...

Heureuse, elle y répand son arôme discret,

Et nul de mon bonheur ne connaît le secret ;

Mais toi qui l'a créé ce paradis d'ivresse,

Oh ! Laisse que, pâmé, je contemple sans cesse,

Enivrant à jamais mes regards et mon cœur,

Tes yeux, tes grands yeux las, tout chargés de langueur !

 

(Les Guirlandes) ANTOINE DE GENTILE

RUSTICA SERVUS* Naïve servante

 

RUSTICA SERVUS*

Naïve servante

 

Elle parfume ses rêves de souvenirs

Volés aux amants de passage…

S’accoutume parfois, en enfant sage,

Aux rires de ceux qu’elle ne peut retenir.

Ses matins sont d’intarissables fleuves

Perlant de son regard ridé d’adynamie,

Ses yeux délavés, proches de l'anémie;

Les ans qui l’insupportent, l’émeuvent,

Quand ils lui offrent de prétendus amis:

Gracieux damoiseaux de garçonnière,

Galants frustrés, férus de cancanières,

Et qui pourtant l’encagent de mépris…

Tant pis ! N’a pas de l’âme rancunière,

Absorbé le venin marouflé de l’esprit…

 

Elle colore ses nuits, d’éphémères étoiles,

Lumineux faisceaux, blanches étincelles ;

Pour elle, Cassiopée se voit de la nacelle

De ces mariniers levant au soir, les voiles,

Pour, en catimini, lui offrir, avant l’aube,

Miasmes de plaisirs, euphoriques extases,

Infidèles serments agrémentés d’emphase,

Avant de l’endeuiller d’une ascétique aube.

 

Elle avoue des envies à jamais éteintes,

En son corps épuisé de caresses faciles,

D’étreintes volées aux noceurs indociles,

Dont la chair dénature, en ces feintes,

L’ivresse du coït, l’adultérine soif

De se glisser au froid satin du vice

Écalé de la retenue, que ne sévissent,

Remords et regrets dont l’ascète se coiffe.

 

Serve humiliée, lestée de rebuffades,

S’allonge, vaincue sur le tiède linceul,

Cette peau bannie dont l’angoisse seule,

Fidélise l’odalisque aux ambitions fades.

 

Quand vous la croiserez sur le macadam,

Ne faites _ je vous prie _ montre d’arrogance

A son infortune ! Malgré ses lisses ganses,

Ne portera jamais le titre de Madame.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mercredi 16 décembre 2020

FACULTATEM FLUCTUATUR* Fluctuante contenance

 

FACULTATEM FLUCTUATUR*

Fluctuante contenance

 

Il faut plaire, sans séduire, apprécier,

Sans s’inféoder… car l’homme, cet animal,

Est un loup qui, à l’abri du peaussier,

Se joue de la faiblesse de celui qui a mal !

 

Ne jamais partager avec parcimonie,

Quand l’amour vient convaincre l’athée,

De s’offrir entier, sans montre de déni,

Au Divin Créateur dont il peut hériter !

 

Oubliez la harangue des prévaricateurs,

Les palabres du sophiste grincheux !

Qu’est-il de plus navrant qu’un subtil rhéteur

Bavant, ex cathedra, des ragots pelucheux !?

 

Quand sombre le docte nimbé de jésuitisme,

Se noie aux pédantesques joutes, l’érudit

Aux arguties livresques, le béotisme

Encage le plus faible… sans contredit !

 

S’armer, si c'est possible, au plus vite,

De la connaissance, quitte à déplaire !

De la componction, émanent des faillites ;

De l’obséquiosité… des piques délétères.

 

Il s’en faut prémunir ! L’esprit, cette trémie,

Aspire, en fourre-tout, des calembredaines,

L’ironie manifeste, puis tacle l’insoumis,

Le bâchant de compassion soudaine…

 


Sulfureux mélange, s’il en est !… infecte lie,

Qui de la coupe, aux lèvres, éveille les grimes

Du prétendu caviste… son taste-vin délie

Du liquoreux breuvage, l’uval millésime,

 

Pour fendre de l’accord, avec délicatesse,

Possible jouissance d’œnologue averti,

Et qui, de la manœuvre… quelle prouesse !

Anoblit la vertu dont l’aplomb le sertit.

 

Les brèves qu’il m’en souvienne, quelquefois,

Amplifient de mes joies, la dive retenue…

J’eusse aimé à ce style, peut-être, avec foi,

Et sans déclamatoire, nouer du fil ténu

De ma sombre mémoire, l’abaca, pour du nu,

Accéder en novice, au dédain de l’effroi.  

 

Ai-je de vos raccourcis, piétiné réserve ?

S’il est vrai que mes pas semblent désaccordés,

Ma démarche, que vos ambles dénervent,

Demeure, sans piperie, un entrain encordé,

Sans démesure, aux rythmes qui la servent !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mardi 15 décembre 2020

MERIDIONALI NOCTIBUS* Nuits australes

 

MERIDIONALI NOCTIBUS*

Nuits australes

 

O nuit tropicale, belle nuit étoilée,

Où les vents iodés caressent l’onde bleue,

Fais-moi encor, à tes vagues moulées,

Danser entre les flots à l’aspect bulleux !

 

Alizéennes nuits, sauvages ivresses,

Venez en mon cœur, échauffer la mitrale,

Bercer la chaude tricuspide, d’allégresses

Pointant de la nue aux cendrures astrales !

 


Nuits cuivrées, posées à même le littoral,

Voyez courir la faune esbaudie, heureuse

De longer de la crique, aux vespérales,

De fuir les cyclones, les trombes coléreuses !

 

Nuits aux riches luminaires, ardentes nuits

Rivées aux brumes argentées, déliez-vous

Des mornes chimères qu’alimente l’ennui,

Des froides pluies, toujours au rendez-vous !

 


Des caribéennes cuves, au profond Miquelon,

Les soleils alimentent l’océan, sa flore coraline,

Où nagent, entre les algues... grondin perlon,

Bonite, carangue, blennie cattorugine.

 

Nuits emperlées de bruines, de maritimes bises,

Pourriez-vous emplâtrer des solstices,

En de lointains hivers, les rais, qu’irisent

Les fumées de boucan, entre les interstices

De puissantes rémiges, et qu’investissent

La baille, l'onde ouatée de flous subreptices ?

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

lundi 14 décembre 2020

IN CONDUCTOR CUM REGINA* Le clavecin des reines

 

IN CONDUCTOR CUM REGINA*

Le clavecin des reines

 

Elle avait, au piano, fait danser des musiques,

Sublimer des drames, à l’ouïe fine d’esthètes

Voulant parachever l’élégante rythmique

De son fortissimo étoilé de rimes de poètes.

 

Du clavier soumis au doigté superbe, les notes

S’interféraient ; et de ce vibrato modulé

Du concis trémolo, les hymnes dizygotes

S’entrelaçaient, confiants, peu adulés

 

De l’impatient arpège enroulé aux touches

Caressées avec art, du créatif... l’artiste

Inspirée du prélude de Bach, et qu’attouchent

Les salves nimbant l’ingénieux concertiste.

 


Au feutré de son âme entoilée de bohème,

S’y délacent de mutines cantates, l’oratorio

De fades liturgies, d’ascétiques  requiem

Lestant de l’œuvre inachevée, a contrario,

 

La finesse du style, l’élégance de l'opus !

Au libelle de l’adroit dithyrambe,

Du vexatoire, dont le maestro, sans plus,

Agrée ô si peu, l’admonestation, sans flambe,

 

Ni claymore, pour percer du critique,

La pleine suffisance, ni châtrer le censeur

D’un cénacle sans vie, pour qui la poétique

Demeure un mystère, qu’Aristote, en penseur

 

Encloue au raisonnable, sans montre, il est vrai,

De grandiloquence, si de la métaphore,

Se délient des clichés, et qui souvent, effraient

Le plumitif dont l’emphase densifie le confort,

Plombe la retenue… ce, d’un moindre effort,

L’ingéniosité de l’instrumentiste, aux frais

Du mélomane… en quête de réconfort.

 


Elle avait, au piano, rassuré l’enfant sage

Penché avec ardeur au fronton de l’histoire,

Lui, qui de la blanche et réceptive page

Avait puisé des mots comme pris en otage

Entre les lignes bleues d’édits attentatoires.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

QUIS EST ?* Qui est-elle ?

 

QUIS EST ?*

Qui est-elle ?

 

J’ignore tout de l’ombre sous ma fenêtre,

Ce profil qui passe, sans me regarder ;

J’aimerais pénétrer, quand elle peut s’attarder,

Du regard fuyant, et pour m’y mieux soumettre,

L'arabesque azurée dont parfois, semblent naître

D’infimes perles, des flammèches ardées.

 

Je ne sais si demain, quand il fera bonheur

En mon cœur solitaire, nos routes,

Nos chemins contraires, sans doute,

Relieront de la berme, les tortilles, sans heurts.

 

Sous l’ombrelle blanche, sa silhouette efface,

Des malicieux rais, par trop intrusifs, les tons ;

Flottent de doux parfums percés de l’œilleton

De fragrances bulbaires, en appâts efficaces.

 


J’aimerais de ses mots, écorcher la doublure,

Ajuster au bâti de ses soupirs lascifs, des râles

Dont l’offense encloîtrerait les mâles

Qui souvent l’indisposent, flattent de sa blessure,

 

La béance certaine… aurais-je, en l’œuvre

Retouchée, de mes désirs butés, ceinturé

Le troublant préemptif, peut-être emmuré

De sa ligne, en de sombres manœuvres,

 

Et l’envie, et l’espoir, d’accréditer au soir,

Aux siennes fièvres, les miennes ! Volontaire,

Asservit à cette collusion… délétère (?)

Que nenni !!! Lors, souhaiterais surseoir

 

A l’immodestie dont je prise panache,

Quand bien même, ma pépie entaillerait

D’une subtile pointe, le calleux minerai,

Qu’en piètre lapidaire, je harnache

 

De grinçantes breloques, puisque déçu

De n’avoir, de mon destrier, enjambé

Le muret ; s’y perdent les empreintes bées

Profanant de ma muse, l’infroissable tissu.

 


Je la vois disparaître au lointain…

Ce point qui peu à peu, s’estompe, attire

D’autres lunes cassées ; leurs décans s’étirent,

Gobés de l’horizon, en de trop lourds matins.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

dimanche 13 décembre 2020

SPECULUM TRANSIRE* Traverser le miroir

 

SPECULUM TRANSIRE*

Traverser le miroir

 

Une femme s’écrie, avant de s’écrouler_

Je vois se profiler mon futur, ma vie,

Puis, entre les larmes, une main me ravit,

M’entraîne au vide, où blackboulées,

Se dessinent des formes , comme déroulées

D’un dédale… d’autres traces en dévient.

 

Des visages s’animent au halo d’un fanal

Baignant de lueurs, l’asphalte des faubourgs,

Le bitume d’impasses longées à rebours

De sirènes de nuits, lascives, banales.

 

Défilent en ses absences, les amants d’hier:

Amours ratées aux mensonges faciles…

Elle voudrait encor retenir l’indocile ;

Céans, faire sauter l’intruse têtière,

Hideux caveçon dont s’offusque l’altière,

Et qu’entravent parfois, les rainures fissiles.   

 

Ces jours ont l’apparence de nuits de brouillard,

Quand les neiges poudroient le faîte du clocher

De chapelles semblables au dôme du rocher

De chapelains voûtés, de prédicants braillards.

 

Sa gibbeuse dégaine farde, en des râles confus,

De catarrheuses glaires, sa superbe d’antan…

La voilà, étranglée de souffrances,  battant

Sa coulpe entre des sanglots longs… diffus !

 

Devenue la proie de la dame à la faux,

Déchire le subéreux voile d’existence,

Traverse le miroir aux marbrures intenses,

Avant de disparaître, engobée de tuffeau.

 

Au réceptacle de sa tombe chaulée, les mots

Flagorneront, en de mornes éloges, hélas !

Un trompeur dithyrambe, qu’efface

Les bigotes aux fadasses grumeaux.

 

Ci-gît notre bien-aimée sœur, notre amie…

Que sa dernière demeure l’accueille dignement !

Nous plaçons sur la stèle, en cet enterrement,

La couronne fleurie de notre dévouement…

 

Dire qu’à ces fadaises, il est des cœurs soumis !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020