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mardi 15 décembre 2020

MERIDIONALI NOCTIBUS* Nuits australes

 

MERIDIONALI NOCTIBUS*

Nuits australes

 

O nuit tropicale, belle nuit étoilée,

Où les vents iodés caressent l’onde bleue,

Fais-moi encor, à tes vagues moulées,

Danser entre les flots à l’aspect bulleux !

 

Alizéennes nuits, sauvages ivresses,

Venez en mon cœur, échauffer la mitrale,

Bercer la chaude tricuspide, d’allégresses

Pointant de la nue aux cendrures astrales !

 


Nuits cuivrées, posées à même le littoral,

Voyez courir la faune esbaudie, heureuse

De longer de la crique, aux vespérales,

De fuir les cyclones, les trombes coléreuses !

 

Nuits aux riches luminaires, ardentes nuits

Rivées aux brumes argentées, déliez-vous

Des mornes chimères qu’alimente l’ennui,

Des froides pluies, toujours au rendez-vous !

 


Des caribéennes cuves, au profond Miquelon,

Les soleils alimentent l’océan, sa flore coraline,

Où nagent, entre les algues... grondin perlon,

Bonite, carangue, blennie cattorugine.

 

Nuits emperlées de bruines, de maritimes bises,

Pourriez-vous emplâtrer des solstices,

En de lointains hivers, les rais, qu’irisent

Les fumées de boucan, entre les interstices

De puissantes rémiges, et qu’investissent

La baille, l'onde ouatée de flous subreptices ?

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

lundi 14 décembre 2020

IN CONDUCTOR CUM REGINA* Le clavecin des reines

 

IN CONDUCTOR CUM REGINA*

Le clavecin des reines

 

Elle avait, au piano, fait danser des musiques,

Sublimer des drames, à l’ouïe fine d’esthètes

Voulant parachever l’élégante rythmique

De son fortissimo étoilé de rimes de poètes.

 

Du clavier soumis au doigté superbe, les notes

S’interféraient ; et de ce vibrato modulé

Du concis trémolo, les hymnes dizygotes

S’entrelaçaient, confiants, peu adulés

 

De l’impatient arpège enroulé aux touches

Caressées avec art, du créatif... l’artiste

Inspirée du prélude de Bach, et qu’attouchent

Les salves nimbant l’ingénieux concertiste.

 


Au feutré de son âme entoilée de bohème,

S’y délacent de mutines cantates, l’oratorio

De fades liturgies, d’ascétiques  requiem

Lestant de l’œuvre inachevée, a contrario,

 

La finesse du style, l’élégance de l'opus !

Au libelle de l’adroit dithyrambe,

Du vexatoire, dont le maestro, sans plus,

Agrée ô si peu, l’admonestation, sans flambe,

 

Ni claymore, pour percer du critique,

La pleine suffisance, ni châtrer le censeur

D’un cénacle sans vie, pour qui la poétique

Demeure un mystère, qu’Aristote, en penseur

 

Encloue au raisonnable, sans montre, il est vrai,

De grandiloquence, si de la métaphore,

Se délient des clichés, et qui souvent, effraient

Le plumitif dont l’emphase densifie le confort,

Plombe la retenue… ce, d’un moindre effort,

L’ingéniosité de l’instrumentiste, aux frais

Du mélomane… en quête de réconfort.

 


Elle avait, au piano, rassuré l’enfant sage

Penché avec ardeur au fronton de l’histoire,

Lui, qui de la blanche et réceptive page

Avait puisé des mots comme pris en otage

Entre les lignes bleues d’édits attentatoires.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

QUIS EST ?* Qui est-elle ?

 

QUIS EST ?*

Qui est-elle ?

 

J’ignore tout de l’ombre sous ma fenêtre,

Ce profil qui passe, sans me regarder ;

J’aimerais pénétrer, quand elle peut s’attarder,

Du regard fuyant, et pour m’y mieux soumettre,

L'arabesque azurée dont parfois, semblent naître

D’infimes perles, des flammèches ardées.

 

Je ne sais si demain, quand il fera bonheur

En mon cœur solitaire, nos routes,

Nos chemins contraires, sans doute,

Relieront de la berme, les tortilles, sans heurts.

 

Sous l’ombrelle blanche, sa silhouette efface,

Des malicieux rais, par trop intrusifs, les tons ;

Flottent de doux parfums percés de l’œilleton

De fragrances bulbaires, en appâts efficaces.

 


J’aimerais de ses mots, écorcher la doublure,

Ajuster au bâti de ses soupirs lascifs, des râles

Dont l’offense encloîtrerait les mâles

Qui souvent l’indisposent, flattent de sa blessure,

 

La béance certaine… aurais-je, en l’œuvre

Retouchée, de mes désirs butés, ceinturé

Le troublant préemptif, peut-être emmuré

De sa ligne, en de sombres manœuvres,

 

Et l’envie, et l’espoir, d’accréditer au soir,

Aux siennes fièvres, les miennes ! Volontaire,

Asservit à cette collusion… délétère (?)

Que nenni !!! Lors, souhaiterais surseoir

 

A l’immodestie dont je prise panache,

Quand bien même, ma pépie entaillerait

D’une subtile pointe, le calleux minerai,

Qu’en piètre lapidaire, je harnache

 

De grinçantes breloques, puisque déçu

De n’avoir, de mon destrier, enjambé

Le muret ; s’y perdent les empreintes bées

Profanant de ma muse, l’infroissable tissu.

 


Je la vois disparaître au lointain…

Ce point qui peu à peu, s’estompe, attire

D’autres lunes cassées ; leurs décans s’étirent,

Gobés de l’horizon, en de trop lourds matins.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

dimanche 13 décembre 2020

SPECULUM TRANSIRE* Traverser le miroir

 

SPECULUM TRANSIRE*

Traverser le miroir

 

Une femme s’écrie, avant de s’écrouler_

Je vois se profiler mon futur, ma vie,

Puis, entre les larmes, une main me ravit,

M’entraîne au vide, où blackboulées,

Se dessinent des formes , comme déroulées

D’un dédale… d’autres traces en dévient.

 

Des visages s’animent au halo d’un fanal

Baignant de lueurs, l’asphalte des faubourgs,

Le bitume d’impasses longées à rebours

De sirènes de nuits, lascives, banales.

 

Défilent en ses absences, les amants d’hier:

Amours ratées aux mensonges faciles…

Elle voudrait encor retenir l’indocile ;

Céans, faire sauter l’intruse têtière,

Hideux caveçon dont s’offusque l’altière,

Et qu’entravent parfois, les rainures fissiles.   

 

Ces jours ont l’apparence de nuits de brouillard,

Quand les neiges poudroient le faîte du clocher

De chapelles semblables au dôme du rocher

De chapelains voûtés, de prédicants braillards.

 

Sa gibbeuse dégaine farde, en des râles confus,

De catarrheuses glaires, sa superbe d’antan…

La voilà, étranglée de souffrances,  battant

Sa coulpe entre des sanglots longs… diffus !

 

Devenue la proie de la dame à la faux,

Déchire le subéreux voile d’existence,

Traverse le miroir aux marbrures intenses,

Avant de disparaître, engobée de tuffeau.

 

Au réceptacle de sa tombe chaulée, les mots

Flagorneront, en de mornes éloges, hélas !

Un trompeur dithyrambe, qu’efface

Les bigotes aux fadasses grumeaux.

 

Ci-gît notre bien-aimée sœur, notre amie…

Que sa dernière demeure l’accueille dignement !

Nous plaçons sur la stèle, en cet enterrement,

La couronne fleurie de notre dévouement…

 

Dire qu’à ces fadaises, il est des cœurs soumis !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

samedi 12 décembre 2020

NATURA MATER* Mère nature

 

NATURA MATER*

Mère nature

 

Nature, ma compagne, nature, ma campagne,

Qui, de mes premiers pas,  su garder empreintes,

Ramène-moi chez nous ! Fais choir de la cocagne,

La précieuse réserve, sans murmures, ni feintes !

 

Quand s’éveille matin, aux brumes dissociées,

L’arbre de mon enfance évince du crépi,

Les revêches stries, car des branches sciées,

Pendouillent les ramées… par dépit.

 


Nature, mon amie, conduis-moi aux jardins

Riches de parhélie, aux ruisseaux serpentant

Entre les prés herbus ! Y pousse le grenadin,

Perle encor la rosée, au généreux printemps.

 

Au cahoteux chemin longé du contadin,

Se perdent la gerbille, l’agressif opossum

Dérivés des savanes foulées du citadin,

Ce noceur que la langueur assomme…

 

En quête d'errance, le faubourien malade

De la ville, vient boire aux sources claires

Dont tu gardes secret… à deux pas de la rade

Détachée des dunes du front de mer.

 


Lorsque je m’en irai, repu de vents marins,

Ivre de cet embrun éparpillé aux ides,

Grisé de vaguelettes à l’aspect ivoirin,

Te baiserai la joue, les pommettes sans rides.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

vendredi 11 décembre 2020

MUNERE EMERITUS HABITATIONIS*

 


MUNERE EMERITUS HABITATIONIS*

Séducteur émérite

 

J’ai appris à me taire, car les murs écoutaient,

A me roidir, au soir des amours mortes,

Pour ne point traverser, et l’hiver, et l’été,

Les ruines affaissées sur le pas de ma porte.

 

J’ai appris à dompter des pulsions premières,

Le désir et l’envie de modeler des filles,

Le galbe charnu de prestes rancunières

Ivres de plaisirs obombrés de charmilles.

 

Me suis la nuit, livré aux lutines candaces

Accrochées à ma peau sursitaire… ce tissu

Peaussé que les mains entrelacent,

Pour griffer le giron de vierges déçues

 

De n’avoir, au faîte du fantasme, atteint

Des rudes gémonies, les salutaires marches,

A l’heure où se repaît la troublante catin

Délacée du cordon amputant sa démarche.

 


J’ai appris à déployer mes ailes, aux orages

Tonnés  en cet espace sans lune, ni étoiles,

Cosmos gris de désespérance : unique otage

De callipyges serves… et qu’entoilent

Les orbes auréolés de suies, pris au voile

De funèbres raouts, d’offices de partage,

De vices ânonnés... en un sabir joual.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

jeudi 10 décembre 2020

ADDITIONAL INFLAT* Additionnelles soufflées

 

ADDITIONAL INFLAT*

Additionnelles soufflées

 

Mon passé s’éveille d’un profond sommeil,

Émarge peu à peu, d’ivresses additionnelles

Où mon île se grise des spires de soleil,

D’efficaces bruines, sur le mont Périnelle,

De vents caressant la plaine de Plaisance,

Chaudes bises frisottant la rivière des pères ;

Que n’aurais-je donné pour livrer mon enfance

A la quiète douceur dont l’âme prend repaire,

Au soir où l’oisillon regagne le frêle nid, fier,

D’avoir parcouru aux nuits qui l’empierrent,

La magnifique plaine ; les stratus s’y élancent !

 

Sur la lame bleutée de l’océan marbré,

Dansent les molles vagues, les fatals remous

Soulevés des fonds clairs, d’arches cambrées,

Dont le crayeux corail hypnotise l’émou

Survolant l’onde tiède, quand la migration

Pousse des froides terres, la bernache, l’oie,

Heureuses de voler en la mutation.

 

Des ruines chargées d’histoire, Saint-Pierre

S’étire, l’œil alangui, épiant la montagne…

La pelée fait réserve, sous sa houppe altière

De folles chimères, pressant de la campagne,

L’envoûtante cambrure sur laquelle s’agitent

La précieuse marcotte, le tubule trop sage,

Noués de lianes que l’insecte effrite,

Pour se repaître des sucs de brassage.

 

De ma couche noyée de maritimes larmes,

Mon baldaquin humecté d’amertume,

S’entrelacent des spleens boudant le charme

Des premières récrés, quand à même bitume,

Nos pas désenchantés voilaient la communale

De rires, de jeux, de brettes de frondeurs ;

De la componction, les souffrances banales

N’eurent pas d’irascibles lourdeurs

Lestant le niquedouille, ou la biche coincée…

 

L’enfance… mon enfance était une fontaine,

Pétillante chute aux diaphanes gangues,

Quand la dysharmonie aux notes incertaines

Posait ses arpèges à ma pâleur exsangue,

D’autres accords filtrés en l’aurore cuivrée,

De l’émotive ouïe de l’enfance bohème…

 

O passé… mon passé : long tunnel sans ange,

Où se côtoient à l’aube, mensonges et promesses,

Tu m’as su préserver, entravé en mes langes,

De tièdes psalmodies, des cantiques de messe,

Pour offrir à mon âme rachetée du Seigneur,

Les Prières d’En-Haut, Les Divines Louanges !…

Ne suis plus, des monarques déchus, le railleur

Pétri de suffisance, naïf en quête d’un Gange

Coulant du manichéisme magnifié du sérail

Dont les putains accordent allégeance…

Serai(s) plutôt de ceux qui s’ajustent aux rails

De la caténaire…  la motrice en partance,

Et que suivent encor les poussifs wagonnets

D’un fourgon ballotté de pénibles tressauts…

 

Si mes songes sont nés d’illusoires visées,

L’éveil de mon audace accentue du réel,

En de vexantes pointes, le profil avisé

De l’homme sous ma peau, cet artificiel

Devenu fils, cet artefact délié d’utopies,

Ce nouvel arrivant qui rêve de Ciel :

Mando, l’incompris… pour le reste ?... tant pis !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020