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dimanche 8 novembre 2020

CONTEMPTIS*

 

CONTEMPTIS*

La méprisée

 

Encloîtrée en la honte pénétrant sa peine,

Cherche quelque issue acceptable,

Déliant du malheur et qui toujours, l’enchaîne,

Les noduleuses mailles, les austères câbles…

Les commères ridées, en la pointant du doigt,

Se gaussent sans remords de sa déconvenue ;

En des rires affectés, des propos maladroits,

Les garnements rusés, sans montre de retenue,

L’accablent de lazzis, de brocards, de huée ;

Ses yeux en conservaient, en des larmes crispées,

Le malaise des louves se faisant conspuer,

Quand la vindicte perce, avant que de riper,

Le sujet disgracié, la camérière réprouvée

De la cour, où la noblesse tisonne de mensonges,

L’affreux clabaudage de suivantes couvées

De maritornes ; sans vergogne, les plongent

Au cœur même de la médisance, les emplâtrent

De potins de cancane, afin de les griser

Du venin des chiennes qui bavent devant l’âtre,

Des catins de la trotte, et toujours méprisées.

 

Percluse en ces muances de harangue démente,

Elle voyait s’éteindre du tableau de maître,

Les précieuses couleurs; ces lavis qu’enfantent

Les tons de l’insolence, au bonheur à renaître,

Quand de la froide lie, s’échappent les nuances

De l’eau forte ;  l’aquafortiste en agrémente encor

Du trouble de l’ouvrage, sans y faire allégeance,

Le galbe callipyge dont Rubens lie le corps

Aux cambrures marbrées de l’altière muse,

Au regard de l’esthète ravi de s’émouvoir

Du porphyre altéré_ ô si peu !_ de la ruse

Du dandy, ce damoiseau… il s’amuse

En ces cendres, quand les critiques fusent,

A modeler la replète nymphe, à se mouvoir

Sur la femme… celle que voudrait voir,

L’aigrefin dont la bourse vidée désabuse

Le larron en quête de subside… âme confuse,

Cœur à l’index… est-ce pour s’en émouvoir ?

*

Elle confisque à ses larmes de fautive compagne,

L’abondance, acquiescé du juste repentir…

Au seuil de sa mémoire, battant la campagne,

Irai à son front nu, poser, sans l’avertir,

Un conciliant baiser… sans jamais l’abrutir…

N’est d’offrandes qui au matin, se gagnent,

Solennelle empreinte… au faîte de cocagne.

 

 

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

samedi 7 novembre 2020

HARENAE VENDITOR*

 

HARENAE VENDITOR*

Marchand de sable

 

Marchand de sable, passez votre chemin !

Je veux encor, la nuit, rêver sous la cheville

De lubies actives auxquelles se vrillent,

Les fantasmes qui me tiennent la main…

 

Marchand de sable, laissez-moi savourer

En ces heures indues, le tumulte des mânes,

Dont le vain repentir, grimé de mots insanes,

S’apparente au recueil piégeant l’énamouré !

 

Regardez de mes yeux étoilés de musiques,

Les précieux arpèges de songeries précoces !

N’épuisez _ je vous prie ! _ de ces riches noces,

Le faste dont s’agrémente le regard chimérique…

 

Marchand de la bohème, fuyez de mes envies,

Quand s’épaissit l’offense, la replète panse

L’hallucinatoire vague !… aussi, quand j’y pense,

N’est rien de plus doux, aux pleurs d’inassouvie,

 

Qu’oniriques étreintes de dryade couchée

Sur la peau de l’imaginatif, cet idéologue

Rasséréné, quant aux rimes d’églogue,

Ces bucoliques pointes perçant l’effarouchée.  

 

Marchand de sable, fera soleil à l’aube

Quand poindra de la nue, les rais bleus

D’un ciel, au vôtre différent… ventrebleu !

Laissez mes insomnies s’enquiller sous la robe

De l’extravagance !… faut-il que s’y dérobent

Mes pas de sublunaires ?... du tertre sableux,

A l’étrange parvis de ce mythe, l’engobe

Cosmétique de l’œil, le fascinant globe,

Pour en dessouder le support anguleux.

 

C’est ainsi, qu’aux grands soirs, s’allument

Mes errances d’insomniaque, songe-creux ;

C’est ici, qu’au pressoir, souffle ocreux,

Sombrent les dépits qui, sans mal, me bitument !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

vendredi 6 novembre 2020

PROHIBE !*

 

PROHIBE !*

Retiens-toi !

 

Non, ne t’approche pas ! La margelle est fragile ;

Ne te peut retenir, en ce froid hivernal,

Si les vents s’évertuent à pousser hors des villes,

Leurs tenaces soufflées, leurs trombes automnales,

Que salutaire main… hélas ! Loin de la communale,

Au chahut des récrés, n’est plus que mutins gilles

Dont les grimes honorent l’alternance atonale.  

 

Ne te laisse séduire de ces flatteurs de cour,

Ces béjaunes coincés épiant des marelles,

Celles qui les enjambent, qui de l’atemporel,

Renient l’atermoiement épurant le discours !

 

Regarde-toi sourire au miroir de ces flaques

Auréolant de ton juste parcours, la berme !

Faut-il, de ces errances, seule, y mettre terme ?

Des pollicitations, aux fallacieuses traques,

Nulle issue acceptable, car, de l’adret à l’ubac,

S’écoulent de ces cimes, en poches de bissac,

De fielleuses saucées, de coupables dégermes.

 


Nous sommes les enfants des enfants d’hier ;

De notre âme chagrine, à nos rires diffus,

S’étiolent des râles feutrés de mots confus,

D’ahanantes effluves… en sommes-nous fiers ?

 

Nous, pauvres mécaniques, insolubles mues,

Avions, sans le vouloir, bu le lait de Corinthe,

Dont l’ânesse fit offrande, quand des lunes éteintes,

Aspirions aux décans, les volutes ténues…

 

Retiens-toi aux aurores floutées ! La rosée,

En diamantines perles, étoile d’un bel éclat,

Ton imprécise face, ma joviale moue… là,

A l’heure où le matin semble encor déposer

Sur la joue de la flore conquise, ce baiser

Dont Ronsard se veut accaparer, au glas

D’amours défuntes… s’y éloignent les pas,

S’y désaccordent tous les cœurs oppressés

D’amants rompus en la matutinale, agressés

De mensonges butés… qui de vie, à trépas,

Immolent les servants d’un bien triste passé.

 


Nos dix ans prennent l’eau, nos jeux sont inédits…

Désormais, nos altières envies deviendront

Des besoins, d’excusables feintes de tendrons

Maquillés à outrance, du fard de l’interdit…

 

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

ME INSULAE*

 

ME INSULAE*

Mon île

 

Mon île est un bateau qui voyage

Sur les vagues bleutées, les remous,

Que survole l’étrange tinamou

Dont les ailes découpent l’éclatant paysage.

 

Mon île est un chenal où glissent les navires,

Les galiotes d’un monde différent…

C’est un océan clair, un bassin empierrant

Du lointain littoral, le cordon d’où chavire

 

La baille éclatée au récif corallien…

La lame gondolée se joue des flots salés,

Des spumescentes marées, avalés

Des baveuses coulées, du reflux sans liens…

 

C'est un estuaire entre les roches grises,

Volcan en sommeil, verte montagne

Posée à flanc de côte, dominant la campagne

Couverte du hallier dont il garde emprise.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

jeudi 5 novembre 2020

SILVIS*

 

SILVIS*

Dans les bois

 

Promenons-nous dans les bois ;

Qu’importe les intentions du loup !

Par ailleurs, quand il est aux abois,

Il épie sans vergogne d’un regard jaloux,

Les amants alanguis au bosquet d’Encelade,

Les noceurs décatis en l’aube, ces libertins

Dont parle Choderlos de Laclos... l’escapade

Des nuits, égaie encor, au jour adamantin,

La veuve et l’orpheline dont le vice alimente

Des vives pulsions, l’intactile systole…

Se faut-il, malgré soi_ qu’au pal de la tourmente,

S’aliènent les déesses couchées sous l’acrostole ?

 

Marchons dans les fourrés, quand la rosée

Caresse des buissons, la verte houppelande !

Sur ta lèvre humide, mes premiers baisers

Auront le goût laiteux des suaves amandes.

 

Je verrai en tes yeux mi-clos, le monde chavirer

De l’orbite du temps… il y fera soleil… en ce feu

Délacé de ses rouges braises, m’y viendrai mirer,

Fuyant la retenue implosée en nos habiles vœux.

 

Quand nous ferons danser les pans des fontaines,

Grimacer les kobolds griffés du froid hallier,

Quand la tonitruance de tempêtes lointaines,

S’enrouera sur la lande froissée, derrière l’espalier,

 

D’adultérines formes boiront de coupe pleine,

Le péché consommé, le péché consommable…

Nous, loin de ces tumultes, sur la plaine,

Danserons des menuets… l’utile, à l’agréable,

 

Se lieront de concert, pour de nos fantaisies,

Dénouer le filin de musarderie… heureux,

Au cœur de nos cœurs, feignant l’amnésie,

Voyagerons au clair du renouveau poudreux…

 

Nos bouches agrémentées de doux conciliabules,

Naîtront en la moiteur de liquoreux frissons…

Nos veines verront couler, en plumets de barbule,

Le sang d’énamourés… à même l’alysson.

 

Promenons-nous dans les bois ! 

Le loup s’est endormi ;

Il n’y a plus que nous, ma sultane… ma mie.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

LUNDI DEFUNTA*

 

LUNDI DEFUNTA*

Défuntes lunes

 

De nos amours défuntes, au présent contrasté,

De nos folles ivresses, aux larmes dévastées,

Ne reste qu’illusoires promesses, fantasmes

De galants crispés sous le pesant marasme

De la pensée déchue, quand l’esprit édulcore

Du passé, en la ressouvenance, les accords

Du tempo joué à quatre mains, la mesure

Rebattue da capo, quand germent à l’usure,

Les dernières notes, au vieux clavecin

Du soliste craignant du concerto, l’abyssin

Silence de l'auditoire glacé, déçu du labeur

Du maestro sans âme, ce triste ébarbeur

Élaguant de l’œuvre, nécessaires branches…

 

De nos amours passées, aux nœuds de solitude,

Grimacent des rires profanés d’hébétude ;

Oh, je les voudrais taire, céans, m’en musser,

Afin d’en sublimer d’hier, sans vaines resucées,

L’harmonieux polyptyque, ce fascinant retable

Baigné de lumières, de spires appréciables !

 

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mercredi 4 novembre 2020

PUER AUTEM CONFRINGETUR*

 

PUER AUTEM CONFRINGETUR*

L’enfant brisé

 

Je conduis par la main, un enfant brisé,

Un garçon blessé de trop d’indifférence,

Un gamin sans amis, voûté sous l’apparence

D’adultes en devenirs... dont il est la risée ;

Cet enfant, c’est ma peau, ma chair tourmentée,

Mon regard et mes rires à jamais effacés ;

C’est mes larmes, mes rêves offensés

De n’avoir su naître aux premières ventées.

 

Je promène une ombre sans opacité, un profil

Détaché de la mienne substance, une ligne

Tracée au fusain, dont l’esquisse cligne,

Donnant ton aux jours qui en l’aube, défilent.

Je berce une œuvre morte, un cliché délavé,

Une ébauche sans style, sans variantes, pochée

D’un amateur au trépied bancal accroché

Au mur d’un atelier dressé sur le pavé.

 


Vrai, je m’insupporte, moi, qui aurais voulu,

Entouré des miens, vivre d’amour, de paix !

Je ne suis plus à même de dégainer l’épée,

A défendre l’honneur, en cet irrésolu

Pointé en la vindicte, et qui de l’absolu,

Accuse, pour s’amender, quand le cœur se repaît,

Réception, sans douter des besoins goulus.

 

Je flâne en des chemins déviés de la sente

Où se meurent les joies, l’innocence ;

Je ne sais où aller, ni ranimer l’enfance

Dont me privent encor, les attaques blessantes.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020