pinterest

mardi 28 février 2023

QUE NE L’AURAIS-JE TU !

QUE NE L’AURAIS-JE TU !

 

Croyez-vous qu’il faille assujettir l’humain,

Le contraindre à douter de la vraie liberté

Si tant est qu’elle soit_ hors la vérité _

Le statut dont la philosophie, demain

 

Ornera les manuels, attifera les livres

Afin que la morale admoneste l’idoine ?

Peu probable_ je le crains ! j’en dédouane

Sans mal, l’antinomie ; ravi de suivre

 

Le dialecticien hostile aux apophtegmes,

Le métaphysicien privant l’argumentaire

De ses vénales joutes ; heureux de taire

De l’âme consensuelle le flegme,

 

Pour garder du mystère encellulant l’affect

L’exacte dimension… peu enclin au pérore

De la gent naïve, je poursuis aux aurores,

Les vexantes chimères encavant l’intellect.

 

S’il est des trompeurs enkystés de sophisme :

Captieux animés de riches prétentions,

Demeurent aussi, sans autre rétention,

 De froids autodidactes au charisme,

 

Ou prétendu tel_ pour le moins contestable ;

Bedonnés sous le profond halo d’éclats

De catilinaires bavées ex-cathedra, au glas

De pompes de censeurs connétables…  

 

Croyez-vous, cœurs figés, contempteurs,

Que le monde puisse survivre aux huées ;

Vous qui faites bombance… et suez

En l’étroit habitacle d’un cénacle d’auteurs ?

 

Quand jaunissent vos jésuitiques larmes

De prévaricateurs en la concussion d’un avoir

Mal acquis, les servants du pouvoir

Stigmatisent vos lois : ces éphémères armes.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

mardi 21 février 2023

DECARGUER AVANT L’AUBE

DECARGUER AVANT L’AUBE

 

Lorsque l’insomnie perce le voile des nuits

Pour venir s’installer en impudente reine,

Les rêves qui déchoient en l’aube souveraine

Pulpent de ma raison l’intolérable ennui.

 

Lors, je déambule entre ombre et lumière,

Buvant du clair matin l’efficiente rosée,

Aspirant de l’aurore les reflux nitrosés,

Et qu’enrobe la brume souvent coutumière.

 

J’avance de guingois sur un sol dételé,

Le cœur clampé d’un trop rustre garrot

Cernant de l’aisance au-delà des barreaux,

Le fragile confort s’y laissant marteler.

 

De dissidence, entre piètres raccourcis,

Se dilue ma bohème, s’allonge mon errance ;

Tel le pusillanime démuni d’expectance,

Je déjoue de ce spleen les souhaits imprécis.

 

Marinant en la lie de ce visqueux fiel, je fore,

Autant qu’il m’en soit permis, le cylindre

Etayé de fastueux râles, sans me plaindre

Pourtant de la charge butée… sans efforts,

 

Pénètre des narcoses, la trame tissulaire ;

Puis, en souple longipenne, déploie

Mes plus belles rémiges… j’assure de l’exploit

La jouissance certaine ; là, du crépusculaire,

 

Je dénoue peu à peu le pesant gordien, fier

D’avoir du monarque phrygien escamoté

Légendaire notoriété, allégorique motet,

Au noir de ces influx tassés en tufière.

 

Il me faut du sommeil en l’hiberne possible,

Infiltrer avec grâce l’étrange mausolée !

Le flou qui m’accompagne aimerait isoler

Des nantis de l’éclipse la paresse cessible.  

 

Si mes nerfs cabriolent, délestés d’inertie ;

Si du tonus des loups s’affaisse mon ressort,

Ferai de ma torpeur un vaporeux tussor,

De cette léthargie… faraude autarcie.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

samedi 18 février 2023

FATAL DESOEUVREMENT

FATAL DESOEUVREMENT

 

Et passent au point du jour les amants usés,

Pétris de lassitude… ils pleurent les matins

Où l’amour en escale caressait du satin

Les chatoyants reflets ; puis, sans se récuser,

 

Essaient de dompter des songes éclopés,

Avant de voir mourir l’onirique cuvée,

Sa trop fade substance sous l’étai incurvé,

Et que rongent les jours sans s’y développer.

 

La sépia jaunie de leurs riches clichés

Rappelle les orages défigurant l’espace:

Tumultueuses tempêtes, et qu’enlacent

Les âmes où l’ombre s’est nichée.

 

Le cœur geint, avant de s’arrêter

Sous la clepsydre d’années évaporées

Aux breloques de noceurs éplorés,

Perdus en l’estuaire de désirs curetés.

 

Au pal de ces nuits, se dissolvent encor

Les frêles silhouettes d'adultères grisés,

Aux leurs comparables : deux êtres méprisés

Enjugués malgré eux, aux funestes accords.

 

Perclus de solitude, noués en cette thébaïde,

Puisent du corrélat chevillé au remords

La troublante taxie ; l’esprit la remémore,

Quand s’écroule l'attente assaillie de rides.

 

Emmurés sous l’archère de cupidones gerbes,

Les amants s’abandonnent au silence

Du pâle blanchet perforé d’une lance,

Ou du fin ableret d’une symphonie terbe.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

vendredi 17 février 2023

AVANT DE SE CORROMPRE

AVANT DE SE CORROMPRE

 

Impossibles menées au désir de tromper

En cette oligarchie où l’âme condamnée

Par la folie du risque, se laisse malmener

D’une factieuse plèbe à l’audace trempée.

 

Insolubles succès au besoin du paraître,

En l’argyrocratie du banquiste vénal

Pris au rets de castes dont le subliminal

Purge l’inconscient fluctué là, en reître.

 

Inextricables feintes au pouvoir du déchu

Qui, en reptation, aux larvaires culbutes,

Pénètre de l’affect, en d’impérieuses luttes,

La trop sage butée aux artères branchues.

 

Illusoires afféteries au vexant parvenir

Dont la seule fatuité inocule venin_

Et c’est peu de le dire_ à l’appel léonin

Dispersant les grégaires pour les mieux punir.

 

De noces en bombance, aux lunes pénétrées

D’éphémères décans, l’esclave du plaisir,

Cet épicurien, n’attend plus, pour gésir,

Que rudes attrapades, sans s’y déconcentrer.

 

S’enrouent aux nuits blêmes, au son de l’hallali,

Mortifère glas, popisantes babioles posées

Au noir caveau où s’en vient reposer

La dépouille privée, aux aurores pâlies,

 

Du sermon d’un perfide prélat : cureton

De confesse, imbibé d’eau bénite :

Jésuitiques prouesses perçant de l’adénite

L’inconfort du sabir lancé d’un vireton.

 

La mort n’a point d’attraits… c’est un col

Infranchi de novices encellulés de rêves ;

Elle se veut docile, expurgée de la sève

Qui du temps consommé, crispe la dulcicole.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

lundi 13 février 2023

PULSATILE ANAMORPHOSE

PULSATILE ANAMORPHOSE

 

Aux plaintives poussées d'abbesses, jadis

Vous sûtes délier les plus fins stratagèmes

D'amants piégés, abusés de dilemmes ;

Connurent-ils sans mal l’atroce préjudice ?

 

L’amour en éclosion dénature l’ivresse…

Le plaisir est un feu sans flammèches,

Ni escarbilles déclinées de la mèche :

Ephémères brandons écorcés de liesses.

 

S'en faut prémunir ! point en rougir,

Au soir où la dérive enquille l’ironiste,

Poussé aux lazzis dont l'antipodiste

Aux folles cabrioles, pulpe le réagir.

 

Aux mesquines confesses annihilant le vrai,

S’évaporent le rêve, la folie… sombrent

Aux froides alcôves d'aveux sans nombre;

S’en venant naître, souffle désœuvré.

 

Vous aviez hélas ! des libertines serves

Dont le talent tacle la retenue, impudence

De gaupes drapées de démesure, cadence

De chasseresses louves sans minerve.

 

Vous voilà céans, marquise à la cour

De nobles maniérés : damoiseaux poudrés,

Finaudes silhouettes de madrés

Baisant de la mitaine l’auriculaire court !


 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

jeudi 9 février 2023

IMPROBABLE MENEE

IMPROBABLE MENEE

 

Ils avaient sur le sable écartelé l’enfance,

Pour boire du désir, en de rudes lampées,

Le plaisir et l’offense dont s’aimeraient draper

Les amants agrippés au col de l’insolence.

 

Leur peau apprivoisait de la soif abonnie

La saveur et le fiel d’étreintes malhabiles,

De ces gestes confus qu’ont les âmes nubiles

Accorées aux envies dont le cœur fait déni.

 

Ils avaient sur la vague bercée de roulis,

Abandonné l’espoir d’une vie plus mâture ;

Le silence des ombres éreinte la nature

Au cri de ces humeurs que l’on dit abolies.

 

Deux corps nus en l’entrisme de l’affaitement

Aux ductiles caresses pleinement contenues

N’imposent plus hardiesse à la retenue,

Ni souffrances baguées de flous halètements.

 

L’océan regardait sous le voile de mer

Avant de chavirer de la lame défaite,

Deux enfants possédés, figés au même faîte,

Bourgeons peu à peu encordés d’éphémère…

 

Le souffle haletant de la jeune moinelle,

L’exhalaison de l’ambitieux mâle

Cosmétiquaient la chair devenue animale,

Travestissaient l’esprit d’ardeurs pulsionnelles.

 

L’écume du ressac, de la berge dissoute,

Clarifiait l'écho lesté de mille plaintes,

Pour s’en mieux délier, en l’empreinte

Tallée de fugaces crachins… sans doute.

 

Ne restait plus, aux vespérales teintes,

Que profils larvés noués à l’aussière

De la gène palpable : chétives poussières,

Mortes illusions que le remords éreinte.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

MON ÎLE EST UNE ESQUISSE

MON ÎLE EST UNE ESQUISSE

 

Mon île est un bassin où danse le fretin

Entre les algues folles, le corail nacré ;

Les bateaux, parfois, s’y viennent ancrer,

Longeant de l’estuaire l’étrange muretin.

 

Mon île est un jardin où pousse la rosée

Perlant des roses-thé au petit matin clair,

L’épineuse couronne irradiée d’éclairs,

Le soyeux sépale au foliole irisé.

 

C’est un noir volcan ajouré de lave,

Poudré de cendres, de frêle lapilli ;

L’espère conquise aux primes embellies,

La désire soumise, défaite d’enclaves.

 

C'est un palais à l’altier beffroi ;

Epiée dessous la canopée, d’oisillons

Chus de vents tropicaux, de bouvillons

Repus, méconnus des grands froids ;

 

Une oasis en un désert de souffre :

Palmeraie dressée en éventail

Sur la peau d’atoll où broute le bétail

Encoffré au bedon d'un long gouffre.

 

Rustres carcajous, gloutonnes mouettes

Aux moites rémiges balaient au soir

De l’éther azuré l'ardente aplatissoire

Percutant de ses rais les flexibles rouettes.

 

C'est un hameau aux portes d’outre-lieu :

Etrange bourgade grisée de sel marin ;

Se veut messagère au matin ivoirin,

Du zéphyr blessé, l’ouragan bilieux.

 

C'est un bateau, une riche bélandre

Chargée de victuailles, sur l’océan plombé

Caressé de la lame aux frisures bombées ;

Elle assèche mes pleurs à pierre fendre,

 

Quand s’enflent au soir sur ma couche nue,

Le spleen du pérégrin mué là, en poète,

Le chagrin du penseur, cet anachorète,

Et que raillent encor les tristes ingénues.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023