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dimanche 4 décembre 2022

APRES NUIT


APRES NUIT

 

En d’autres matins gris, à l’aube,

S’éveillent les amants repus de langueur ;

Flottent en l’air serein, en ton globe,

Les premières lueurs du jour en sa vigueur.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

samedi 3 décembre 2022

PEINTURE ECAILLEE

PEINTURE ECAILLEE

 

 

Le galbe de Vénus, désoclé de l’artiste,

S’écaille sur la toile du peintre à bannir ;

De sa croûte mitée, percent avant de jaunir,

Des stries… aux années, elles résistent.

 

Du ventre froid de l’œuvre les plis

S’effritent pour laisser apparaître

Des dorures agrestes faisant naître

De ce préraphaélite empli

 

D’amertume, foudroyé du regard :

Triste néophyte de décombres,

Des pochades trop sombres

Sans teintes, ni d’autres fards.

 

Les pans de fontaines en allument

Des rais pris au flou anonyme

Du portrait retouché, d’ultimes

Carnations, d’ouateuses brumes.

 

Au soir, entre deux réverbères

Inondant une impasse pavée,

Trottent succubes, et profils délavés,

Sans nimbes d'atmosphère :

 

Fades fresques, esquisses cramoisies :

Inauthentiques craies d’un lord écossais

Aux délires plissés de songes insensés,

Ou versatile esthète féru de poésie...

 

J’épie du coin de l’œil, cette décrépitude !

Mon cœur saigne, je l’entends soupirer

En l’acmé venu là, l’emmurer

De plaintes encagées d’hébétude.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

vendredi 2 décembre 2022

ANGELINE

ANGELINE

 

Belle en ces jardins où l’amour s’acclimate

A la peau de tépides caresses ;

Plus belle au soir de lunes enchanteresses

Navigant en l’azur ; les ombres les formatent.

 

Sublime sur le port, quand rentre le marin

D’un pénible voyage… au bal de sirènes

Qui au roulement des vagues, enchaînent

L’océan bleu aux reflets cristallins.

 

Noble en l’aube fragile, aux vents chauds

Embrasant le sable gris des dunes ;

J'aimerais écluser de ses traces falunes

L’éboueuse teinte foulée des maréchaux.

 

Altière sous la toise de désirs béants,

L’espère conquise au jour naissant ;

L'absence est un leurre : appât blessant

Ou cruel gluau… au revers du néant.

 

Splendide en des notes posées

Aux dents du clavecin ; pour elle,

Les arpèges décélèrent l’allure : celle

Dont l’adagio se veut martyriser…

 

Ardente sous la brèche du spleen,

Ramifie des branches du devenir

La flèche terminale… sans céans, parvenir 

A voiler ses traces contadines.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

CHRONICITE

CHRONICITE

 

Ma mémoire écime les offres assassines

Que jadis vous fîtes au vulgum pecus ;

Elle bat en retraite, fuyant le tylenchus

Parasitant de l’âme la travée abyssine.

 

Elle captive encor gueux et manants

Eblouis au cortège de prévarications

De gras silènes bouffis de prétentions,

Et qu’encartent les termes de l’aliénant.

 

Ma mémoire frelate du verbe présomptif

Avant l’aube nouvelle, en l’éveil,

Le bedonnant cylindre que surveille,

Et pour l’annihiler, le germe procréatif.

 

De souvenirs éteints, aux mortes resucées,

Elle pose licol aux clichés d’autrefois ;

Transmue de sa superbe, aux froids,

Les profondes ridules la voulant plisser.

 

C’est un puits artésien où dansent

Aux lunes pleines, les rires du matin,

Les doux conciliabules… d’incertains

N’osent ici, en lier la cadence.

 

Ma mémoire assagit de la cognition

L’altérable mue du fantasque cerveau,

Ce double capricant en deçà du biveau ;

Elle mord au nanan de la prétention.

 

Elle a nimbé mes premiers graphèmes,

Stylisé ma faconde de naïf rhéteur ;

Elle a su évincer mon venin séducteur,

Réajuster l’iambe, l’allocutif phonème.

 

Ma mémoire, en drapé de censeur,

Confisque à l’idiome privé de sémantique,

 Princière_ ô combien ! _ la quantique

En l’épiphénomène de pavés d’épinceurs.

 

Quand elle s’en ira aux lointaines jachères

Egrener le silence du trompeur chapelet,

Les rites d’écoliers, et que l’on épelait,

Tairont de l’espace tout ce qui m’était cher…

 

Lors, vaincu, quoique rasséréné, irai

Battre coulpe en ces orbes distants

Où la vertu captive et l’espèce, et le temps,

Afin d’en ratifier, sans jamais l’adirer,

 

L’ultime parchemin de songes préconçus :

S’y miraient les soleils de l’enfance baguée

De douces lallations, de babil irrigué

De gazouillements gracieux et cossus.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

jeudi 1 décembre 2022

APOSTILLES

APOSTILLES

 

Faut-il à deux genoux éteindre des misères

La rougissante flamme… adoucir sans mal

Les rudes braises, quand en nous, l’animal

Perfore de mensonges l’autre hère ?

 

Faut-il que le péché devienne la norme

Pour occulter de l’homme l’acrimonie ;

Doit-on de fastes, en cérémonies,

Confesser ses tares… pour la forme ?

 

Aimeriez-vous surseoir des procédures

Le bon déroulement… vitrioler l’affect

Pour donner aux fougueux intellect

L’illusion de brider l’avilissant parjure ?

 

En des donnes plus sages, sans s’y récuser,

L’offrande des doctes accusera sans autre

La joie du retenir, en valeureux apôtre,

Le bonheur dont l’âme peut (doit ?) user.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

mercredi 30 novembre 2022

LOUISE

LOUISE

 

Louise, vous me semblez bien pâle ;

Auriez-vous en ces temps vu la mort

En reptation, vous soumettre au pal

Du malheur, votre vie à son mors ?

 

Il pleut au clair du Mont Marcy ;

Aux Adirondacks, la pluie s’éternise

Pour offrir aux cailloutis noircis,

La moiteur des rives où la vague s’enlise.

 

Bien-aimée, mes attentes sont vôtre !

J’imagine aux nuits écarlates,

La noirceur qui s’y lentement vautre

Lénifiant du mal, le reflux disparate.

 

Pour ici s’alléger du joug de l’audace,

Mes fièvres accusent la dolence

De nos songes meurtris ; j’en efface

Sans peine l’irascible constance

 

Dont ma verve empourpre à tort

Le limpide larmier, quand perlent

Les sanglots du podestat retors

Dont la rage, et l’amok déferlent.

 

Tendron de mes jours, ma compagne,

À vos pieds, en liesse salvatrice,

Je pose mon cœur chu de la cocagne...

Subsistent qu’inutiles blandices !


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

mardi 29 novembre 2022

ENTAILLES

ENTAILLES

Blessures, blessures, vous dont l’âme

N’est que souffle léthal, qu’avez-vous fait

Des printemps où l’enfant stupéfait

Embrase la nature d'une ardente flamme ?

 

Voyez couler le venin de la honte,

La sève du profane ceint d’amertume :

Purulente lie aux fièvres qu’allument

Le désespoir, si l’accablé l'affronte !

 

Blessures, qui étoffez les souvenirs cossus

D’un drapé de dynaste, les riches apologues

D’un raglan de monarque : analogues

Prouesses de vos rêves pansus.

 

Oh ! comme je vous plains d’être des lésions :

Vulgaires empreintes, inélégants trophées

Cachés sous la paroi de procédés surfaits,

Enfouis aux décombres des désillusions.

 

Quand l’ombre se fera, au seuil du renouveau

Evidente lumière, vos folles incartades

Deviendront aux lunes qui s’attardent :

Fraisils de bourreaux au ventre du caveau.                                     

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022