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dimanche 20 novembre 2022

LE SILENCE

LE SILENCE

 

C’est une vierge au socle froid de marbre,

Qui s’approche du reflet de l’absence

Peu à peu déliée des branches du bel arbre

Où caillette l’oiseau grisé de nitescence.

C’est

Un lac ondoyant aux vents légers d’avril,

Fleuve hué de brises printanières ;

On aime le voir au centre de nos villes,

Éteindre le chahut de nos cancanières…

 

C’est un feu dont les braises grésillent

Au souffle de flammèches moqueuses,

Et qu’enrouent les flux du fin grésil...

En l’âtre, s'activent des suies cendreuses.

 

C’est un réservoir buvant du mutisme,

L’étrange rétention, l’hétéroclite stase

Dévoilant des nonces, le diffus syncrétisme

Du prélat amorphe, chaque antonomase ;

 

Car de la périphrase, à la coquecigrue,

L’absurde dévêt du prédicat captivé

De harangue, pimbêches et grues

Rivées à la lèvre les voulant enivrer.

 

C’est une loi pulsée de l’ordalie

De médiévales causes, de scolastique ;

Ignace de Loyola en l’hallali,

Acquiesce l’obligataire sous portique ;

 

Car l’incivil est un faraud sans âme :

Rodomont cosmétiqué d’emphases,

Préambules appréciés des dames

D’un royaume altéré à sa base,

 

Couvé au boudoir de mondaines,

Au tunnel où s’égare la chienne ;

Le vice en admoneste la percée soudaine…

La none outrée de calembredaines

 

En fait jardin secret… l’amantes s’y noie,

Cachant de ses rides, l’altier minois...

 

Sous beffroi, dilettantes amours,

Exsangues rosières sans ganses

Fardent de vœux casuels le cœur lourd,

Faisant fi des folles manigances

 

Du damné chu de vespérales spires,

Aux fiévreuses pollicitations

Enjuguées au mal, ce licol qui attire

La serve bercée de prétentions.

 

Le silence est l'œuvre d’un orfèvre :

Ornemaniste retouchant du maillet,

La muse entrouvrant la balèvre

Confirmée du geste au relief guilleret.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

LE SILENCE

LE SILENCE  (II)

 

Le silence attise du mot vrai,

Quand la mort envenime l'absence,

L'opportunité, la juste relevance

Ébarbée de sophismes cuivrés.

 

Ai vu l'endeuillé sertir de hâblerie

L'amante encernée, hors du temps,

Lier de contrevérités le battant

Fier d'avoir vaincu seul, l'ahuri

 

Estourbi sous toise de simulacre,

Grisé du cépage quoiqu'âcre

De la treille au noduleux sarment

 

Quand s'y posent, doucement ouaté,

L'oisillon guilleret, par le vent, fouetté

Le frêle papillon… sis, délicatement.

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

samedi 19 novembre 2022

AVEC

AVEC

 

Avec des souvenirs, des rêves écrasés,

Ai construit des murets, élevé des cités ;

Noué d’insomnies, sans jamais hésiter,

Ai tutoyé au soir les gouges méprisées.

 

Avec d’autres îles épiées de l’adret,

Ai allumé des mots au faîte d'élégies,

D'arpèges, au mal qui me régit

Sans me parer de sublimes attraits.

 

Avec rires et pleurs en avalanche,

Ai caressé de Sélinonte, les muses :

Odalisques aux inflexions obtuses,

Aux roulis de leurs hanches.

 

De cendres laviques, de poussières,

Ai, de Saint-Pierre, la troublante métisse,

Fardé de démesure l'antre de Cyparis,

Où la mort fut vaincue de sa mue altière.

 

Ai de Périnelle, à l’alleu de Plaisance,

Pressé de l'absence, les mânes,

Des mâtines, les lallations insanes

Dépurant le sang neuf de l'enfance.

 

Du sanctuaire de mon île,

Ai sublimé de l'espace, la nue… j'avais

Ô que ne l'aurais-je tu ! délaissé les pavés,

Pour la sphère d'ivresses indociles.

 

Cœur en panne, une folie dans l'œil,

Ai percé le flanc gris de l’offense

Rivée au négoce des réminiscences,

Quand l’âme dérive d'inflexibles deuils...

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022


vendredi 18 novembre 2022

SIRENE EN ESCALE

SIRENE EN ESCALE

 

De l’échafaudage, tu épies l’animal

Dont ton corps fait bombance ;

Rompue en ton sein, la glaireuse semence

Abreuve, en sa rage, l'impétueux mâle.

Hors du chemin, les bûchers

Avivent des tisons la consomption :

Rougeoyantes braises de fornication

Dont ta peau agrémente au toucher

 

L’arceau, et que ceint le profil

De lascives en quête d’impudence ;

S’y concentrent les fleuves d’abondance

Chus de coulées au reflux indocile...

De l'ivresse, perlent des symphonies

Au clavecin de ton buste plaintif :

Fantaisistes notes, édits ampliatifs

Modulant des décrets toute l’hégémonie.

 

Au bassin de ta chair compulsée ;

D’aucuns prétendent… est-ce vrai ? _

Qu’un fastueux trésor dont tu étais sevré

Liait les cacochymes voulant t'épouser.

En escale sur d’immondes remous,

Ton nacre trouble l’eau de l’abîme

Vidée des marins de ta grotte sublime :

Cet accueillant hymen au duvet tinamou.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

jeudi 17 novembre 2022

SUR L’AUTRE RIVE


SUR L’AUTRE RIVE

 

Sur l'autre rive, s'abandonnent

Aux nuits, tous les cœurs amoureux ;

Leur flamme nue vacille en l'automne ;

Le corps y traîne un long souffle poreux ;

 

Volages et fantasques dryades boivent

Au soir, en d’insolvables minutes,

Le breuvage des reines, puis perçoivent

De l’amant éconduit, la fatale chute.

 

Pour elles, l’aube se fait ténèbres,

Les beaux jours perdent éclats

Au ressac de la prose funèbre :

Prône à Dante, requiem sous glas.

 

Sur l'autre rive, en de rétives pauses,

Les sirènes de nos belles plages

Se dorent encor à fortes doses,

Enivrées d'amourettes peu sages.

 

Y traînent les rêveurs de l'avril,

Les béguines de laudes : serves

Fanées ou grenouilles sans drilles,

Dont les rites atténuent mal la verve

 

Quand la guerre cerne l'âme,

De conjectures de vieux parchemins

Supplantés au froid macadam

D’hétaïres huées, à la lèvre carmin.

 

Lors, les mots isolent le poète,

L'encagent d'amertume… il fustige

L'audacieuse rime ; le verbe l'apprête

De douces catachrèses ; puis, inflige

 

A sa plume loquace un babil baveux

D’allégories majorées de prestance…

Sur l'autre rive, il irradie de vœux

L'élégie sanglée, sertie d'inélégance.     


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

mercredi 16 novembre 2022

J’IMAGINE UN SOLEIL

J’IMAGINE UN SOLEIL

 

J’imagine un jardin au printemps

Révolutionné de terres endormies,

De prés conquis d’ovules mutants

Dont la flore enivre les semis ;

 

Un vallon où paissent les juments,

Un espace… en attendant juillet ;

Y passerait nonchalamment,

La rosière au profil guilleret,

 

La mutine aux gestes nuancés,

Et qui fuit le lutin de la lande,

Étranglée de ronces, blessée

De fables, de baveuses légendes 

 

De nuits, quand l'étoile brillante

Affole l'irascible tonnerre...

La faune nyctalope ; elle enfante

Des songes prétendus salutaires.

 

J’espère une planète oblongue,

Sur la berge longée du littoral,

Un autre cosmos... sur barlongue

Gothique proche de cathédrales.

 

J’imagine une serre aux saisons,

Enchâssées de subtiles fragrances

Pour du seuil des maisons,

Aux frimas, voir la belle Provence.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022