pinterest

lundi 19 juillet 2021

ABYSSE

ABYSSE

 

Au fond de mon passé, s’est cachée une rose ;

Je ne saurais jamais si elle pourra éclore ;

Je sais qu’au printemps, quand éclosent

Les fleurs : jasmin, glaïeul, ou bouton d’or,

Les jardins se parfument de nouvelles essences,

De subtiles fragrances, de douceur et d’amour

Pénétrés de vents frais, de brises qui s’élancent

Du faîte des collines franchies de troubadours.

 

Au fond de ma mémoire, reposent des souffrances,

De féroces blessures, d’injustes plaies avides,

Dont personne ne voit la fatale béance

Parfois dissimulée aux minuscules rides.

 

Au fond de mes sourires s’égarent des soleils

Sans âme, ni chaleur… de pâlottes lueurs,

Des rais craintifs dont s’orne le sommeil,

Semblables aux jours façonnés de douleurs.

 

Au fond de moi, sombrent des joies inexplorées,

Des chagrins émoussés ayant perdu le nord.

Je me dis : _ pourront-ils un jour, emmurer

De mon rêve, cet attrait qui l’honore ?


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 18 juillet 2021

RUPTURE ANNONCEE

RUPTURE ANNONCEE

 

Il n’y a plus de chaînes à mon devenir,

De cordes pour enjuguer sans mal,

Le futur dont vos fièvres animales

Purgent encor l’aura… et sans y parvenir.

La colère alourdit de vos larmes de sang,

L’abondance perlée d’acide, d’amertume ;

Vous êtes les géants, devenus du bitume,

Poussières d’errance : miames indécents.

Chus de votre superbe, vos ambitions coulent

En une mer plombée :océan lesté,  flot

Où s’évapore l’écume dont le falot

Drague la baille, aux vagues qui s’enroulent.

 

Je n’ai plus d’enclaves, de rudes entraves,

Me muant en ilote au fictionnel vôtre…

Libre, je promène serein… sans autres,

Le double de mon double, que ne jamais délavent

 

Les pleurs désaccordés de marâtres pugnaces :

Ces gorgones grimées du fard d’intolérance ;

Elles séduisent des mâles, et avec appétence,

Le subéreux tissu dont s’entoile candace.

 

Je n’ai plus du revêche knout, l’empreinte

Des crochets, des cinglantes lanières 

Lacérant de la peau, jusqu’à la dernière,

Chaque cicatricule dont l’enveloppe est ceinte.

 

Je peux enfin marcher sur vos tombes chaulées,

Confiant en l’avenir… famille, j’ai l’élégance

Du diadoque héritier sous la soyeuse ganse

Arborée au plastron, loin de vos mausolées !

Je peux enfin courir comme la svelte gazelle

Traversant du hallier, l’aciculaire pointe ;

J’ai le souffle de l’aigle, que les brumes disjointes

Ne peuvent déranger aux battements d’ailes.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

LES PLEUREUSES

LES PLEUREUSES

 

Non qu’elles ne se trompassent sans raison,

De mes intentions ; qu’elles supposassent

En moi de viles manigances, sans classe ;

Elles surent cependant entoilées d’oraisons,

 

A sa dernière heure, accompagner l’amant

Dont elles faisaient bombance… le même :

Celui qui les moulait d’obséquieux anathèmes,

Les fardait de désirs suppléés de calmants

 

Apaisant de leur mal, quand il battait pavés,

La douloureuse empreinte de l’itératif

Accompagnant la serve aux charmes attractifs,

Assistant la grelue s’y laissant encaver.

 

Vieillissent meurtries de trop d’affronts,

Se laissent envahir de clichés d’abondance…

De leurs vains repentirs n’émane nulle offense

Dont Le Père Céleste peut Seul faire front.

 

Duveteux couvoirs, ou litière d’agonie

Ne sauraient du remords, éteindre les tisons

Du volcan de chair caché sous la toison :

Ce généreux hymen, et qui toujours punit.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021


A MONSIEUR LE COMTE ALGAROTTI Voltaire

A MONSIEUR 

LE COMTE ALGAROTTI

Voltaire

 

Lorsque ce grand courrier de la philosophie,
Condamine l’observateur,
De l’Afrique au Pérou conduit par Uranie,
Par la gloire, et par la manie,
S’en va griller sous l’équateur,
Maupertuis et Clairaut, dans leur docte fureur,
Vont geler au pôle du monde.
Je les vois d’un degré mesurer la longueur,
Pour ôter au peuple rimeur
Ce beau nom de machine ronde,
Que nos flasques auteurs, en chevillant leurs vers,
Donnaient à l’aventure à ce plat univers.

Les astres étonnés, dans leur oblique course,
Le grand, le petit Chien, et le Cheval, et l’Ourse,
Se disent l’un à l’autre, en langage des cieux :
''Certes, ces gens sont fous, ou ces gens sont les dieux.''

Et vous, Algarotti, vous, cygne de Padoue,
Élève harmonieux du cygne de Mantoue,
Vous allez donc aussi, sous le ciel des frimas,
Porter, en grelottant, la lyre et le compas,
Et, sur des monts glacés traçant des parallèles,
Faire entendre aux Lapons vos chansons immortelles ?

Allez donc, et du pôle observé, mesuré,
Revenez aux Français apporter des nouvelles.
Cependant je vous attendrai,
Tranquille admirateur de votre astronomie,
Sous mon méridien, dans les champs de Cirey,
N’observant désormais que l’astre d’Émilie.
Échauffé par le feu de son puissant génie,
Et par sa lumière éclairé,
Sur ma lyre je chanterai
Son âme universelle autant qu’elle est unique ;
Et j’atteste les cieux, mesurés par vos mains,
Que j’abandonnerais pour ses charmes divins
L’équateur et le pôle arctique.

Voltaire, Stances

 

samedi 17 juillet 2021

AUX SOURCES DU RETENIR

AUX SOURCES DU RETENIR

 

Voilà que meurent déjà, les souvenirs de nous :

Mensonges estropiés d’infidèles pensées !

Etions, toi et moi, et sans nous offenser,

Indignes prétendants dont les rides se nouent.

L’histoire s’est couchée au pied de nos rêves,

Absorbant du sommeil, les arpèges tressés

Aux monodiques gambes, que le cœur oppressé

Imbibe de clichés sans retraite, ni trêves,

Que semble cliver aux immunes coutumes,

Remembrance au déni de l’angoisse :

Ressouvenance qui au matin nous poisse...

Là, l’hiver à nos portes en blanchît costume.

 

Voilà que sous les ponts de Paris l’adultère,

Les passions à déchoir se gaussent du réel,

Inoculant aux veines d’anciennes marelles,

De crayeuses soufflées en maroufle de terre !

 

Nos rires dilués s’insurgent du retenir buté 

Violant de nos peines, le déroutant spleen,

Omettant de baiser de la lèvre fuchsine,

Les coupables ridules, l’infamante beauté.

 

De lits sans aveux, aux sofas peu bavards ;

De rétives confesses, aux trottes de ramingues,

Ma vie s’est faite revêche aux invites élingues

Encordant de la chambre, au large boulevard,

Les pas démesurés aspirés du buvard

De grève piégeant le malheureux moujingue.

 

Si, aux vespérales, bâillent les portes écaillées

De vos mornes chapelles, soufflerai sur le cierge

Des prévaricateurs dont l’iconique vierge

Amuse des madones, la pietà de maillet.

 

Rassuré au soir, hors du nid des catins

Longeant la démesure de sinistres allées ;

Mon accessoire deuil, en ces bermes tallées,

Dérange le roquet au sabir martelé

D’injurieuses piques profanant matin.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

EN DE JUSTES CONSTATS

EN DE JUSTES CONSTATS

 

Quand les corps blessés deviennent des ruines,

Que les cœurs écorchés ont perdu la bataille ;

L’amour s’en vient, lésé, falsifié d’entailles,

Se poser sur la soie où perlent d’autres bruines :

Tristes larmes défaites de l’influx d’entrailles.

 

Si à l’éveil serein, s’esbaudit la nature,

Mes yeux cherchent l’orée, la douce lisière

Où pousse allègrement, l’envahissant lierre

Phagocyté d’ivraie : fétuques de culture.

 

En de noires nuits, somnole l’hétaïre

Qui du pont de ses reins, à sa bouche éclose,

Ne connaît de la vie que riches overdoses

De vice à contre-peau... l’arpète, sans faillir,

En génuflexion, peu à peu, se complait à haïr

Le péché entenaillant la nubile morose.

 

Quand j’écoute chanter sous l’altier sassafras,

Étrange Tramontane, pernicieux Mistral,

J’imagine tépide, aux mutations astrales,

L’imprudent bergerot que le foin balafra.

 

Il me semble, en ces rondes, apercevoir encor,

Les belles dentelières enrubannées de guipe,

Musardant en rêveuses, s’amoitir la lippe

Avant que de se perdre en d’infimes décors.

 

Parce-qu’en des jours trop gris, tonitrue le bedole

Dont les rides compressent le regard aluné,

L’ensorcelante mort se délecte en infortuné,

De tristes margotons dont l’âme se gondole

Après avoir, en soulevant jupons, aux farandoles,

Grisé le cacochyme… ce ganache flambé, ruiné

De manœuvres dénoncées du garnement puîné.  

 

Que ne me puis-je taire ! … le sage se joue parfois

D’ombres plissées au faîte du kakemono…

Là, les reflets coulissent du vétuste phono,

Le poussiéreux magnet délabré sous le froid.

Alors, paupières mi-closes… quelquefois,

Je fredonne cantate… en des plis atonaux.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 16 juillet 2021

LES SEPARES Marceline Desbordes-Valmore

LES SEPARES

Marceline Desbordes-Valmore

 

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.

Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.

J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,

Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.

                        N’écris pas!

 

N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes,

Ne demande qu’à Dieu... qu’à toi, si je t’aimais!

Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,

C’est entendre le ciel sans y monter jamais.

                        N’écris pas!

 

N’écris pas. Je te crains; jai peur de ma mémoire;

Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.

Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.

Une chère écriture est un portrait vivant.

                        N’écris pas!

 

N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire:

Il semble que ta voix les répand sur mon cœur;

Que je les vois brûler à travers ton sourire;

Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.

                        N’écris pas!

Marceline Desbordes-Valmore