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lundi 12 juillet 2021

ETRANGER

ETRANGER

 

Etranger sur la terre d’hommes

Sans foi, ni loi, qui consomment

Du mal l’insipide nanan, le fiel

Du péché, la chair artificielle ;

Regarde, et vois ces billes bleues

Tournoyer en l’azur dont le feu

Agrémente des rais sourds du soleil,

L’étrange calorifère ;il sommeille

L'été, sur la peau du cosmos,

Se repose au creux d’horribles bosses !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

EN L’EVEIL DE L’AMOUR

EN L’EVEIL DE L’AMOUR

 

J’ai su qu’elle m’aimait au renouveau d’avril,

Quand bourgeonnent les cœurs d’énamourés

Suspendus au filin de songes épurés

De la brume de nuits abhorrées du fébrile.

 

J’ai compris ses silences au matin renaissant

Sous la belle charmille obombrant Bagatelle ;

La fraîcheur des flots tombant en cascadelle,

Tempérait de l'allée, le souffle évanescent.

 

Mutines en ces aires dupées de complaisance,

Ces fossettes en l’agrément du rire, animaient

De la rose balèvre prête à me désarmer,

Les sauvages plissures ; là, sans condescendance,

 

S’approchant de ma soif, abreuvait, candide,

De généreuse lippe, quelque gouteux baiser

Dont seules, ont secret, les nymphes apaisées :

Capricieuses naïades, volages cariatides.

 

Epuisée de soupirs éthérés, elle posait

Sa tête sur mon épaule ; la douceur de sa peau

Faisait en l’air serein, frémir tel un carpeau,

D’agréables volutes empreintes de rosée…

 

J’aurais voulu saisir ces heures inexplorées

De l’âme par trop rétive, écluser des minutes,

Les profanes secondes, et qui souvent chahutent

A l’horloge des larmes s’y laissant murer.

 

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 11 juillet 2021

COMPLAINTE AMOUREUSE Alphonse Allais

COMPLAINTE AMOUREUSE

Alphonse Allais

 

Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !

Alphonse Allais (1854-1905)

DOUX PARFUMS DE L’EVEIL

DOUX PARFUMS DE L’EVEIL

 

Les fleurs troublent de leur fragrance,

Revers écorchés et flaccides pulsions

Dont la métamorphose singée d'illusions

Amplifie du captieux l'ivresse des sens.

 

Des fleurs teintées, sans étamine :minces

Cicatricules d'anthères, de stigmates,

D'entailles, émane, quand elles éclatent,

L'exhalaison dont se grisent les princes.

 

Sous l'emprise du cœur écorché de silences,

Naissent d'incandescentes spires estivales :

Pépites nues aux riches chrysocales :

Trompeuse théurgie de métaux d'alliance.

 

Aux fleurs, les pouvoirs ! faîtes du pollen,

Aux temps à venir, nimbe de fécondité !…

Les soubrettes au cœur du bel été,

Se laissent séduire en des drapés de reine.


L'amant revêche dont l'amour atrophie

Le plaisir, l'audace, verra en ces rondes

Plein d'espoir en la sphère rubiconde,

S'accentuer le trouble de la dysmorphie


Réajustement auquel la chasteté aspire ;

Égrenant du chapelet des tares,

Les farragos coincés sous l'avatar

D'un nasigère qui ne jamais inspire.


Que faites-vous des fleurs de bohème ?

Celles dont aucuns prétendent encor

Dans leur rimaille de sinistres accords : _

Elles ont de leur nard, en l'aurore blême,

 

Piégé le prétendant aux excuses figées

Dont la rosière penchée à sa fenêtre,

Écale à escient, le fol aplomb du reître,

Ce Ménechme mortifié, par trop affligé

 

A l'idée de cueillir en l'aube souveraine,

Un bouquet de promesses, de gages,

Dont la pucelle jouit, accusant présage

Du bellâtre coincé en sa piètre dégaine.


Mes fleurs ont encor fuient à l'aube,

Les pollicitations, le roide béotisme ;

Se laissant effeuiller sans atavisme,

De doigts qui sans mal les enrobent.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021


LABORIEUX EMISSAIRES

LABORIEUX EMISSAIRES

 

Vous peinez aux champs, ouvriers du malheur ;

La mort s’en vient lisser vos pensées acrobates,

Et qui du séculier, en prestes dendrobates,

S’affranchissent des lois de prestes babeleurs.


Vos rêves écornés font la nique au réel : 

Ebats que l'onirisme atèle aux légendes,

Absurdes clichés... aux strates de salbande,

Aux journées dentelées de spires irisées.


Vous suez sous l’orage, puis frissonnez aux rais

Posés sur la barlongue de trop riches demeures ;

En de sombres contrastes affolant vos humeurs,

Votre désir de vivre s’étiole… puis, disparaît ;

 

Il n’est d’autres victoires en ces cessibles mues,

Que le juste paraître… pourvu, qu’en patenôtre,

De riches peccavi, puisiez loin de l’épeautre,

A La Divine Source… l’âme, le cœur, émus.

 

Aux heures plombées de craintes, méfiances,

Pusillanimes dupés d'ordalies amorales,

Longez les couloirs où s’enrayent les râles

De ceux qui, après vous, supputent la bombance.

 

Ma cruche est eau, mon panier n’est que pain,

Mais confiant aux Promesses reçues du Père :

Le Dieu d’Israël, je partage pitance, sans plaire

Aux mécréants larvés d’adages supins…

 

Ma paillasse accuse_ je le concède céans _

Mille et une carences… tant pis ! elle sera vôtre,

N’étant en de nobles pensées, nul autre,

Que condisciple du Seigneur Tout-Puissant :

Christ, mon Sauveur qui a versé Son sang

A La Croix du Calvaire où je me veux apôtre.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021


samedi 10 juillet 2021

INVOCATION

INVOCATION

François-René de Chateaubriand

Je voudrais célébrer dans des vers ingénus
Les plantes, leurs amours, leurs penchants inconnus,
L’humble mousse attachée aux voûtes des fontaines,
L’herbe qui d’un tapis couvre les vertes plaines,
Sur ces monts exaltés le cèdre précieux
Qui parfume les airs, et s’approche des cieux
Pour offrir son encens au Dieu de la nature,
Le roseau qui frémit au bord d’une onde pure,
Le tremble au doux parler, dont le feuillage frais
Remplit de bruits légers les antiques forêts,
Et le pin qui, croissant sur des grèves sauvages,
Semble l’écho plaintif des mers et des orages :
L’innocente nature et ses tableaux touchants,
Ainsi qu’à mon amour auront part à mes chants.

François-René de Chateaubriand, 

Tableaux de la nature, 1784-1790

 

VIBRANT AGGIORNAMENTO

VIBRANT AGGIORNAMENTO

 

Lassé de vos discours de piteux charretiers,

Vos insultes d’infect automédon, de roulier

Cahoté sur les sentes bridées, qui vouliez

Des grandes avenues, de sublimes quartiers,

Pénétrer chaque artère, me suis, entier,

Sans réserve aucune, sans me laisser lier.

Donné à la peuplade… derrière le hallier.

 

Fatigué de la grandiloquence de vos pairs,

L’ostentation de séducteurs enflés du savoir

D’académiciens, ai _ sans doute par devoir _

Accédé au Plutarque, et sans montre d’impairs.

 

Bâillée de vents, d’irascibles tempêtes,

L’indulgence mienne a raisonnablement taclé

Les conformistes dont on reprend la clé,

Quand, obsolète, le pacte délie l’arpète.

 

Si j’ai puisé courage au for du réceptif,

En l’idoine, j’achève, ou plutôt parachève

Des subtiles butées, la rambarde de grève,

En preste pérégrin défait de l’inactif.

 

Goguenardes roueries de miscibles transmues,

Traversent de vos tares la maladroite mise ;

Que n’eussiez-vous, ruffians bercés en ce rémiz

Où pépie l’oisillon, farder cette plèbe émue,

De criardes fuchsines… son âme compromise !

 

Harassé de vos lests d’auteurs, ai vomi

Aux tables du passé, une putride glaire

Qu’en prévaricateurs, absolvent en un éclair,

Les damnés du cynisme… s’en sont-ils remis ?

 

Je n’ai pas l’éloquence d’un Bossuet intestat,

Quand Fénelon se gausse du quiétisme agnelin

Car, de Plessis-Grimoult, aux portes de Singlin,

L’épiscopat talonne les fiefs du tiers-état…

 

Serais plutôt de ceux dont parle Diderot :

Les sevrés de prébende, tous ces clercs économes

Refusant de l’église, contorsions de surhomme :

Ce pape dégingandé dont les pets et les rôts

Empuantissent les nonces de prévariquât, comme

Chantres et nones, derrière les carreaux

D’un vieux monastère sans palmes, ni héros,

Un triste presbytère… une loge, en somme !

 

Si j’affine le style des grâcieux trouvères,

Moins grincheux demeure mon dilettante verbe ;

N’ai pas la mesure des complaintes acerbes ;

Je fais de mon ouvrage : livrée de vos revers.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021