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samedi 10 juillet 2021

INVOCATION

INVOCATION

François-René de Chateaubriand

Je voudrais célébrer dans des vers ingénus
Les plantes, leurs amours, leurs penchants inconnus,
L’humble mousse attachée aux voûtes des fontaines,
L’herbe qui d’un tapis couvre les vertes plaines,
Sur ces monts exaltés le cèdre précieux
Qui parfume les airs, et s’approche des cieux
Pour offrir son encens au Dieu de la nature,
Le roseau qui frémit au bord d’une onde pure,
Le tremble au doux parler, dont le feuillage frais
Remplit de bruits légers les antiques forêts,
Et le pin qui, croissant sur des grèves sauvages,
Semble l’écho plaintif des mers et des orages :
L’innocente nature et ses tableaux touchants,
Ainsi qu’à mon amour auront part à mes chants.

François-René de Chateaubriand, 

Tableaux de la nature, 1784-1790

 

VIBRANT AGGIORNAMENTO

VIBRANT AGGIORNAMENTO

 

Lassé de vos discours de piteux charretiers,

Vos insultes d’infect automédon, de roulier

Cahoté sur les sentes bridées, qui vouliez

Des grandes avenues, de sublimes quartiers,

Pénétrer chaque artère, me suis, entier,

Sans réserve aucune, sans me laisser lier.

Donné à la peuplade… derrière le hallier.

 

Fatigué de la grandiloquence de vos pairs,

L’ostentation de séducteurs enflés du savoir

D’académiciens, ai _ sans doute par devoir _

Accédé au Plutarque, et sans montre d’impairs.

 

Bâillée de vents, d’irascibles tempêtes,

L’indulgence mienne a raisonnablement taclé

Les conformistes dont on reprend la clé,

Quand, obsolète, le pacte délie l’arpète.

 

Si j’ai puisé courage au for du réceptif,

En l’idoine, j’achève, ou plutôt parachève

Des subtiles butées, la rambarde de grève,

En preste pérégrin défait de l’inactif.

 

Goguenardes roueries de miscibles transmues,

Traversent de vos tares la maladroite mise ;

Que n’eussiez-vous, ruffians bercés en ce rémiz

Où pépie l’oisillon, farder cette plèbe émue,

De criardes fuchsines… son âme compromise !

 

Harassé de vos lests d’auteurs, ai vomi

Aux tables du passé, une putride glaire

Qu’en prévaricateurs, absolvent en un éclair,

Les damnés du cynisme… s’en sont-ils remis ?

 

Je n’ai pas l’éloquence d’un Bossuet intestat,

Quand Fénelon se gausse du quiétisme agnelin

Car, de Plessis-Grimoult, aux portes de Singlin,

L’épiscopat talonne les fiefs du tiers-état…

 

Serais plutôt de ceux dont parle Diderot :

Les sevrés de prébende, tous ces clercs économes

Refusant de l’église, contorsions de surhomme :

Ce pape dégingandé dont les pets et les rôts

Empuantissent les nonces de prévariquât, comme

Chantres et nones, derrière les carreaux

D’un vieux monastère sans palmes, ni héros,

Un triste presbytère… une loge, en somme !

 

Si j’affine le style des grâcieux trouvères,

Moins grincheux demeure mon dilettante verbe ;

N’ai pas la mesure des complaintes acerbes ;

Je fais de mon ouvrage : livrée de vos revers.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 9 juillet 2021

GRADUELLES METAMORPHOSES

GRADUELLES METAMORPHOSES

 

A l’abri des orages, je feuillette le livre

De Gombault et Macée : ces amours lissées

Sur gravures, cette romance à suivre,

Et que les broderies se surprennent à tisser…

A l’abri des grands vents, je pose l’ex-libris

Entre les vieilles pages d’un recueil anonyme

Où sombrent les jours que les rides lambrissent

D’arabesques, quand les mots s'enveniment

De parjures, vindictes… s’en appauvrissent,

Le style, la faconde ignorés du jocrisse,

La verve, l’arrogance, transmuées en l’intime.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

SALUBRE LINEATURE




SALUBRE LINEATURE

 

Amour, que n’êtes-vous offense à ma sincérité !

Démesure aucune ne pourra m’en disjoindre,

Même si _ lunes éteintes_ viendriez m’oindre

D’un baume dont le charme ne se peut éventer.

 

Quand vos rires absolvent de l’inconvenance,

Le circonspect impair, alouvie en ces jeux,

L’ambition mienne dompte l’esprit nuageux

Voilant le cœur enclin au débit d’abondance.

 

Nus au pavillon des reines, ou sur la morte berge,

Verrions _ que ne l’aurais-je tu ! _ l’amour plein

Planifier de nos actes, à l’âme qui s’en trop plaint,

Circonstancié, avec pharisaïsme, pour de vierges

Pensées, allumer phantasmes aux cierges

Vite éteints, d’amants éjectés du tremplin.

 

Et si du fictif accordions audience… se pourrait-il,

Riches de présomptions, qu’ensembles, nous fussions

Aux probables dérives… pétris de confusions (!?)

L’ivresse du désir est un mal bien futile.

 

En vous faisant l’amour au sofa brodé, ai rêvé,

Déçu de la manœuvre_ d’un corps au vôtre louable

Aux étreintes miennes ; y dois-je, en l’acceptable,

Ouater de brefs sursauts nos cambrures larvées ?

 

Nos corps accusent différences… le réel encloue

Au pragmatisme dont vous et moi,

Encellulés, absorbions contraintes, en l’émoi

Civilisé du romantisme désamorcé du flou.

 

Nos vies ne sont que mots, qu’illusoires faillites

Dépeuplées de chimères éthérées… nous sommes

Des enfants bercés d’accortes sommes,

Au sommeil d’angelots retouchés de Magritte.

 

Nos corps ne sont que: putrescible chair,

Pulpe de sarcocarpe, déviances en l’affect…

Fuyons, douce compagne, cette carne infecte ;

Laissons l’ébauche s’ensuiffer de torchère !

 

Je vous ferai connaître de nubiles naïades,

La malhabileté: inadvertance d'un soir

Aux tangibles frissons… parfois, l’accessoire

Ma mie, irradie et sans rodomontades,

Celles qui, dentelées de folles incartades,

Achèvent du silence le flux compromissoire.

 

Nulle délation ne peut vous tresser laurier !

Vous achevez l’ouvrage de la gent attentive

Aux enclaves perçant de la serve rétive,

L’appréciable manchette et pour l’en excorier.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

jeudi 8 juillet 2021

ETONNANTE MUSARDE

ETONNANTE MUSARDE

 

Mon encre en des doutes indécents et cruels

Façonne de ses mots l’altière structure ;

Je ne sais si demain au ventre des ruelles,

S’effacera l'aura dont s’arme l’écriture.


Ne veux point écrire pour confondre les rêves

Déambulant au soir en mon sommeil de plomb ;

J’aimerais satisfaire à ma foi, quand s’achèvent

Les coulpes agrippées à mes songes oblongs.


J'ourle de doutes les notables semonces

Du désordre d’âmes prévaricatrices ;

Les arguties de ces dictions absconses

Emperlent la mémoire des louves séductrices.


J’éteins du lourd boisseau l’inusable chandelle

Dont la cire bouchonne le porte cierge 

Humecté d’allégoriques prédelles

En l'inconstance animant les vierges...


Amusé quelquefois,  l'œil hagard, j’épie

Des tristes larmes de chaisières voûtées,

La glaireuse coulée stridulée par dépit,

Désoclée de l’image qui semble l’envoûter,


Chaque cicatricule dont l’étoupe caresse

La poreuse patine, ce calcin d’apparence

Purgé des miasmes et qui souvent l’oppressent,

Afin d’en écurer la pleine transparence.


Mon verbe fait invite autant qu’il convienne,

Aux mécènes pansus : adeptes de bombance ;

Il martèle le fat aux ides où surviennent

Les vents désaccordés où, de l’arborescence,

La ramification exsude de la morte sève ;

Le branchage en amortit la trêve...


Percluses en cette latomie, mes pensées

Se vêtent d’espérance, quand esprit s’acclimate

Aux éphémères broues chues de moites saucées

Perlant de la nue prise au rets de primates


Qui en gesticulant bâchent de l’azur, l’opaline

Teinte dont les reflets encernent à l’aurore,

La diaphane rosée sertie de cornaline

Quand sage coccinelle s’éloigne du mucor…

 

En mélancolique aède, j’absous

Des cantilènes l’ombrageux lyrisme tressé

Sur la musarde que ne jamais dissout

Le barde illusionné… se croit-il oppressé (?)

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

BRISE MARINE Stéphane Mallarmé

BRISE MARINE

Stéphane Mallarmé

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas, fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend,
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture
Lève l'ancre pour une exotique nature !


Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !



Stéphane Mallarmé

IDEAL… A MOINDRE COÛT

IDEAL… A MOINDRE COÛT

 

En des matins de fête, à l’orée de jouissances

Fusant de mille éclats sur le cuir de mes joies,

Ai bu de vos fontaines, sous tisons grégeois,

En de riches lampées, cette surabondance

Qu’éveille la pépie puisant de contenance,

L’influx dont s’alimente le sobre villageois.

 

En des jours modelés de nos aquafortistes,

Ai dressé chevalet sur la verte colline,

Pour voir de l’âme en peine, en son spleen,

Couler de claires larmes dupant l’abondanciste.

 

En des pauses ouatées, au soleil de vains cris,

Quand l’image dédouble le mimétisme clos,

Et qu’emmure le traitre pénétré de forclos,

Ai vu poindre des rais inondant mes écrits.

 

Privé de sémantique, sans sémiologie,

Le rhéteur a fui l’exégèse biblique…

Je le vois s’ajuster au corset d’encycliques

Que le pape, ce fourbe, énonce en liturgie.

 

En d’appréciables joutes, je commente l’histoire,

Jouant en rivarolien, les bretteurs de service ;

J’effeuille du compromis inhérent aux sévices,

Tutélaires branches du tubule accessoire.

 

Il est en ces sophismes de séducteurs _

Nulle offre qui en vaille détour… amorphe,

Sous jaseran coté, mes besoins polymorphes

Détroussent du mol orgueil, ce filin rétenteur,

 

Les fâcheux entrelacs : permissives visées

De doctes en devenirs, de scientistes butés…

Aguerri en ces bermes_ qui pourrait en douter,

Je traverse les ruines de martyrisés

 

Sommeillant au fort de la disgrâce ! …

Ces suppliciés dont subsistent empreintes,

Sont _ au fil de vexants deuils _ en l’enceinte

De caveaux chaulés : ineffaçables traces

De permissionnaires devenus là : carcasses

De patriarches… en des aubes éteintes.

 

Si Dieu existe… et je sais qu’Il est ! les hommes

Verront choir de l’infatuation leur, c’est ainsi !

Le nimbe de confort que broche l’indécis

Au col du mécréant donnant quitus à Rome.

 

Moi, confiant en des espaces où migrent

Les justes repentis ; rémiges déployées

Au Ciel de ma Victoire, je clame : _ oyez,

Créatures de sang, trompeter sans dénigre,

 

L’Ange de L’Eternel !!! il n’est d’autres chemins

Que Le Christ-Rédempteur… Sa Voie traverse

En nos désordres flous, quand l’amour s’y déverse,

L’allée des repentances, quand Il nous prend la main.

 

Que naissent en mes lois, de réelles palmes !

Mon esprit donne ton aux Divines Chartes…

Qu’importe l’ivresse ! vois ! il faut que je parte

Retrouver le repos, en des ondes plus calmes !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021