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mercredi 7 juillet 2021

STANCES A MOLIERE Nicolas Boileau

STANCES A MOLIERE

Nicolas Boileau

 

(Sur sa comédie L’école des femmes.)

En vain mille jaloux esprits,
Molière, osent avec mépris
Censurer ton plus bel ouvrage :
Sa charmante naïveté
S’en va pour jamais, d’âge en âge,
Divertir la postérité.

Que tu ris agréablement !
Que tu badines savamment !
Celui qui sut vaincre Numance,
Qui mit Cartilage sous sa loi,
Jadis sous le nom de Térence,
Sut-il mieux badiner que toi ?

Ta muse avec utilité
Dit plaisamment la vérité ;
Chacun profite à ton École :
Tout en est beau, tout en est bon ;
Et ta plus burlesque parole
Vaut souvent un docte sermon.

Laisse gronder tes envieux :
Ils ont beau crier en tous lieux
Qu’en vain tu charmes le vulgaire,
Que tes vers n’ont rien de plaisant.
Si tu savais un peu moins plaire,
Tu ne leur déplairais pas tant.

Nicolas Boileau, Poésies

EPISTOLAIRES REMEMBRANCES

EPISTOLAIRES REMEMBRANCES

 

Tes lettres me reviennent en testaments vidés

De leurs riches promesses… elles perforent

De l’âme, du cœur, le puissant contrefort

Contre lequel jadis, butait l’ombre ridée

De souvenirs jaunis, sans en élucider

Le mystère obombré de ce qui rend plus fort

L’amant piégé des mailles d’offensantes idées.

 

Ces épistoles aux désuets agréments

En l’influx de fièvres, d’obsédante fébrilité,

Harnachent encor, et pour la déliter,

Ma pensée amputée de tous ses éléments.

 


Sentiments de prestes galants, fiers

D’appartenir aux lords de courtisanerie ;

Les voilà convertibles à la chicanerie

Etoffée de cancanes d’atroces tenancières !

 

En l’immuable, sans montre de réserve,

J’accuse du paraître, en ces piètres jouvences,

Le caricatural : ce lourd bossoir que lancent

Les trompeurs… pour nuancer leur verve.

 

Tes mots ont pris le large, me laissant dépité,

Au ventre d’un passé ayant plié bagages ;

J’ai des désirs mort-nés, pris pour gage,

La soif et l’appétence voulant précipiter

 

Le sujet disgracié que semble embastiller

La réminiscence aux mutantes épreuves :

Ressouvenance, et que pourtant promeuvent

Les rigides poncifs d’ignares encastillés

 

D’absurdes prétentions… promènent carrosse

Sans lester de prébende les fidèles séides

Mués en factotums, ou reîtres impavides,

Mais larvaires… sous l’armure d’endosse.

 

Pénitent en cette thébaïde où s’effilochent

Les rires...  sans coulpe, ni rosaire,

Je déchiquette au soir de lune pleine, sincère,

Les dernières reliques excoriées d’encoches.

 

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 6 juillet 2021

SE PEUT-IL QUE S’EMBRUME L’IDOINE ?

SE PEUT-IL QUE S’EMBRUME L’IDOINE ?

 

Peut-on croire en l’amour sans cautèle,

Sans s’y rompre les ailes ? peut-on naître

D’espoirs, l’âme ajourée du paraître,

Quand la honte pénètre le désir en atèle ?

 

S’il est de routes parsemées d’indulgences,

De longues promenades déviées du chemin

Où poussent à foison de tristes lendemains :

C’est que le temps écorne encor l'adolescence.

 

Peut-on croire au bonheur planifié de l’affect,

Aux possibles faveurs, qui de l’ataraxie,

Berce le stoïcien en l’entrisme qu’asphyxie

L’habile ramenard au langage suspect ?

 

Du catafalque agrémenté d’icônes,

Au trompeur pulpitum de la Rome papale,

N’est rien de plus ubuesque que l’épiscopal

Trônant aux fiefs empaumés de zircone !

 

Si j’emprunte naos en ce siècle trompeur,

Si je gravis en l’appréciative, gémonies,

Sans me plaindre jamais… contrefait d’ironie,

Irai boire à la source, formolé de torpeur.

 

Ma vie fait de ce mur infranchi du novice,

Sommaire passerelle plâtrant l’imaginaire

D’un staff d’incidence, que même l’avenaire

Adopte aux jours gris du malheur et du vice.

 

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

SANG FRAIS DE LIBERTE

SANG FRAIS DE LIBERTE

 

La liberté pénètre les ombres de l’histoire

Dénonce des silènes, l’imposture ;

Fait naître de l’âme noble architecture

En colonnades de lourds réquisitoires,

Relève de la boue, sans-grades et bafoués

D’ignobles pontifex : prétentieux kaisers

Baisant l’icône de monuments déserts,

Effigies et graphie : simulacres alloués.

 

Elle ennoblit l’art, dévoile non sans mal,

Le nonce séduisant le gille de confesse :

Gobe-mouche venant s'user les fesses,

Sous sa glaireuse mue de vil animal.

 

Enserre l’impur au verbe engageant,

Targuis, matamores, soutenus

De ces ilotes violés sans retenue,

De pâtres avilis, au regard dérangeant.

 

Pour l’avoir côtoyée, au soir de lune pleine,

Saluée là, entre les rais superbes,

Ai vu l’amour griffé de hautes herbes

En ma chair meurtrie de tant de chaînes ;

 

Ma pâleur raillée d’enfants des îles

Sommeille aux vents d’alizés en voyage,

A l’heure où le poète harmonise les pages

Du pantoum dont les rimes défilent.

 

La liberté, pour s’offrir un ailleurs,

Atténue les brumes de septembre…

Lézarde les murs de ma chambre,

Ses arabesques… au pire ou au meilleur

 

Des caricatures singeant mes insomnies,

Quand ma mémoire semble en faire déni.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 5 juillet 2021

LE POT DE TERRE ET LE POT DE FER Jean de LAFONTAINE

LE POT DE TERRE

ET

LE POT DE FER

Jean de LAFONTAINE

 

Le Pot de fer proposa
Au Pot de terre un voyage.
Celui-ci s’en excusa,
Disant qu’il ferait que sage
De garder le coin du feu :
Car il lui fallait si peu,
Si peu, que la moindre chose
De son débris serait cause :
Il n’en reviendrait morceau.
« Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
– Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le Pot de fer :
Si quelque matière dure
Vous menace, d’aventure,
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai. »
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s’en vont à trois pieds,
Clopin-clopant, comme ils peuvent,
L’un contre l’autre jetés
Au moindre hoquet qu’ils trouvent.
Le Pot de terre en souffre ; il n’eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu’il eût lieu de se plaindre.
Ne nous associons qu’avecque nos égaux ;
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d’un de ces pots.

 

Jean de LAFONTAINE

EMU D’ÊTRE MOI

EMU D’ÊTRE MOI

 

Percé de la sagaie de la gent ironique,

Cloué au pilori de sages conducteurs :

Inutiles servants de prestes zélateurs,

Ai _ malgré moi_ sans montre de panique,

 

Défiguré l’aire où s’esbaudissent encor,

Les facéties empruntées aux grimoires,

La jeunesse boutée de l'étrange mémoire :

Tristes grimauds dont s’enkyste le corps.

 

Lacéré du mensonge des prévaricateurs,

Du sophisme de doctes ficelés d’entregents ;

Me suis délié des propos outrageants

De professes compagnes au verbe séducteur.

 

Quand j’irai cheminer par-delà les instances

Dont le déclamatoire anime l’exégèse,

Ma plume tancera des fines catachrèses,

La subtile figure de métaphores denses.

 

Encloîtré de saveurs peu affectées

De fragrances nouvelles, j’éparpille _

Grand bien m’y fasse ! des vitreuses pupilles,

Le désordre de larmes croit-on_ suspectées

 

De novices brocardes engainées, c’est ainsi !

D’ironistes dupés dès l’éveil matriciel…

Ces satiristes butent, pris en l’artificiel,

Sur l’épaisse paroi d’immondes frénésies…

 

A les voir dessertir de l’intelligentsia, à tort,

Juste connaissance, il me vient_ en ces lunes,

Des envies (besoins ?) de narguer une à une,

Les friables pépites dont s’encloue le butor.

 

A rires que vois-tu, je pénètre l’absence,

Confiant en ces voltes, qui du vrai codicille,

Dénaturent l’emphase… l’audace la décille ;

L’impudence en tacle l’obsolescence.  

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 4 juillet 2021

LES AUTRES

LES AUTRES

 

Les autres n’ont rien su ; je le crois,

Quand, sanglés de vents fous, lestés

De vains remords, en ce trop bref été,

Nous prîmes des traverses en croix,


La longue houppelande du sentier

Conduisant au manoir de Crewled ;

Faut-il qu’au soir, en larmes, j’y plaide

L’infortune, ce mésaise_ qu’entier,


Je m’offre aux vestales marbrées

Du faste dont jouit le nanti ajouré ?

Y dois-je encor jouer l'énamouré,

Confesser les lubies de nos rêves cambrés ?

 

Les autres n’ont rien vu, quand l’ivresse

Des cimes nous a défait du courage,

Pour, brusquement faire barrage

A feu dont_ cœurs ceints d’allégresse,

 

Nous puisons la vaillance certaine…

L’image subliminale du bonheur présent,

En l’aurore, de ce doute épuisant,

S'évente, puis,  fatalement, s’égrène

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021