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mardi 11 mai 2021

NAVIS* Bateau

NAVIS*

Bateau

 

Bateau sur l’onde, et qui s’en va

Chevaucher l’ambre de Maeva ;

Bateau-corsaire de sombres eaux,

Allonge du rostre, son fuseau…

Bateau-fontaine coule des vagues

Que l’océan grondeur élague,

Vois de la lame percée des flots, l’azur

Poudrer cale et pont, de ses brisures !

Bateau- misère emporte l’esclave nu,

Sans le bercer, ni de son mal entretenu,

Apaiser la brûlure lui tailladant la peau,

Calmer de ses gerçures, sous le frêle oripeau,

La douleur de l’âme dont Dieu est Le Garant,

La moiteur du silence, aux plaintes l’égarant.

 

En voyant le bateau des tortures princières,

Galiote de souffrances de mes lointains frères,

Je dis : _ hommes blancs, minables négriers,

Attisez donc la flamme qui vous fera griller ;

L’homme blanc deviendra noir, suiffeux,

L’homme noir sera blanchi, écarté de ce feu

Dont la géhenne attise encor les braises,

Quand les damnés, tous ces nonces se taisent...

MAIS

Le Seigneur a lavé de Son Sang, les Siens :

Ni maîtres, ni esclaves ; défaits de tous liens ;

La vie, ce fier bateau damne le Salien…

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 10 mai 2021

FRACTIS* Passé rompu

FRACTIS*

Passé rompu

 

 

Sur le sable boudé de l'astre vagabond,

Femmes et filles se laissent recouvrir

D’un hâle embrunissant du généreux rebond,

La chair que l’âge ne cesse d’appauvrir.

 

Louves musquées sous l’iode clair,

Nervaliennes moues, simiesques profils

De serves pistées, marinées en la glaire

De sénescence, aux heures qui défilent.

 

Pendue à la charmille d’un vieux mas,

S’évapore, au jour, la jeunesse mutine

Dont jouissaient, aux premiers frimas,

Les tendrons... envolées, dès mâtines.

 

Miasmes boulochés en l’azur éthéré,

Mouroir, où s’y heurtent au soir,

De poudreux lambeaux, abattus, atterrés,

Évincés d'un bonheur emperlé d’accessoires.

 

N'ose reconnaitre, des péronnelles,

Caprices et clins d’œil complices ;

La vie nous prive de riches aquarelles

Flattées du teint exsangue aux cicatrices.

 

Engoncés malgré soi, sous l’angoisse,

Pleurons larmes de suie, pour renaître

Du visible… ici l’infortune qui poisse,

Se mue en fantôme, derrière la fenêtre.

 

Nos quinze ans s’écaillent lentement,

Fardant des clichés, l’évidente mouture

Traversée du miroir de nos balbutiements,

Bénie des solstices de villégiature.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

ARCANUM TERRAS* Mystérieuses contrées

ARCANUM TERRAS*

Mystérieuses contrées

 

Laissez tomber les bruines sur Ahmedabad,

S’engouffrer les vents au nord de Kolkata !

Quand vous aurez trouvé le trésor de Sinbad,

Franchi de Rub al-Khali, chaque jour, en l’état,

 

Les dunes, verrez Vadodara aiguiser du soleil,

Les splendides flèches ; elles percent au soir,  

De Pimpri-Chinchwad, effloré du sommeil,

Le district de Pune, ses bermes illusoires…

 

Approchez de Kalyan-Dombivli, cité ferroviaire ;

S’y entassent les brumes décotées des moussons !

Aurangabad se pose, et sans en avoir l’air,

Au trône chaulé d’un fief, d’une ville-écusson

 

Où les femmes se vêtent encor de probité,

Les hommes de passions : innommables vertus

Dont s’enquiert le soufiste conspué de l’athée,

Ce poussah de bombance, ce pénible hotu…

 

Est-ce au sud de Gwalior que dansent les princes,

Que s’allument les orbes de l’Inde méconnue ?

Sera-ce en ces matins où les fenêtres grincent,

Que l’amour, peu à peu, voilera les corps nus ?

 

Si vous me reteniez au filin de Mysore, au col

De Warangal, quand paissent les Hystrix,

Saurez en vos songes, loin du vieil Arcole,

Pourquoi, à d’autres ponts, quelquefois, je me fixe.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 9 mai 2021

ADIEU Guillaume Apollinaire

ADIEU

Guillaume Apollinaire

 

L’amour est libre il n’est jamais soumis au sort
O Lou le mien est plus fort encor que la mort
Un cœur le mien te suit dans ton voyage au Nord

Lettres Envoie aussi des lettres ma chérie
On aime en recevoir dans notre artillerie
Une par jour au moins une au moins je t’en prie

Lentement la nuit noire est tombée à présent
On va rentrer après avoir acquis du Zan
Une deux trois A toi ma vie A toi mon sang

La nuit mon cœur la nuit est très douce et très blonde
O Lou le ciel est pur aujourd’hui comme une onde
Un cœur le mien te suit jusques au bout du monde

L’heure est venue Adieu l’heure de ton départ
On va rentrer Il est neuf heures moins le quart
Une deux trois Adieu de Nîmes dans le Gard

Nîmes, le 5 février 1915

Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou

samedi 8 mai 2021

BOULEVARD IN POETAS* Boulevard des poètes

BOULEVARD IN POETAS*

Boulevard des poètes

 

Je longe aux aurores, pour rejoindre la nue,

L’imposant boulevard où marche le poète...

Solitaire, blessé, contrit, jouxtant l’avenue ;

S’y anime la rue, ivre de soirs de fête ;

Reste, en ces errances, unique ménestrel,

Seul trouvère dévoilant des censives,

La hideuse façade survolée du pétrel:

Large frontispice à deux lieues des rives…

Lorsque point matin, en ces dépendances,

S’activent les servants de la riche noblesse,

Les premiers mots d’amour subissent l’évidence

Du fastueux renouveau enchâssé d’allégresse.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

ME DELECTAT* J’aime

ME DELECTAT*

J’aime

 

J’aime de la romance, aux nuits d’encre,

Caresser la musarde, voir courir au matin,

Quand l’ordalie tance le théatin,

Les automnales brumes, ce flou ; et que s’ancre

 

La yole chahutée des vents, le steamer

Délogé des souveraines vagues, le cargo

Retenu au cordage, puni, sous embargo,

Et que danse la lame sous les cristaux de mer.

 

J’aime de la prosopopée, aux fables de Mikhalkov

Ouïr au point du jour, l’actif grésillement…

Se peut-il, en ce rythme, et sans clabaudement,

Que les rêves comblassent les secrets d’alcôve !?

 

J’écale des permanences, en de douteux accords,

Sans en vitrioler l’idoine, l’adéquat engrenage ;

J’aime à ces farces pleines, sans ménage,

Armer le bras vainqueur de l’ambigu record

 

Saboulé de la noble gent, d’esthètes clivés

Au confort de la juste mesure : ces dandys,

Fades damoiseaux larvés, peu hardis…

Et ce n’est que litote (…) peu à peu, dérivés

 

De la grasse pochade, où se gaussent encor,

Les pontifiants marquis de scélérates cours :

Replets amants de douairières, au discours

Emphatique, pour le moins, prises au décor

 

De carricatures éventrées, écernées… vides,

Dopées de conjectures… j’aime à les rabrouer,

Pincer de leur molle faconde, ce style ajouré,

La pédance floutée, entenaillée de rides.

 

J’aime pisser sur les bords de la Seine, faire

Gicler l’effronterie mienne, en sifflant, heureux

Du mécanisme des désolations… peureux,

En ces désordres(?) … que nenni ! l’affaire,

 

Bien souvent en vaut la chandelle… petit…

Trop, peut-être_ me faufile entre le gigantal

Et l’abstrait, irradié d’épistoles décrétales,

Que j’éructe _ bien sûr ! pour lier l’abruti.

 

J’aime un corps posé sur la barlongue,

Baigné de vespérales suées de transition ;

Celle qui s'en offense, en attise pression,

Pour de l’anhydre, en la berme oblongue,

 

Ajuster les bordures… à l’épaisse fourrure

De sa toison crêpée, ce duvet appréciable,

Mes mains domptent des plaintes inavouables,

La chaleur de l’hymen gonflé sous la voilure

 

De ce pubis en feu, et qu’apaise ma soif écurée

De l’étrange manœuvre : inviolable percée

Dont mes doigts alimentent la paroi gercée,

Dont ma bouche espère, et sans la triturer,

 

L’exacte profondeur, la rude dévissée, ce col

Mis à mal par ma rage butée… l’enfonçure

D’empreintes coïtales, déflorant la tonsure ;

Sa rose effilure éveille lorsque je m’y accole,

 

L’ithyphallique pieu dressé avec ardeur

Au centre de la plaie dont les cuisses attisent

Les sulfureuses braises, en l’insert, qu’enlisent

Les flottants geignements combinés de douleur.

 

J’aime de la chair griffée de résurgence,

Attoucher du cylindre, la permissivité…

Si ma peau en confesse, en l’agressivité,

La permutation, je veux, sans manigances,

 

De lèvres rassurées, dire sans rhétorique : _

Me manque, en ces désordres, d’assujettir

A la mienne constance, quitte à en pâtir,

De l’indocile polymorphie, la sagesse cyclique !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 7 mai 2021

LA LOIRE

LA LOIRE

 

La Loire est un bassin, c’est le plus grand,

Plus imposant de France… c’est un chemin

Où nagent les ajoncs, l’arbustive, au torrent

Du mont Gerbier-des joncs ; le gallo-Romain

 

Ignore, de l’Ardèche, au centre de Briare,

La beauté des chemins fleuris en Atlantique,

La douceur des matins dénudés du phare,

L’ostéone pâleur des sentes abiotiques. 

 

Torrentueuse, ondule aux vents d’avril,

Courbée sous le saule des berges étrécies ;

On la voit au détour d’Ancenis, peu fébrile

Aux grands froids empruntant raccourcis.

 

Du lac-barrage de Grangent, au nord de Vorey,

S’allument les flammèches de liesses volontaires ;

S’entortillent parfois, les humeurs moirées

De son drapé fluvial, ses pans bardés des terres.

 

De Ponts-de-Cé, au nord de Saint-Herblain,

La Loire se joue des vents nouveaux, s’amuse

Entre les berges nues qui, de l’Abbevillien,

Exploitent la richesse de biface… sans muse.

 

Parfois, Roanne se gorge de l’abondant flux

Coulant entre les reins de sa superbe mue ;

Que n’aurais-je donné, pour de son superflu,

Aspirer abondance, bouleversé… ému !

 

La Loire, ce long estuaire au solide chenal,

Ravive des flots clairs, la baille diluée

Dont s’offensent la plaine, la tortille banale,

Griffées du vert hallier, par le noroît… huées.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021