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vendredi 20 novembre 2020

SI ME…*

 

SI ME…*

Si j’étais

 

Si j’étais un poète au cœur de la beauté,

Je ferais de mes rimes, un jardin suspendu

Où les roses embaument la créativité,

Quand les ronces lacèrent les sous-entendus.

 

Si j’étais le trouvère arpentant l’avenue,

Quand l’amour fait caprices, je cueillerais,

Dès l’aube, du naïf, de la belle ingénue,

Les seuls mots qui sans mal, les définiraient.

 

Si j’étais ménestrel dans une rue pavée,

Joyeux troubadour, tête dans les nuages,

Je chanterais, la nuit, pour au matin, rêver

De la muse conquise, en mes plus belles pages.

 

Si j’étais rhapsode en d’helléniques stances,

Homère, me conduirait sur l’Egée,

Quand les vagues murmurent en cadence,

Et que les flots soupirent, en l’air ennuagé ;

 

Ensembles, de Thrace, aux Dardanelles,

Vaincrions les tempêtes, braverions les courants,

Afin, d’alerte plume, l’âme compulsionnelle,

D’en nuancer, à l’aube, le tumulte flagrant.

 

Si j’étais métromane, au petit jour naissant,

Je te ferais danser en des lunes lointaines ;

Tu viendrais à mon seuil, le regard blessant,

Yeux pleins de colère, d’amertume, de haine,

Donner sans réserve, au sursaut de mes peines,

Un impossible essor, aux larmes se déversant

Sur la peau de mon mal, l’écaille de ma gêne.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

jeudi 19 novembre 2020

ALIAS CYCLES*

 

ALIAS CYCLES*

Autres cycles

 

L’hiver pose son étole au cou des rivières,

Enroule son écharpe au col des océans

Vidés aux moites berges se mêlant,

Au matin, aux grises poussières.

 

L’hiver s’est éloigné des plaines endormies,

Heureux de revenir au faîte des collines ;

Il traverse les lacs, l’étendue marine

Où sombrent les crachins, les frimas blêmis.

 

Aux volets écaillés de la vieille maison,

Les plissures disjointes, les vertes moisissures,

Marouflent des lourdes plinthes, l’encoignure

Dont l’hiver a gelé la frêle poutraison.

 

Il fait froid… c’est certain !... les neiges floconnent

Sur les vertes marcottes, les feuilles dénervées,

Au bois du beau cerf élaphe… champlevé

A l’émaillerie de chasse à courre ; y sonne

 

L’hallali, pour des nobles curées, portionner

L’animal, dont font fête les chiens affamés,

Après folle battue, assourdis de bramées ;

Le preste lévrier, sans s’y contorsionner,

 

Emprunte les mêmes claies, les grilles

Étranglant de l’hiver, les congères butées…

Aux primes frissons, en des nuits redoutées,

Les glaces enserrent les brindilles,

 

Étouffent le hallier, asphyxient la broussaille,

Jugulent du gibier, la splendide fourrure…

L’hiver fait empreinte aux âpres foulures,

Dégradées des ventées qui l’assaillent ;

 

En cette agonie, s’étiolent les humeurs,

Se meurent les tempêtes ; l’hiver rentoile

Du pampre fatigué, le hideux voile ;

Alors, repu d’imperceptibles clameurs,

S’affaisse sur l’asphalte, se pose en primeur,

Aux résilles de filles que les brises entoilent.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mercredi 18 novembre 2020

UT LACRIMAE*

 

UT LACRIMAE*

Comme une déchirure

 

Comme la déchirure, ton silence pénètre

Le long corridor de ma déconvenue ;

Tes yeux noyés de larmes, sans s’y soumettre,

Invectivent mon dépit, afin de mettre à nue,

L’amertume pavant du mécompte, à tort,

L’insuccès prorogé du datum de géodésique,

Dont l’espace alimente, en mon factieux sort,

Les diffus entrelacs, la concise mnésique.   

 

Telle la déchirure, ta froideur m’isole

Du lieu où tu musardes sans siège ;

Jadis, aux nuits désenchantées, la geôle

De nos amours bâillait hors du piège

 

Tendu de damoiseaux envieux, délétères,

Rivés à la barlongue du vice en devenir ;

Dire que ces daguets, tristes hères,

Ces béjaunes, sont sevrés de désirs !  

Comme eux, aux  frénésies lupines,

Nous donnions, perclus, sous tétanie

D’actes inaboutis, d’incisives épines

A l’insatiable chair, l’arithmomanie ;

D'idéatives lubies t’éloignent de moi…

Mon canal obvié de l’estuaire des mots,

Ronfle des borborygmes dont l’émoi

Contrefait tous les souhaits optimaux ;

Ma bouche en dompte les accords gémeaux ;

Là, regard vide, mon double y larmoie,

Puis, s’accommode des miasmes d'émaux…

 


Comme la déchirure voilant sa béance,

Ma vie se vide au seuil de ta folie ;

J’y vois poindre, en des soleils intenses,

La sépia d’un temps semble t-il, aboli,

J'évoque, pour ne plus m'entremettre,

Les heures, les secondes fluctuées

De l’horloge d’ides, de cycles à renaître,

Purgées de la clepsydre voulant tuer

De notre devenir, les possibles besoins

L'humeur en assassine la réminiscence

Éjectée de ressouvenance, au spleen oint

De mélancoliques fièvres, dont l’expectance

Attise l’impatient, et sans en prendre soin,

Tisonne l’indocile, ce fat sans consistance.

 


Seul, au bûcher des lazzarones,

Dans la nuit aboutie, triste, je m’époumone : _

Apprends-moi, aux orages qui tonnent,

A emplir de ma peau, les structures atones !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mardi 17 novembre 2020

DUOS FILIOS*

 

DUOS FILIOS*

Il y avait deux enfants

 

Deux enfants s’endormaient dans la neige,

Deux corps roidis au souffle des grands froids ;

En guenilles, cherchaient dans le noroît,

La lumière inondant l’atmosphère grège.  

 

La guerre avait brisé cette aura féerique

Réclamée, pour les mieux surprendre,

De gamins déchirés, regard de cendre ;

Le bruit du canon fut la seule musique

Pénétrant leurs songes chimériques

Peuplant, comme pour la distendre,

La moiteur des berges aréiques.

 

Roulaient de leurs yeux, d'un influx limpide,

Des larmes en cascade, des pleurs décolorés,

Perlés en longs rideaux sur la joue perforée

D'intenses émotions ondulées en rides.

 

Pliés sous la congère, leurs membres gelés

Tétanisaient de l'enflure, les vaisseaux

Éclatés… dégorgés entre les os,

Où l’énergie sanguine s’y veut isoler.

 


La guerre, cet abcès qui perdure, est un feu

Mal éteint, dont les braises s’éveillent

Au moindre courant d’air… s’en émerveille,

Le reître sans avenir, crispé en l’air suiffeux.

 

Il y avait deux enfants encagés de frayeur,

Deux profils avachis sur la lande enneigée ;

La mort les recouvrait d’un pan ennuagé

Posé sans retenue, au cœur de la terreur.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

lundi 16 novembre 2020

SUPER LIMEN*

 

SUPER LIMEN*

Sur le pas de ta porte

 

Je t’aime Laura, et sans mal, te le prouve ;

Ne me laisse souffrir sur le pas de ta porte ;

Entends siffler les vents ! Il faut que tu m’ouvres,

Avant que la colère d’Eole ne m’emporte !

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

 

dimanche 15 novembre 2020

MILITIBUS MARI

 

MILITIBUS MARI*

Soldats de mer

 

Je le sais ! Les marins qui s’en vont

Braver de l’océan, les tumultueuses vagues,

Emplissent aux tempêtes les solides madragues

Drainées le long des côtes, de fiers Esclavons…

 

Je connais les braves nautoniers, qui au soir,

Défient le long cortège de bonites en fraie ;

Je les vois sur l’onde démontée, qu’effraient

Vents salés et cyclones soulevés du fossoir

 

Binant de la cuvette, les vieillissantes algues

Figées en entrelacs sous la roche captive

Du reflux de la masse salée… attentives,

Faune et flore marines isolées, qu’élague

 

Le tangon, se cachent de la baille vaincue

De sourdes tempêtes, crachins et déferlantes ;

La mer, de l’écume des flots, aux spumescentes  

Lames, avale les cristaux, puis, en évacue

 

La lie dissoute de lointaines marées,

Quand le soldat de mer affronte dignement,

Sans s’en faire jamais, les puissants éléments

Déchaînés sous la houle… s’y viennent amarrer,

 

Les bancs de Puntius, tétra cardinal, siluridés ;

On peut les voir danser aux lunes pleines,

S’agiter avec art, aux nuits souveraines ;

Là, s’étire à la lueur des phares, le reflet ridé

 

De nos pâles étoiles égrenées de l’ondée

En rideau, sur  l’océan blessé, humilié,

En l’épicentre du profond Miquelon délié

Des tornades clivant les terres inondées.

 


J’écoute aux maritimes escales, parfois,

Quand s’endort le poupon, le batelier,

Ce vaillant gabier, narrer aux familiers,

Ses exploits, l’œil humide… comme si le froid

Se devait d’excuser des récits d’autrefois,

Dont il emprunte, sans s’y laisser lier,

L’éphémère chenal traversé de milliers

De héros ; mon conteur l'avoue avec foi.

 


Que voulez-vous y faire ?... la mer est un jardin

Peuplé de plaisanciers ; ils bourgeonnent

Aux ides, puis, s’affaissent en l’automne

D’un rêve...  méconnu du pâle citadin.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

samedi 14 novembre 2020

AUDI !*

 

AUDI !*

Ecoutez !

 

Ecoutez chanter au ciel de novembre,

Les vents tourbillonnant au-dessus

De nos belles campagnes, aperçues

A l'aube, de l'ajour de la chambre !

 

Ecoutez blackbouler les premières neiges 

En flocons, sur le toit des maisons ! Ailleurs,

Le ciel est clair, moins froid ; le meilleur

Se dévêt peu à peu, des girouettes beiges.

 

Surviennent parfois, du lointain paysage,

Violentes giboulées et bruines de passage ;

Apeuré, l’oisillon qui pépie dans son nid,

 

Espère encor pitance, soupire en son abri

Quand du céruléen, les vapeurs assombries

Couvrent le faîte gris des breuils dégarnis.

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020