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dimanche 15 novembre 2020

MILITIBUS MARI

 

MILITIBUS MARI*

Soldats de mer

 

Je le sais ! Les marins qui s’en vont

Braver de l’océan, les tumultueuses vagues,

Emplissent aux tempêtes les solides madragues

Drainées le long des côtes, de fiers Esclavons…

 

Je connais les braves nautoniers, qui au soir,

Défient le long cortège de bonites en fraie ;

Je les vois sur l’onde démontée, qu’effraient

Vents salés et cyclones soulevés du fossoir

 

Binant de la cuvette, les vieillissantes algues

Figées en entrelacs sous la roche captive

Du reflux de la masse salée… attentives,

Faune et flore marines isolées, qu’élague

 

Le tangon, se cachent de la baille vaincue

De sourdes tempêtes, crachins et déferlantes ;

La mer, de l’écume des flots, aux spumescentes  

Lames, avale les cristaux, puis, en évacue

 

La lie dissoute de lointaines marées,

Quand le soldat de mer affronte dignement,

Sans s’en faire jamais, les puissants éléments

Déchaînés sous la houle… s’y viennent amarrer,

 

Les bancs de Puntius, tétra cardinal, siluridés ;

On peut les voir danser aux lunes pleines,

S’agiter avec art, aux nuits souveraines ;

Là, s’étire à la lueur des phares, le reflet ridé

 

De nos pâles étoiles égrenées de l’ondée

En rideau, sur  l’océan blessé, humilié,

En l’épicentre du profond Miquelon délié

Des tornades clivant les terres inondées.

 


J’écoute aux maritimes escales, parfois,

Quand s’endort le poupon, le batelier,

Ce vaillant gabier, narrer aux familiers,

Ses exploits, l’œil humide… comme si le froid

Se devait d’excuser des récits d’autrefois,

Dont il emprunte, sans s’y laisser lier,

L’éphémère chenal traversé de milliers

De héros ; mon conteur l'avoue avec foi.

 


Que voulez-vous y faire ?... la mer est un jardin

Peuplé de plaisanciers ; ils bourgeonnent

Aux ides, puis, s’affaissent en l’automne

D’un rêve...  méconnu du pâle citadin.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

samedi 14 novembre 2020

AUDI !*

 

AUDI !*

Ecoutez !

 

Ecoutez chanter au ciel de novembre,

Les vents tourbillonnant au-dessus

De nos belles campagnes, aperçues

A l'aube, de l'ajour de la chambre !

 

Ecoutez blackbouler les premières neiges 

En flocons, sur le toit des maisons ! Ailleurs,

Le ciel est clair, moins froid ; le meilleur

Se dévêt peu à peu, des girouettes beiges.

 

Surviennent parfois, du lointain paysage,

Violentes giboulées et bruines de passage ;

Apeuré, l’oisillon qui pépie dans son nid,

 

Espère encor pitance, soupire en son abri

Quand du céruléen, les vapeurs assombries

Couvrent le faîte gris des breuils dégarnis.

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

FLORA ORIENTALIS EXHILARATING*

 

FLORA ORIENTALIS EXHILARATING*

Grisante flore

 

Les fleurs ont la mémoire des matins de clémence,

Du petit jour s’ouvrant au jardin de Postdam ;

Elles cachent leurs épines, leur rougeur intense,

Pour, dès l’aube, éveiller la pâleur des dames.

 

Les fleurs ont la fragrance de lointaines contrées ;

S’y éparpillent leurs sépales, au renouveau,

Quand s’étirent fragiles, de chaleur pénétrées,

Les douces harmonies, à l’ombre du cuveau.

 

Leur luisant feuillage, leur corolle magnifiée

En la claire rosée, s’y posent en silence ;

Les bises les caressent, sans en opacifier

L’ombrageuse nue qui au matin, s’élance.

 

Écloses sous la charmille, embaument de l’allée,

Les bosquets reverdis… elles teintent l’espoir

En ces regards absents se laissant empaler

Aux fadasses grimes de larmes en guipoir.

 


Du soyeux pédoncule, au satin de l’anthère,

Le pistil s’alimente du stigmate, à l’ovaire,

De sucs chauds, dont l’abeille se désaltère,

Quand s’enfle le pollen fixé à son revers…

 

Elles ont la grâce des nymphes de Corcyre ;

Se laissent musser des brumes de septembre…

Qui les voudrait, aux nuits bleues, occire ;

Elles, dont l’éphémère tapit le baume d’ambre ?

 

Elles soulèvent mes pages, flattent la prosodie,

Donnent à la métrique, d’harmonieuses rimes ;

Jamais ! Oh non, jamais, ma plume n’en contredit

La versification, la mesure lui allouant l’intime !

 

Les fleurs bercent mes mots, en étoilent le style ;

Me rassurent aux orages du violent dithyrambe

Soufflant sur les flammèches, et qu’effilent

Les foudres du sage qui, sans mal, les enjambe.

 


 

A mon heure dernière, quand j’irai arroser

Les bouquets de l’Eden, heureux, en paix,

Mes élégiaques stances s’y viendront reposer,

Confiant au silence_ fallait-il oser ?...

Des promesses d’en-Haut, il a su se draper.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

vendredi 13 novembre 2020

DUOBUS PONTIBUS*

 

DUOBUS PONTIBUS*

Entre deux ponts

 

Il est des jours, des nuits, sans personne

A qui parler, sans regard à effeuiller, au soir,

Quand les nuits viennent passer au pressoir

Les chimères, les joies, et qui pourtant résonnent.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

jeudi 12 novembre 2020

QUID EGO FACIAM ?*

 

QUID EGO FACIAM ?*

Que ferai-je ?

 

Où irai-je demain, quand le taxi t’emportera ?

Les routes pavées ne seront plus que ruines...

En de sinueux tunnels où s’affairent les rats,

Me viendrai abriter des persistantes bruines.

 

Que ferai-je des mots éparpillés, ces geôles

Dont les barreaux enserrent ma liberté ;

Ces trompeuses missives... vois! elles enjôlent

Tes sulfureuses lèvres à jamais essartées

 

De folles plaintes de vestale indignée,

Refusant, en amante souillée, d’admettre

Sa passion pour les hommes soignés,

Si soignés, qu’il faille, au pal des traîtres,

 

Les hisser, pour en ternir prestance ;

S’y accotent les mâles récusés de la gent

Pernicieuse dont parlent, et avec élégance,

Les censeurs grisés d’ordalie de régents.

 

Pourrai-je du retenir, accuser dignement,

En ces pleurs à traduire, l’influx buté

De torrents, d'inféconds larmoiements ?

Serai en ce froid chuintement, sans douter,

 

Pantomime d’un théâtre sans gloire,

Rigaudon poudré d’une cour atterrée

De le voir louvoyer au grand soir,

Sous persiflages de marquis maniérés,

 

Huées de serves alouvies, catins fardées

Voulant faire siennes mes idées noires,

Ma prétendue grâce de premier de cordée,

De don Juan maladroit, factotum de manoir.

 

Poserai-je au pulpitum, ma superbe

En déclin ? Riront les nones, les chattes

En résilles sur l’asphalte, allongées sur l’herbe ;

Serai-je à même de jouer les acrobates ?

 

Aux méandres d’un passé sans saveur,

Ma doublure bâillera des fantaisies sucrées,

Écœurantes guimauves piégeant la ferveur

De ma vie d’abruti fatalement ancré

En la faillite d’ides ignorées du rêveur,

D’époques vécues, et par trop excentrées.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

MEDIA CARITATE CONSTRAVIT*

 


MEDIA CARITATE CONSTRAVIT*

Amoureusement

 

Avant de se connaître, avant que de s’aimer,

Avant de se toucher, de s’apprivoiser,

Ils rêvaient de voir, un jour, s’entrecroiser

Les liens intuitifs dont le cœur veut s’armer.

 

Avant des sources claires, s’abreuver aux aurores,

Se rafraîchir aux flots de la mansuétude,

De l’onde, défroisser les vagues d’incertitude,

Ils désiraient, sans désenchantement, enclore

De la munificence, et pour la retenir, l’amplitude

Diffluée au creuset de possibles accords.

 

Ils voyaient s’esbaudir en leurs yeux charmés,

Entre les longues tresses de la belle nature,

Tel un tableau de Tancrède Bastet, la peinture

De Tiennick Kérével, l’audace de s’affirmer ;

 

Naissaient en leur regard pénétré d’extase,

En la félicité du temps sans retenue aucune,

Les suaves couleurs se muchant d’infortune,

Les lascives ébauches effilées de diaclase.

 

L’amour ensoleillait de leur prime appétence,

L’opiniâtre désir de régner hors du temps :

Voluptueuses spéculations de caprices mutants

Dont la sensualité enferre la rénitence.

 

Amoureusement… au bonheur de l’être,

Ils allaient pénétrer de l’autre dimension,

La chatoyante moire qui, de l’éclosion,

Obère le rétentif, et du pouvoir de naître,

Sans en farder l’inexacte mesure, le paraître

Dont s’honore l’amant asservi aux passions,

Et qui, du mal d’aimer, savoure en triste reître,

La froide cruauté qui le toujours pénètre,

Quand l’amoureux fait taire l’appréhension.

 

Il faut de la vaillance, actionner l’éveil !

Ne se peut concevoir, aux renaissantes veilles,

Les tortueuses sentes, où à l’aube, sommeille

Le bâti dont l’esprit_ bien à tort _ s’émerveille.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mercredi 11 novembre 2020

OCOLORUM MUTATIS

 

OCOLORUM MUTATIS*

Métamorphose floutée

 

Les premiers jours sont: vie… il pleut

Tant de sourires, de chaudes étreintes ;

Les derniers sont vides ; l’on veut

Taire les cris, les pleurs et les plaintes.

 

Personne ne sait vraiment où va l’âme,

Ni ce que voit le cœur, quand l’esprit

Se farde d’émotions qu’enflamment

Les serments hantés de lourds mépris.

 

Aux portes du Shéol, s’entrelacent

D’hétéroclites formes, d’étranges mutations

Profanées de cerbères, gardiens des traces

Laissées sur linceul de la consomption.

 

Les premières heures traduisent de l’éveil,

La soif d’appartenir au monde des géants ;

Le nouveau-né butine, telle la jeune abeille,

Les sucs agrémentés d’essences s’y déliant.

 

L’agonisant voit des agressives heures,

Les ultimes secondes de son devenir ; il écale

De sa vie pécheresse, sans mal, chaque peur

Égrenée de l’existence pleine, et qu’empalent

Les ans dissous du temporel, en escale,

En la gnose gorgée de transitoires leurres.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020