PUERITIA
EXCITARE !*
Éveillez l’enfance !
Nos rondes, nos jeux, nos mercredis,
Ont pavé la mémoire de riches souvenirs…
Et, quoique nous fussions, n’aurons à bannir
Les douloureuses plaies, ces escarres roidies
Encroûtées à la peau, ces gênes, qu’engourdit
L’enfance pénétrée d’envies à désunir…
J’avais, aux larmes bleues déflorant l’humeur,
Aux instances premières, de diaphanes flux
Emmêlés à mes rires cassés, et qui, du mafflu,
Transissaient de l’offense, l’altérable clameur.
Nous grandissions, conquis, au vert hallier,
De béantes griffures de vertes ronceraies
Où les rires diffus accotaient la coudraie
Parsemée de noisettes, levées des céréaliers.
Sous le préau d’école, à l’heure des devoirs,
Le silence feutrait du long couloir venteux,
Les moindres interstices ; en un patois douteux,
Les cancres s’invectivaient, étonnés de savoir,
Après punitions, la longueur de la Seine, le prix
Des marchandises, les virgules de l’arithmétique,
Troublant subjonctif, fièvres de la poétique
Dont Aristote confisque l’épithète, sans du mépris,
Arguer des versifications, césure syllabique
Pénétrée d'iambiques adages... incompris.
Ah ! Ces problèmes de robinet, dont les fuites
En mon mal, s’évertuent à pisser sans répit,
De sulfureuses broues d’écumes de dépit,
De minuscules perles, sans en calmer pépie,
D’incessantes coulées… cette arrivée du train
Dont il faut calculer distance, sans entrain,
Puisque bercés de rêveries, contraints
De naviguer au module de l’allotropie,
D’atomes moléculaires, d’alinéas restreints.
Hugo voilait de paradigmes la versification
Substituable, mais par trop pathétique ;
Buvions, en l’espèce, la prétendue vertu… caustique,
N’est-il pas (?!) Verlaine boudait des récréations
Dont fûmes zélateurs, la houleuse poussée ;
Il modelait de l’âme réfractaire au savoir,
Comme avant lui, Villon… est-ce sans le vouloir(?)
L’inusable circuit du censeur courroucé,
Aux portes d’un Malherbe velouté de baroque,
De Bueil de Racan, dont Tallemant des Réaux
Narre, en des fins subterfuges, les sentiments féaux,
Ouatant de la faconde, les sarcasmes glauques.
Enfance, mon enfance pieds nus dans la vase,
Ma candide foulure de garçonnet tranquille,
Caressé de la vague bercée du vent des îles,
Qu’as-tu mis en mon cœur délogé à sa base,
Mon âme sertie de vaines antonomases,
Mes yeux délacés de mirages, d’illusions subtiles,
De fantasmes désuets, de puériles extases ?
Et si j’avais encor des fièvres d’antan, absorbé
La liqueur rancie de sages concussionnaires,
A la lie, le filtrage gavé du fat, débonnaire,
Se croît-il, pour justifier de l’esprit embourbé,
La notoire faiblesse, l’atonie du faraud plombé
De médisance, quant la gent se met à succomber
Au tertre d’immoralités lestées d’actes coplanaires !
Revêtez de Mando, mon double métissé, le raglan !
Qu’il me soit donné d’assujettir, sans mal, céans,
Aux miennes
infortunes, prestance du géant,
Altier, où trépassent, hissés à son palan,
Les noceurs cacochymes d'hier… en bâillant
Diffuses quérimonies pistées du souffle lent !
Armand Mando
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