LECTICA
PHANTASIAE*
Fantasmes de litière
J’ai couché dans mon lit, les premières saisons,
Les pluies, les soleils de vos meurtrissures,
Les étoiles, les lunes qui du seuil des maisons,
Au toit des chaumières, balaient la moisissure.
J’ai glissé sur ma couche, bien loin de l’horizon,
La chaleur des tendrons, leurs blessures
D’outragées aux barreaux de prisons
Dont la femme voudrait renverser les murs
Sans se brûler au feu d’amants en pâmoison
Au pied d'une Candace que le vice torture.
Au satin de mon lit, l’audacieuse en escale,
Vient boire à ma coupe, le nard de la folie,
A mon ciboire, l’élixir déversé du bocal
De l'apothicaire rêvant au ciel pâli,
D'embrocation, de jouvence médicale.
Au creux de ma litière, les filles des récrés,
Femmes devenues, se sont couchées,
Effeuillant du bréviaire, les décrets
Déliés, sans crainte de s’en harnacher...
Du licol des serves, au teint de craie
Des vierges dont le cœur est bâché,
Implorent la madone, espérant toucher
De l'autre devenir, la piéta nacrée,
Icône aux cristallines larmes… entachées
D'inconduites... s’en viennent pleurnicher,
Confessant sans mal, mille et un regrets,
Offrant un sein distrait... d’une lippe écorchée,
J’en suçote la pointe qui, semble là, s’ancrer...
La glaréole revient à son nid, emboucher
L’oisillon que je suis, avant l'envol discret.
Au pied de ce lit, agonisent les ombres ;
Naufragée volontaire, ma dégaine émue,
En absout les lacunes trop sombres,
Peut-être, les digressions promues.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020














