LINTEAS VENTUS*
Voiles au vent
Déchirant le silence des flots, la birème
Avançait, le ventre chargé d’or, de victuailles,
Lui lestant un peu plus les entrailles,
De trésors, de somptueux diadèmes.
Le magistral souffle des mers démontées
Se perdait sous la houle de l'étrange galère
Piégée des fonds, des crevasses enflées d’air ;
S’y mouvaient les cauris aux reflets argentés.
Claquaient aux vents salés, les voiles du gréement ;
Soulevaient l’azur au lointain Miquelon
Traçaient sous les frisures avec un bel aplomb,
Un horizon de feu, plus riche… évidemment.
La peur embrigadait les hommes,
Ces fidèles marins aux muscles d’aciers ;
S’en venait la tempête voulant émacier
Les éléments, ces trombes qui assomment ;
L’imprudent défiait les marées, l’orgueilleux,
Lui, affrontait des cyclones, la rage destructrice.
Accroché au hunier, le moussaillon heureux
S'apprêtait à combattre la masse prédatrice
Des fléaux maritimes... rougissait de plaisir,
A l’idée de toucher en sa pulvérulence,
L’océan déchaîné, repu des violences...
L'écume s'émoussait du rostre, pour enfin gésir.
Un homme à la mer_ s’écria le vieux capitaine ;
L’enfant blafard, en la matrice de l’eau,
Acheva son voyage… l'œil torve, le regard pâlot,
Dans l’abîme où les courants l’entraînent.
Un lourd silence empesa l’atmosphère… ici-bas
Les ténèbres endeuillent de l’absence, le vide
Remorqué de l’âme, en l’aube humide,
Dénervée des matins au noduleux rabat.
Perdus dans le brouillard adorné d’impudeur,
Des pères de famille œuvrent avec constance,
Puis, se laissent mourir au rythme des cadences
De maupiteux déluges dévoilant leur humeur.
Du sang de ma plume, je trouble l’anagnoste,
Enjugue la raison, d'un style déclamatoire
Dissolvant pour la forme, le slang ostentatoire
Dupant le pisse-copy… en dois-je attendre riposte ?
Aussi, pour poser d’emphatiques barrières
Aux contes maritimes, ces folles hâbleries,
Ai fardé de mon style, l'ignoble afféterie
Dont s’empanachent les fables altières
Au graveleux son de musiques barbares,
Au langage sodé de sirènes vaincues,
Sans écailles... se peut-il de ces cycles vécus,
Que les carènes soient de sinistres gabares ?
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2019























