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mercredi 6 novembre 2019

URBE TENUIUM VITRI LAMELLARUM*


URBE TENUIUM VITRI LAMELLARUM*
Ville de verre

J'aime aux soirs de novembre, avec mélancolie,
Ouïr les vents d'automne, les bises glaciales
S'agrippant aux branches ; peu à peu, s'y délient
Les rumeurs de la ville, les lueurs sidérales.

Des bistrots enfumés, montent d'étranges vapeurs,
De grisâtres volutes de pétun bon marché,
Empaumées aux moiteurs du lourd percolateur
Posé près du miroir aux teintes amochées.

Dans la ville de verre, se prélassent la nuit,
De furtives silhouettes, d'obscurs profils ridés
D'amants désabusés qui aux lunes, fuient
Les longues avenues, l'asphalte dessoudé

De pas désaccordés de ces grands boulevards
Où se heurtent au matin, les noceurs fatigués,
Les reines détrônées d'un théâtre bavard,
Épuisées, vaincues, se laissent élaguer

De mains sans retenue, fièrement émonder
D'hommes rencontrés à l'orée d'un vieux parc,
D'un séquoia dressé pour obombrer l'ondée
Déversant ses humeurs que le zéphyr emparque.


Dans la ville de verre, quand s'enroue le clairon
Du modeste orphéon épuisé de contraintes,
Les aubades caressent de l'aube, l'aileron
Déployée sous l'arche d'inépuisables plaintes

Soufflées de cérémonieux couples, épanouis
Sur la berge glissante d'un Paris estropié, blessé,
Et que souillent aux aurores, lâchement enfouies
Sous de vétustes porches, les ombres oppressées.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2019