DA
MIHI FABULA !
Rendez-moi mon histoire !
Donnez-moi les printemps, les fièvres d'antan,
Les nuits à effeuiller des rêves, la moiteur !
Donnez-moi les sourires absous des mots menteurs,
Rires dégorgés, liesses, le cœur battant !
Rendez-moi les étoiles de mes ciels de nuit,
Les premières ondées de l'automne naissant !
Vous ferai voir céans, de mes larmes de sang,
Le fluctuant débit, aux sources de l'ennui.
Ai porté mes sommeils, mes hibernations,
Au parvis d'agrypnies ; minuit s'y attardait,
S'étirait et sans mal, quand sur l'éveil, dardaient
Les froids rayons de l'inhibition…
D'exclusives prorogations emprisonnaient
De mon être blessé de nuisibles semonces,
L'impérieuse liberté… des pulsions absconses,
S'esbignaient les flux de mes songes mort-nés.
Rendez-moi les jeudis fardés d'aquatinte,
Les étés travestis de musiques dont bâille
Le polyptyque avant, de mes minces entrailles,
Purger l'indispensable, en mes soifs éteintes !
Donnez-moi ce beau lac dont Lamartine anime
Manifeste parure ! En pointes de trochures,
L'illusoire et le doute plissent de l'ébréchure
De la prime jeunesse, mon double pusillanime,
Moi qui ai tant donné, moi le débonnaire ;
Voilà que de l'audace, me suis désarrimé !...
De quel astre sonore, piètrement sublimé,
Me suis-je laissé séduire, moi, l'aède sublunaire ?
Aurais-je du vécu brocardé, en de profonds silences,
L'exacte prétention, doléances et plaintes
D'un lieu dézoné que l'oppression éreinte ?…
Que ne suis-je, en ce marasme intense,
Percé de colichemardes, moribond d'un duel
Sans public, d'escarmouches sans arbitre ;
Me faut-il pour vaincre, des rigaudons et pitres,
Nuancer des joutes, les boutades cruelles ?
Rendez-moi mon histoire, que j'aie de l'assurance !
Ferai du réquisitoire, connaître l'apophtegme,
Louant des maximes, en un étonnant flegme,
Les subtiles formules… à vous qui battez ignorance !
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2019




