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lundi 9 août 2021

SAINT-GERMAIN CHATTE ENCAVEE



SAINT-GERMAIN

CHATTE ENCAVEE

 

Les caves se sont tues, Boris Vian a rangé

Sa belle trompinette ; Juliette Greco est morte…

Il n’y a plus que poussière sous la porte ;

S’envolent les volutes venant ennuager

Ceux qui s’encanaillaient… du jeune, au plus âgé,

S’y venaient encaver… que l’alcool les emporte !

 

Saint-Germain pleure encor Sartre et De Beauvoir ;

Et de la rue Dauphine où l’amour décoiffait

Les vierges de passage, les tableaux de Buffet,

Le vice vient encoffrer l’imposant boulevard.

 

Cocteau s’y était laissé prendre, quand minuit

Dévoilait les chiennes essoufflées dont Paris

Garde encor empreintes, en faisant le pari

Que les grues maquillées s’y lasseraient d’ennui.

 

Montmartre, perché ex cathedra, épiait ces fous

Dont Trenet étrillait en ses suaves arias,

Le prétentieux galbe… mondaines et parias

S’illusionnaient sans mal quand l’audace bafoue

 

La morale princière, et que le jazz enfume au soir

Les couples possédés, se déhanchant sans crainte

De voir paraître au petit matin, des ruelles éteintes,

Les premiers ripeurs de la rue Tombe-Issoire.

 

Les Germanopratins rêvaient en d’autres lunes,

D’un espace quiet où les flottantes ombres

Ne pourraient s’accoter aux dissonances sombres

D’un orphéon de cacochymes, qu’aucune

Dame figée en la noblesse n’en défalque nombre.

 

Cluny s’est mise en deuil ; la Sorbonne elle,

Se gausse des déboires de la gent noctambule

S’en venant paître ici, en des conciliabules

Arrachant à l’ouïe aveux passionnels.

 

Quand montent des artères de l’Auxerrois,

Du dôme du Panthéon, de folles lallations,

Le poète et la chatte se font confession

Au creux du même lit où le plaisir est roi,

D’être les seuls amants glissés sous la paroi

D'un passé éthéré… fait de compromissions.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021