CHATTE ENCAVEE
Les caves se sont tues, Boris Vian a rangé
Sa belle trompinette ; Juliette Greco est
morte…
Il n’y a plus que poussière sous la porte ;
S’envolent les volutes venant ennuager
Ceux qui s’encanaillaient… du jeune, au plus âgé,
S’y venaient encaver… que l’alcool les emporte !
Saint-Germain pleure encor Sartre et De Beauvoir ;
Et de la rue Dauphine où l’amour décoiffait
Les vierges de passage, les tableaux de Buffet,
Le vice vient encoffrer l’imposant boulevard.
Cocteau s’y était laissé prendre, quand minuit
Dévoilait les chiennes essoufflées dont Paris
Garde encor empreintes, en faisant le pari
Que les grues maquillées s’y lasseraient d’ennui.
Montmartre, perché ex cathedra, épiait ces fous
Dont Trenet étrillait en ses suaves arias,
Le prétentieux galbe… mondaines et parias
S’illusionnaient sans mal quand l’audace bafoue
La morale princière, et que le jazz enfume au soir
Les couples possédés, se déhanchant sans crainte
De voir paraître au petit matin, des ruelles
éteintes,
Les premiers ripeurs de la rue Tombe-Issoire.
Les Germanopratins rêvaient en d’autres lunes,
D’un espace quiet où les flottantes ombres
Ne pourraient s’accoter aux dissonances sombres
D’un orphéon de cacochymes, qu’aucune
Dame figée en la noblesse n’en défalque nombre.
Cluny s’est mise en deuil ; la Sorbonne elle,
Se gausse des déboires de la gent noctambule
S’en venant paître ici, en des conciliabules
Arrachant à l’ouïe aveux passionnels.
Quand montent des artères de l’Auxerrois,
Du dôme du Panthéon, de folles lallations,
Le poète et la chatte se font confession
Au creux du même lit où le plaisir est roi,
D’être les seuls amants glissés sous la paroi
D'un passé éthéré… fait de compromissions.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
