Cosette, il
fait nuit noire, et le puits est si loin…
Veux tu, en ces
brumes encrées, sans crainte,
Me tenir la
main… je le vois, la misère t’éreinte ;
Ton enfance
prend l’eau, mais en l’aube qui point,
Ton ciel verra
naître, en la félicité, des joies,
Des rires
pleins, la beauté sans grimaces,
Ni ombres de
détresse ; fallait-il que j’aimasse,
Pour enclore
tes peines, aux larmes qui rougeoient !
Je te veux garder
du mépris des trompeurs ;
Que j’aille des
quémandes, éteindre les tisons !
Te garde douce
enfant, loin de cet horizon
Où la tendresse
se débilite, où la peur
Fait caprice en
l’âme du plus faible… un monde
Moins cruel
peut altérer la marche du manant ;
Au réceptacle
des morts, se cogne, advenant,
Le cœur aux
passibles défaites, et qu’inondent
Les pleurs de
martyrs piégés de mistoufles ;
Cosette, mon
enfant, ne suis point de ceux
Dont le verbe
agrémente de propos poisseux,
L’engagement
premier, si le mal l’essouffle.
Loin des
Thénardier, il y a _ crois-moi !
Un berceau de
jouvence, une oasis claire
D’où fusent des
matins méconnus de l’éclair,
Si l’orage chahute
la serve qui larmoie,
Que tonitruent
les vents purgés du réceptif
Quelquefois
violenté de compacts blizzards,
Désamorcés des
tempêtes, au grand phare
D’océans
étranglés du nostoc de récifs.
Cosette, ma
main te fait invite, elle saura,
Du spleen,
adoucir le fiel d’atrabile !
En ma maison,
ceux qui tendent sébile,
Ont avant toi,
trouvé d’un probe tutorat,
Douceur,
attention… je ne veux, c’est ainsi !
M’en aller
intestat… il est des déshérences,
En l’égoïsme
nôtre, malgré les apparences,
Des dalles de
margelle ; le temps les étrécit ;
Parfois,
l’ivresse du possédé, conduit
Le réfractaire,
à livrer à l’ouïe réceptive,
Conciliabule
d'effusions attractives :
Douteux aveux,
dont, hélas ! _ s’enduit
Le naïf… il
voit les happelourdes,
Comme rubis de
princes… pauvre sot !
N’est du
gobe-mouche aveuglé au queusot,
Comme du
biseauteur entenaillé de bourdes,
Point de fuites,
si ce n’est en ces rixes,
Honnêteté de
croire que Jean Valjean,
Devenu
Madeleine, ne trompe pas ses gens…
Car de la
valetaille émanent, quoique prolixes,
D’acceptables
défenses… on se doit à soi-même,
Cosette, ma
petite, comme aux autres… pourtant
Au preste
renouveau, et quand tarit l’étang,
Les grenouilles
acceptent sans broncher, même
Le simple ru où
s’étirent les larves, après ponte ;
Vois-tu, la vie
est un grimoire où se côtoient,
Déliés
d’apparences, le prude et le matois,
Confondus en
l’aisance, chahutés en la honte !
Serai pour toi,
un père, un confident, un frère !
Tu ne
m’appelleras pas… puisque je serai là,
Près de la
cheminée, regardant çà et là,
Se distordre
les flammes de ce rouge cratère.
Je n’ai pas eu
de chance ; tu n’as point eu d’envies ;
Mes fêlures
sont tiennes… tes rires seront mon mal,
Afin qu’il m’en
souvienne, aux plombées hiémales,
De la mort à
venir, comme nouvelle vie…
*
Cosette,
l’existence te viendra courtiser,
Sous les traits
d’un jeune homme déçu d’être,
Aux absences
dantesques, solitaire, ou reître ;
C’est selon… il
voudra de ton feu, attiser
Les brandons,
pour voir se magnifier
De son amour
pour toi, l’étrange gloriole
Dont se nimbent
les rois, l’ouateuse auréole
Du sage en
devenir… devras-tu t’y fier ?
Tu portes
malgré ton âge, de pénibles douleurs
Au sein de ta
beauté… n’étale pas, pour lui, Cosette,
Cet amoureux
fragile, le ruban de rosette ;
L’espoir est un
chemin de doutes et de leurres ;
Garde-t-en !
J’ai moi aussi, aimé… elle était
En mes yeux de
servile sans bornes, rosière
De réserve…
étais-je cette réserve ?... Fière,
A mon bras,
comme toi, aujourd’hui, se vêtait
D’un sourire
sans buée… j’ai savouré les heures,
Qu’ensembles,
nous passions au Luxembourg…
Les fleurs
s’ouvraient, pour du cœur-troubadour,
Le nôtre,
accentuer cadence… quel bonheur !
Ne laisse les
ombres entoiler tes soleils !
Il faudra en
l’Ether, quand l’astre scintille,
Étendre le
cordon dont se parent les filles,
Avant de
pénétrer l’angoisse du sommeil !
Il est
tard !
Couche toi mon
enfant ! La chaleur de la lampe
Agrémente des
nuits, quand siffle le passé,
La douceur
cuprifère s’en venant trépasser
Au matin
intrusif… endors-toi ! Je te baise la tempe.
Armand Mando
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