NATURAM HABET
ALAS*
La nature
a des ailes
Le béton a fondu, les arbres victorieux,
Du bâtisseur indigne, accentuent
De la pousse, hors les routes pentues,
Les raboteux cordons, en ces lieux
Où la ville écorche sous nos yeux,
La nature piégée d’entrepreneurs obtus.
La mer s’est laissée prendre au filet
De folles traversées, de voyages salés
Bavant d’écumes claires, en l’allée
D’estuaires dont les vents effilés
Percent les berges ensablées
Sous la peau de rives meurtries
De crachins, de cyclones pétris
De colères peut-être dissemblées,
Éparpillées au point du renouveau,
Si la vague soulève des fonds bleus,
La faune, et qu’enclouent peu à peu,
Les algues de l’immense caveau.
Disparaissent, quand s’écroulent les murs,
Les chevilles rivées au bitume glacé ;
Il pleut d’autres matins effacés
Des grimaces, de poussifs murmures ;
Les filles embellissent sous la chair
De mutines encartées de désirs
En retenue, que regarde gésir,
Le damoiseau féru de mégères
Aux cuisses gainées de satin,
Lui, l'amant drapé de blandices,
L'homme derrière les canisses
De l'affront supporté des latins
Dont la verve acte ouïe réceptive,
Permissive écoute… s’y laisse séduire
La rosière, le tendron qui soupire
Aux caresses par trop attractives.
La cité porte deuil, a fondu ;
Babylone ici-bas, s’affaisse
Sur place, en un bruit de kermesse ;
Ses poutres sont fendues.
Telle la ruche où bourdonne le mâle
Aux entregents, ce bellâtre dont
La macule au plus fort du pardon,
Contrefait l’office suboptimale.
Le printemps sublime le poète,
Met fragrance à sa plume, enjolive
La rime, la scansion, puis avive
De la pointe, l'étrange épithète.
Du cri d’espoir, cet éveil gracié,
Me viennent des mots cuivrés
D’iambes sublunaires ; j’en suivrais,
S’il me l’était permis, du princier,
La sente ointe de parhélies,
Du pérégrin, l’errance cosmétique ;
Ma vie boirait à la source mutique
Des silences du soir, dont on délie
De l'offrande, rétention première…
Dirai à Mando, mon double timoré_ :
Viens de l'ivresse, avant de m’ignorer,
Lier le mimétisme … sors de ta tanière !
Les perles du flux adamantin,
Retouchent l’éclat de rais butés
Et qu’entoilent de feu, sans culbuter,
Des cycles du jour diamantin.
Je lui ferai de mon cœur affligé,
Voir peines écloses, pleurs nus,
Songes sanglés au filin de la nue
Embrumant ma faconde figée ;
En la mue manifeste, on pointera
Du doigt l’acariâtre mort ;
Au pied du grand lit, sans remords,
Dirai : _ j’ai vécu !!! Qui supportera
De mon repentir, l’insolence ;
De mes lunes, les factices décans ?
Dira-t-on d’un langage éloquent_
Ces chimères sont miennes… à ma peau,
Le boucan des spires tropicales
Dénerve la grisaille que l’hiver écale
De mon bâti de reître… ai beau
Vouloir vaincre la remembrance,
La peur englue de ma prestance,
La démarche, l’altière vacance…
J’en concède allégeance !
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020


