CUTIS MEA
CONSCENTIAM…*
De ma
peau… au remords
Ma peau est un boulevard pentu
Où se perdent encor en l’orage,
Les serves et les reines sans âge
Fuyant du quotidien, les malentendus ;
C’est un livre à la garde mitée,
Un poussiéreux ouvrage, œuvre
Sans attrait… telle la glissante pieuvre,
S’échappe de l’étreinte pourtant méritée.
Le cuir de mon double égrène
De ses peines, un vieux chapelet
Semblable aux litanies de tristes pipelets,
Ces diserts factotums, ces sans-gêne.
Celles qu’il m’en souvienne écorchaient
De sa cosse, l’inflexible cerneau, parfois,
En griffaient l’épicarpe… par effroi ;
J’élaguais pour leur plaire, en émouchet,
Les noduleux sarments de polymorphie,
Généreux pampres, rameaux
De cette architecture excoriée de maux,
Étrange jachère échinée de défis.
Ma peau est un désert de colère, de cris ;
Un chenal boudé d’hamadryades,
Estuaire à deux lieues de la rade,
Un étier où la mer s’enveloppe de gris,
Quand la masse écale des torchères
De fuligineux miasmes d’altération,
Et que montent au flot de mutation,
Les minuscules krills... Y échouèrent
Les phéophycées poussés
D'esquifs ballottés des vents ;
Ma peau, ce sable mouvant,
S'encave nue aux tubules émoussés.
C’est un dortoir, aux lunes princières ;
Les mutines s’en souviennent encor…
Posaient fières, en ce nouveau décor,
Le galbe servant d’haussière
Aux fièvres pénétrant le tissu
De ma puérilité prise en tenailles
Entre l’aine, la cuisse, les entrailles,
Déliées des lochs de soupirs cossus.
Le temps-échalier clos de démesure
Le mâle que je traîne, la trémie
Aux défaites moisies, sans l'amie,
Ou prétendue telle, qui m’aura… à l’usure.
Armand Mando
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