Dilués dans la foule où les âmes trépassent,
S’harmonisent les sons de vespérales laudes,
Le tintinnabulement de trop lourdaudes
Cloches éveillant l’avril aux saints de glace.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2021
Dilués dans la foule où les âmes trépassent,
S’harmonisent les sons de vespérales laudes,
Le tintinnabulement de trop lourdaudes
Cloches éveillant l’avril aux saints de glace.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2021
Il pleut de froids matins sur les terres brûlées,
Au ventre du Sertao ; le sable du désert
Recouvre de la dune enfiévrée de misères,
De râles trompeurs, que l’on entend hurler
Au soir où les nomades fuient calmement
Des plaines endormies, le tellurique souffle
Montant du crénelage que le lierre camoufle,
Sertissant le buisson d’un halo l’abîmant.
Il pleut des brumes enserrant les collines,
D’opaques nues plissées de vents légers ;
Les cités se vêtent de nébuleuses purgées
De pluies acides, de bruines alcalines.
Aux aubades enivrées de senteurs,
La flore boute la faune empressée de vêler
Sur les champs parfumés, les bermes nivelées,
Et qu’emprunte au soir, l’auster viciateur.
Personne ne s’éveille en ces indisciplines,
Sans baguer du raffut, le désordre mutant,
Sans encerner du flou, le nimbe permutant
De la masse liquide, la brève thermocline.
De ces métamorphoses, au rébus qui l’entoure,
N’est rien de plus triste, de plus consternant,
Que les fous cumulets en ce jeu permanent
Où la nature étrangle ses spongieux contours.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
Et sur le toit du monde, aux solstices présents,
Les saisons s’enveloppent d’une mante brumée ;
Si de nos cheminées montent de moites fumées,
Les égouts de villes demeurent déliquescents.
Paris, ce grand dortoir où s’agitent les nixes,
Aux journées empuanties de vapeurs viciées,
S’éveillent de contadines fresques appréciées
De l’esthète qui, en l’aurore, se fixe.
Aux nuits blêmes, éclatent des feux de bengale
Déversés sur la Seine… en fugaces éclairs ;
S’envolent les miasmes au petit matin clair
De cette féérie obombrée des fagales.
Macrobe nous a offert du flou calendaire,
Ces belles esquisses, ces croques parfumés
Soignant de leur mythe... fier de l’assumer,
Les riches greffons loués du récipiendaire.
De Samain aux banquets de Potlatch, l’ivresse,
La munificence, prisées de vestales, du trépied
Du lourd sybaritisme, ont fait perdre pied
Aux gardes d’aerarium saturni, et qu’oppresse
Diane vénérée en l’enclos d’impudiques déesses,
Et que l’ascète amène ne cesse d’épier…
Libre, l’esclave peut tonitruer sans mal,
Au nord de l’atrium de la villa Romana : _
Ne suis plus l’îlote narguant du résidanat,
Aux versatiles ides, la cuvée extrémale,
Quand fouet et cirque du Colisée
tancent
Le sujet anamorphe aux yeux du sénat !
Serais plutôt de ceux qui du fier mécénat
Espère subsides... imprégné de constance.
D’Angerona, la tutélaire d’Augustus
le tyran,
Ou de l’icône adulée de Dioclétien, l’impur,
Au mois d’Inuarius, aux saturnales épurent
De l’idolâtre, de vexatoires feintes, qu’endurent
Les abbesses blessées, éjectées de leurs rangs.
De ce Sol Invictus, dont Mithra se pommade,
Les Catholiques ont fait un noël de surface,
Crachant sur La Divinité Jésus, en face,
Comme hier, à La Croix, les zélateurs maussades.
Rome a éventré la foi du Chrétien sans attache ;
Devenu mariolâtre de catéchuménat, succombe,
Avant que de sombrer au noir de catacombes,
Mué en flagorneur … Vois Dieu ces noceurs lâches !
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
(Part II)
Elle avait des soleils, apprivoisé l'aura ;
Des brouillards, aspiré les volutes...
Elle avait aux aurores, hirsute,
Balayé sans remords, le tertre d'agora.
Elle avait de mon cœur orphelin,
Gravi les gémonies, sans en forcir
Du trait, les abrupts degrés, pour adoucir
De nos fièvres, l'engrenage opalin.
Ses songes furent miens aux lunes
De satin, en nos ébats trompeurs,
Comme assagis, écalés de la peur :
Habitacle d'infranchissables dunes.
Elle voulait renaître de ces flux accrus,
Pour oindre la gerçure de ses pleurs froissés,
L'inconfort du mutisme nous venant poisser,
Quand, rire est accessoire… qui l'eut cru !?
Elle scellait des mots, l'étrange verbatim,
Déracinant du style, la pompeuse emphase ;
De la rhétorique, muselait des phrases,
L'empirique lexème, l'épanchement intime.
Ai bu de ses silences, en d'indociles nuits,
Et l'espoir, et l'envie, d'accéder au palier
De la béatitude… caché sous l'espalier,
Ai, des digressions, pour enclore l'ennui,
Boudé de ses lombes, l'avenant charme ;
Au seuil de ses excès, me suis enfin posé,
Brisant en cet effroi_ que ne l'aurais-je osé,
La crainte de voir s'enrayer mes armes !
Annihilant du violent subalterne, l'ego,
Ai remisé pour elle, par conviction, le bâti
Dédoublé de possibles dérives… las, abêti,
Sans célérité, piégé de macules albugo.
Elle avait clos des miennes commissures,
L'entrebâillement… sa bouche parfois,
Matait de l'aboulie, le mimétisme froid :
Vexatoire clivage encloué aux fissures…
Elle semait cailloux en mes errances ;
Pensait de ma dégaine, retenir au soir,
Le sulfureux double malmené du fossoir
Dont elle maniait avec grâce, aisance,
Sans manicle, la hampe… des luttes dupées,
Vaines rixes, ai de la révérence, fardé
L'actionnariat_ moi, pugnace baroudé
De pancraces, dont la prosopopée
Sertit à tort les fables de narrateurs,
Moi, antagoniste de pusillanimes…
Elle savait qu'aux narcoses, s'animent
Les minces entrelacs de l'appel séducteur.
La voilà: affutée de sages doléances
De sultane en l'éveil de mes somnolences !
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
Octave
CHARPENTIER
Jeune malgré les ans, robuste et d'âme
gaie,
Il semblait un géant qui se rit de la vie,
L'œil vif, le cheveu dru... Il a franchi
la haie
Qui barre l'au-delà... De la gloire
assouvie
Son âme prisait plus la solide amitié
D'un compagnon joyeux comme l'était
Ponchon
Que la pompe et l'éclat... Truculent
héritier
De Villoin, il flairait le fumet d'un
bouchon
Et respirait l'amour autour des belles
filles.
Sa muse était païenne, un peu
dépoitraillée
Parfois... Mais ses regards étaient de
ceux qui brillent
Au plus sombre des nuits par leurs éclairs
rayées.
Au seuil de sa soixante et dix-huitième
année,
L'espoir d'écrire encore "et pas trop
de travers
Des vers, des vers, des vers, des vers,
des vers, des vers "
L'a dressé jusqu'au bout, face à sa
destinée.
Octave CHARPENTIER.
Sur le trottoir d’en-face, se côtoient deux profils
Altiers, souverains : deux lignes retouchées
D’amants en fuite… émus, effarouchés
Décontenancés des huées de la ville,
Des rumeurs empruntées aux êtres incivils
Confus en la vindicte les ayant mouchés.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
Porter à bout de bras le fardeau du malheur,
Quand d’autres se défont du poids de l’existence ;
Mordre à même la peau, au fruit de l’ignorance,
Compressent le sujet emmailloté de peurs…
Il est en ces désordre, seule issue possible :
L’amour, le seul… celui dont on hérite, confiant
A s'en repaître, et pour ragaillardir le déviant
Froufrouté de nibes : breloques accessibles
Au languide sevré de la polymorphie,
Ce minet pommadé et sans âme : cornecul
D’un théâtre où Feydeau aurait jadis vécu
Sans pincer de Lully la vraie chorégraphie.
Bercée de vents contraires, ma plume se délecte
De ce fard emprunté aux biches d’estaminets ;
Elle s’amuse à défaire du vieil illuminé,
La faconde meurtrie d'un blafard idiolecte.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2021