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lundi 25 janvier 2021

QUOD EGO MEA* Que ne suis-je moi

 

QUOD EGO MEA*

Que ne suis-je moi

 

Il pleut des matins gris au cœur de mes hivers,

Des journées endeuillées d'heures profanées ;

Je regarde, en pleurant quelquefois, se faner

Les filles de mes quinze ans, posées au revers

De nuits assassines, dont les rêves s’effacent,

Quand, de la solitude, je bois l’infecte lie,

Ce fielleux breuvage, dont au soir, se délient,

Sevrées du melliflu, les éphémères traces.

 

Mes yeux forcissent du désappointement,

La plaintive coulée… je fuis les entregents

De l’émotive serve qui fait, en voyageant,

De ma peau, à sa chair, maladroitement,

Le tour de phantasmes, qu’illusionne

L’affect voulant l’estourbir de mignardises,

En de trompeuses brettes d’insoumise,

Pour qui le galant se trop souvent passionne.

 

Il neige en mes sommeils sertis de décans,

Aux pavots de Morphée… s’éteignent peu à peu,

Les étoiles plombées de rituels pompeux,

Et que soulèvent encor les astres bivouaquant.

 

Quand Mando berce de mots salvateurs,

Et la joie, et les peines de son double meurtri,

Sa plume vient soumettre à son esprit contrit,

En d’acceptables sizains, le verbe de l’auteur

Emmuré de contraintes, la phonie du héraut

Soumis au doxographe dont Pascal alimente

En de riches pensées… se peut-il qu’il nous mente ;

Qu’il dissolve d’Euclide, le talent du héros (?)

L’efficace jansénisme… du moins en apparence…

 

Que ne suis-je moi, aux cahoteuses bermes

De rhétorique, dont Boileau filtre à escient,

En régent de parnasse, le profil déficient

Dont Antoine de Gentile, et pour y mettre terme,

Agrémente son œuvre, en habile prosateur

Confessant de la palinodie, l’insoutenable amble

En son déséquilibre… n’est-ce pas ce qui semble

Poindre de son art de démystificateur ?...

 

Heureux d’être la sève en coulure profonde

De l'arbre dressé à même la constance,

Je nourris, malgré moi, d’épistolières stances,

La vacance du verbe entrainé en ma ronde.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

MOTUS EPISTOLARI* Emois épistolaires

 

MOTUS EPISTOLARI*

Émois épistolaires

 

 J'ai, de l'encre à la plume, franchi

Mille barrages, enjambé les clôtures

De l'avenir ; qui, du jargon, à la littérature,

Ampute les méandres d'un style infranchi.

 

Je n'ai pu éteindre de mes lèvres,

Le compendium, ces épistémès d'époques,

Semble-t-il, révolues... langage plurivoque

Aux intonations attisées de fièvres.

 

Mes écrits, sevrés du style d'apparence,

Fardent d'introspection, la psychose

Scellée du rationnel_empirisme qu'enclosent

Les tons de mansuétude : tangible indulgence

 

Défaite d'argyrocratie ; ceux qui espèrent

Prébendes, pour un ciel illusoire, s'effeuillent

Aux ides battues du ressac, sur l'écueil

De poisseux lendemains sans bauge, ni repaire.

 

Je t'ai écrit à l'aube des solitudes pleines,

Sans remords, le doute, la cruelle absence

De lunes réceptives à ma turbulence,

Quand le repos décroît des reflux exogènes…

 

T'ai narré sans emphase, ni rimes altières,

Mes nuits peuplées d'ascétiques chimères,

Songes d'utopiste bafoué, l'âme amère

D'archonte aux griffes carnassières.

 

Ne me reste_ vois-tu! _ en ces maux feutrés,

Qu'un palimpseste, où la mort et la vie,

En de sournois ballets, rythment des envies,

Le magistral adret indompté du lettré

 

Dont l'équanimité proroge le savoir,

L'ataraxie de Démocrite, le stoïque

Réceptif à l'aponie ; Épicure la caustique

D'outranciers sophismes, de joutes dilatoires.

 

Se peut-il qu'on en vienne, toi et moi,

En des soirs de bohème, à se désaccorder

Des musiques d'antan ? Peut -être se larder

De noires impostures échues de ces émois

 

Ces cyniques rogues drapées

De démesures, pontifiantes complies !

D'épistolaires accointances, d'obreptices plis,

Me saurai défaire… repu de priapées,

 

Viendrai en l'ouate des bleus matins,

Aux sources d'opportunes amours, m'abreuver,

Admonestant l'hiver trop tôt couvé

Du vent de complies, de l'aquilon mutin !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 24 janvier 2021

ALIUM MERIDIE* Un autre Sud

 

ALIUM MERIDIE*

Un autre Sud

 

_Extraits_

 

Des vallées brumeuses, le vent dépèce

Le faîte du bel arbre ; là, s'y rident les eaux ;

Je me cache sous le vert roseau ;

J'écoute des orages, la folle hardiesse.

Je m’en vais cheminer vers le Sud,

Retrouver la Provence fleurie…

L'oiseau m'y a gardé un fidèle abri,

Protégeant des tonnelles, la décrépitude.

Je traîne mon ombre du côté où Pagnol

Colore le moulin du sieur Daudet ;

Amusé, guilleret, j'y boude les farfadets…

Je suis pourtant si loin de ma case créole.

Sur les cols érodés, pleuvent des pluies butées ;

Le vieil olivier s'y laisse caresser,

Se penche, las, sur le sol, harassé

A deux pas du vieux pont où l'on danse l’été. 

Avignon, dans un bruit de frelons,

Pique au vif ma mémoire,

Prolonge la jetée ; moi, sur ma périssoire,

Je déchire la mer, puis, rame à reculons.

Marseille fourmille de pêcheurs près du fort,

De poissons, de crabes ; ils s’agitent en nasse...

Le soleil de midi y évince les sargasses

Maculant sans relâche la nuque du vieux port.

La chanson des cigales anime,

En la brise, avant de l'entoiler,

Le sable, par l'autan dévoilé_

Avant de l'étaler en l'arène de Nîmes

Où de vieux matadors, plient la muleta_

Là, ils pleurent tristes larmes,

Quelquefois, pathos au désuet charme,

Longs sanglots brisés en milliers d'éclats.

Aubagne, des médiévales cités,

Embaume les allées oubliées,

Enflées de garrigue, de verts peupliers,

Puis du thym-serpolet, aspire tout le musc entêté

Que des filles à l'accent mélodieux,

Vendent en petits sacs bombés,

Avec cette lavande tombée

Des fleurs qui poussent en ces lieux

Décrits en lourd patois :

En abrupt provençal, tel lou souleou,

Épineuse branche de houx,

Ornant les mas avachis et sans toit.

A Toulon les marins plient bagages ;

L'Arsenal prend enfin, la poudre d'escampette...

Les soldats alignés au son de la trompette

Vont séduire la mer, pour la prendre en otage.

Moi, j'irai chavirer sous la crique perdue...

Étourdi, grisé du chant fou des sirènes ;

Dormirai tout nu sous les tristes carènes 

Ces reliques iodées au rostre fendu.

L'océan m'offre son matelas de sable,

M’enfonce dans son sel où naissent

Les puntarelles robustes, où paissent

Les coraux de la houle palpable ;

L'onde entaille ma gourmandise,

J’y fais provisions de congres, de bulots :

Ces buccins qui gigotent sous l'eau,

Et caressent ma langue revêche, insoumise.

A Eyguière, je croise une nichée

De tourterelles épiées des renards ;

Suis-je donc ce fantassin, ce soudard

Dont elles se veulent cacher ?

Les papillons me frôlent sans méfiance,

Ivres du pollen émietté en cendres ;

Au pied du hallier et des boutures tendres

Le vermisseau craintif prestement, s’élance,

Lorsque tombe le soir sur ma déconvenue…

Je vide les tiroirs de mes jours enfuis,

Car la Provence se vide au fond du puits 

En d'ouateuses giclées enveloppées de nue.

 

Armand Mando ESPARTERO© Copyright 2021

samedi 23 janvier 2021

QUOTIDIE* Chaque jour

 

QUOTIDIE*

Chaque jour

 

On apprend, chaque jour, à mourir,

Pour renaître en l’aurore, par amour…

L'offense dont l’âme se veut nourrir,

Détruira de nos vies le majestueux ajour.

 

On apprend, chaque jour, à sourire

Au nouveau lazarone venant mander à l’aube,

Le gîte, le couvert… moi, je le veux couvrir

De la soie des nantis, le vêtir d’une robe.

 

On apprend, chaque jour, à fuir

Ces ombres encernant notre devenir ;

Qui sait si le soleil, au matin, va luire

Sur la peau écaillée d’un possible avenir !

 

De mes murs, je vois se lézarder le temps,

Se crépir les heures cosmétiquées d’angoisse ;

N’est d’haussière, en mes tristes printemps,

Qu’une ralingue que mes doutes empoissent.

 

On apprend, chaque jour, à éteindre les braises

D’un boucan d’infortune, avant de disparaître

En la mort anonyme emperlée de mésaises…

Que n’aurais-je donné, pour céans, l’admettre !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 22 janvier 2021

ALIA FRIGORA* Autre froid

 

ALIA FRIGORA*

Autre froid

 

Hiver de souffrances, de malédictions,

Hiver de tentations et de profanation,

Toi qui pénètres, de nos sensations,

Les moindres interstices, avec l'intention

De meurtrir le faible... ivre de prétentions,

Hisse au microcosme de riches nations,

Pâle oriflamme, triste bannière, livide fanion.

 

Hiver de colère, neigeuse contrescarpe, geôle

Retenant en son sein, la voilure des pôles;

Hiver crispant la faune, quand en l'azur, décolle

Ribambelle d'oiseaux migrateurs, qu’Éole

Pousse au-delà de l’Éther, au majestueux survol

Du Phénix renaissant, et que l'astre auréole…

S'y heurtent les sages de l'ancienne école…

 

Hiver allongé au tombeau des morts,

Hiver de froides ides, sans désirs, ni remords,

Que tutoient les solstices, perce la claymore

Du vaillant Nordet, du trompeur matamore

Enfoui sous la nue le retenant d'un mors,

 

Tu drapes les saisons, et pour les formoler

D'un venin conduisant sous fier mausolée,

La nature abattue, démembrée, désolée,

Mais, à ce jour, debout, pour mieux empaler

Les congères meurtries, peu à peu, déballées

De la riche poudreuse, où viennent cavaler

De joyeux écoliers arpentant la vallée.

 

Hiver de mes chagrins, mes spleens adolescents,

Pourquoi retenir, sous ma peau, en mon sang,

Ta colère princière… c'eût été indécent,

De te parler d'amour, quand ce mal incessant

Ose peupler mes nuits, de souvenirs vexants,

Défigurer mes rêves, de truismes blessants.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021