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dimanche 2 juillet 2023

ETRANGE MAROUFLAGE

ETRANGE MAROUFLAGE

 

La maison défraîchie devient une ruine ;

Sa voûte dégarnie s’écaille, à vue d'œil ;

Oserait-on, aux frissonnantes bruines,

Agencer les grêlons entassés à son seuil ?

 

Ne reste en ce mas privé de gouttières,

Traces de l'enfance bercée de clapotis…

Mes rires dilués perçaient de l'archière,

Le noyau … sous le vieil appentis.

 

De l'entrée, au minuscule linteau,

Le fronton bâillait sous la poutrelle ;

J'y accrochais mon imposant manteau,

Madeleine, elle, sa mante, son ombrelle.

 

L'odeur des confitures, l'arôme des sauces,

Traversaient du couloir, les épaisses murettes ;

J'en humais, déjà, aux lueurs précoces

Les substantifiques sucs : quintessence de luette.

 

Désormais, les primes souvenirs, projettent

De l’absence, sans retenues aucunes,

Leurs visions ganguées… Aux miasmes d'aigrette,

S’y accolent au soir, mes plates infortunes

 

Les pépites grisées aux reflux trépassés…

Lors, sombrent, des rais discourtois, l’orbe bleu

De cette adolescence : astres compressés,

Et jours pleins, qu’évincent d’autres jeux.

 

Tout est gris… sans nuances ; l'escalier s'enfuit

Des combles oubliés en l'âpreté du temps…

Même l'eau de l'orage s'exhale du puits ;

Tout est blême, glapit... au dernier battant

 

Des fenêtres ; Madeleine y guettait,

Du frêle damoiseau, l'altière silhouette…

Où êtes-vous pirouettes indomptées,

Mutines cabrioles ? Sous quel ciel, l'alouette

 

Nage-t-elle sans joie ? De dispendieuses noces,

Aux mornes ordalies, s'étirent l’innocence,

Les fièvres floutées, les désirs précoces :

Inénarrables contes aux clameurs intenses.

 

Madeleine a vieilli devant la cheminée ;

Y tisonnent les pleurs des serves démunies,

En l'amour éventré de lames acuminées

D'amants entenaillés de songes désunis.

 

J'essaie parfois, aux pérégrinations,

De me faire échevin d'impossibles édits ;

Longeant en ménestrel, le pont de nations

Clivées aux remembrances… sans dédit.

 

Avec force conviction, je m’applique

A lier aux accords de la félicité

De solubles portées, des musiques

Ignorées de donzelles, jadis plébiscitées

 

De céladons à l'armure trop claire

Pour calmer la soif, toute l'anadypsie…

Aimerais, la nuit, pour vous plaire,

Sevrer leur vie recluse...  en autarcie...

 

En l'embrasure chichement consumée

De râles plaintifs, je ramone l'histoire,

Ecure sa faconde, et, pour, au mois de mai,

Saluer du printemps, le règne absolutoire.

 

Au sortir du lit, je traîne élégamment,

Ma cambrure troublée de parhélies…

Est-ce toi Margot, pleurant secrètement,

Le reflet de ces doutes dont l'oubli me délie ?


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

DECHOIR AUX AUBES CLAIRES

DECHOIR AUX AUBES CLAIRES

 

Une tête est tombée… un roi a succombé…

Elle ne fut pas en reste, l’Autrichienne

Morcelée par la haine d’âmes cabochiennes,

Dépecée de l’animadversion de l’esprit plombé.

 

La mort, ce fourre-tout, en quille sur vos bermes,

A grimé le monarque, apostasié sa foi…

Il a fait marchandage, du faîte du beffroi,

Aux pousses contrefaites, aux répulsifs germes

 

De rites séculiers, d’observances formelles,

Pour en assujettir le zélateur bouffi : ce bigot

Cadenassé de prêches insufflés au cagot,

Verrouillé de sermons, de litanies gémelles.

 

Un royaume n’est plus… la cour fera bombance,

Qui du roi, de la serve ; qui du prince, du palefrin

Au cercle de ce mouroir, se laissera, sans freins,

Divertir des loges de la Parque, sans ganse !

 

Sera-ce, en ce jour endeuillé, aux solstices,

Que s’allieront nobliaux, écuyers, blasonnés :

Ces damoiseaux stériles, à jamais soupçonnés

De la vieille garde ! épiés, d’autres interstices,

 

Le preste gentilhomme, le vaillant duelliste,

Se feront accolade, en croisant le fer… altiers,

Souverains… avançant au son de luthiers

Acclamés de la gent pour le moins affairiste.

 

Aux mires du mol achalandage, les vivres

Redonneront sourire aux vassaux : feudataires

Aux portes de suzeraineté ; pliés en acrotère,

Tel le socle au fronton d’un lupanar de vouivres.

 

Le Dauphin sera roi… l’infante, séduite, rougira,

Gauche, en ses brodequins ; affectueuse Manon

D’un couvent désœuvré, qui, au son du canon,

Egrènera neuvaines… advienne que pourra !

 

Au taffetas brodé de fringants baldaquins,

Putains et caméristes se feront marquises ;

Engrossées au soir, et avant l’heure exquise,

D’un lovelace, glissé sous leur chaud casaquin.

 

Les curés, ces nonces assiégés d’indignes confesses,

Supplieront la madone aux vertus d’un carmel

N’ayant point vu le jour… rutilantes mamelles,

Et pelucheux poitrails, sublimeront la fesse,

 

Sans qu’il leur soit permis d’accéder, aux laudes,

Aux rudes gémonies de la contrition…

Bien fol, qui s’y fiera !!! devant tant d’imprécations,

Le clerc affolé parafera l’ouvrage que, penaudes,

 

Salueront les reines bafouées : de ces cornades,

Les cocufiées, sans montre de parcimonie,

Agrémenteront, en de nouveaux salons, sans déni :

Insipides causeries, palabres bien trop fades,

 

Pour du fastidieux, redorer la constance…

Aux nuits de tarentelles, aux rigaudons d’artistes,

Les bernaches poudrées : ces tenaces suivistes,

Déhancheront, pour plaire, et avec insistance.

 

Les sages embaqués à ce jeu de croupes, diront : _

Callipyges sirènes enarbrées d’énergie, oyez

De l’agonie de ces pâles catins, ces dévoyées,

Le maupiteux râle ! … certes, nous le publierons

 

Aux générations futures… les scribes, dont Boileau

Alimente cortège, vexeront les plus tendres :

Ces plumes avachies, ces copistes de cendres,

Emportés de bourrasques émiettées sur l’eau

 

D’océans délacés de tropiques contrées… feront,

En ces métamorphoses baguées d’irrationnel,

Epithètes pour, de la poétique, en ce traditionnel,

Anoblir langage, et du barde, griffé sous l’éperon,

 

Aseptiser, tel le clephte déchu, le sabir moqueur

De livresques prosopopées, aux diurnes fontes

Du frileux accessoire qu’Aristote, et sans honte,

Accole aux images sublimées sans rancœur.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

samedi 1 juillet 2023

INEXPLORABLES FONTIERES INEXPLOITABLES CONFINS

INEXPLORABLES FONTIERES

INEXPLOITABLES CONFINS

 

Aux frontières du mal, s’écalent nos humeurs ;

Aculés, insolvables : l’homme vit, quand il meurt

Aux mensonges faciles, aux tromperies notoires :

Fallacieux discours, gestes ostentatoires.

 

Aux frontières du vice, s’amenuisent l’envie,

Le besoin d’aliéner à la mort, la vraie vie ;

Se diluent chimères, et illusions d’amants

Piégés sous le pont de ces corps en aimants,

Que l’audace nomme : FEMMES ; ces poupées

Habiles, voire adextres, nous voulant découper.

 

Aux frontières de l’enfance, s’encapent les folies

D’un monde sursitaire, un cosmos ramolli,

Où traînent des noceurs empourprés de vices,

De fringants libertins affriolés d’auspices.

Salivent à l’idée de pétuner la nuit, de noyer,

En l’alcool, leurs remords, et sans atermoyer ;

Déçus, dégorgés du babil d’ères embryonnaires,

Ponctionnés des primes lallations… scissionnaires.

 

Aux frontières du savoir, s’étiolent les mots :

Hier, noble langage ; céans, obsolescents fermaux  

Posés au conclusif d’inadaptables phrases :

Borborygmes drapés d’inutiles emphases ;

On voit, aux trottes de l’érudit, le seing

D’un axiome qui, parfois, en l’adage assassin,

Berne la sémantique, la lexicologie : synchronie

Mue en la stylistique riche d’orthophonie.

 

Aux frontières de l’espoir, s’essouffle l’attente :

Ces souhaits pétris d’expectative, et qu’enfante

La présomption… n’est en ces lunes pleines ; hélas !

Nulle variante : version, que le trouble n’efface ;

J’imagine mon double féal : altier sigisbée

Au bras d’une égérie : muséale ondine inhibée,

Freudienne, à qui l’amour, aux traverses liées,

Refuse allégeance… repoussée, jusqu’à mon palier.

 

Aux frontières de tendres élégies, se dénouent

De chagrines portées ; tristes, à deux genoux,

Implorent, aux perméables stances, souvent,

L’idéologue, le théoricien, aspirant de l’auvent,

L’idéale clarté, la fulgurance d'un soleil,

Aux flammèches dégourdies de sommeil…

 

Aux frontières de ma plume, se dissolvent encor,

D’exceptionnelles rimes, sans l’orgueil du décor

Contrefaisant, l’intense catachrèse : métaphore

Boudée du concis de cénacle, qui, de l’amphore,

Hume l’uvale teinte, la râpeuse lie… dommage !

Se peut-il, aux griseries lunaires, sans damage,

Qu’il piétinât l’ombre de l’autosuffisance,

Qu’il damât le profil de captieuses aisances !?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

vendredi 30 juin 2023

EN D’AUTRES HARMONIES

EN D’AUTRES HARMONIES

 

O ivresses fleuries d’un été sans nuages !

Vous, dont les fragrances embaument

Et l’espace, et le temps, écorchés de gléchome,

Excités de musiques, de comptines sages ;

 

Voyez dessus les plaines, le paso péruvien,

Le palomino, le pur-sang anglais :

Ces chevaux dételés, ces trotteurs désanglés !

O captieux élixir dont le cœur se souvient !

 

Quand se mirent, à l’aube du jour nouveau,

Les fuyantes gazelles, s’abreuvent les daines :

Elégantes sylphides aux fuites soudaines,

J’avance hardiment, comme le jeune veau

 

Qui, de l’allaitement, semble à peine sevré,

Frôlant des herbes folles, de pas mal assurés,

Épaisse bourrache, gaillet grateron nervurés ;

Quelquefois, Aquilée étouffée de l’ivraie.

 

Estivales essences serties de bruines,

Enivrez de me sens, aux échappées tranquilles,

La rythmique d’aisance, domestiquée de l’île

Où s’épanouit l’enfance… la mienne, aux ruines

 

De Saint-Pierre s’est laissée reposer… la Pelée,

Aux berces d’alizés, lui fredonne des rires,

De joviales ariettes se voulant inscrire

Au fronton de nos rêves, sans les empaler.

 

Un sou, deux… quelques piécettes, pour s’offrir,

Heureux, sur la Grand-place, aux vespérales,

Un généreux sorbet… là, comme à la générale

D’un spectacle vivant, nous regardions s’ouvrir,

 

En nos yeux ébaubis, et l’absurde, et l’étrange,

Perforés de mystère… l’adolescence pointait,

Sans se laisser convaincre de mots chahutés,

Et qui, de la faconde, en aiguisaient l’alfange.

 

Que n’aurais-je donné pour déparer mon cœur

Des vieilles rancunes : ces lambeaux anonymes

Arrachés aux crocs de gosses pusillanimes,

Ou de filles banales, au gloussement moqueur !

 

L’été faisait courir_ ô merveilles ! _ sur ma peau,

L’empreinte des baisers, les cerces violacées  

De mutines donneuses, de câlines bergères…

Dans la moiteur de juillet, une harengère,

Ou deux, venaient tonitruer : ASSEZ !!!

 

Humiliée de nous voir entrelacés, sereins,

Prêts à faire feu de tout bois… grandissions,

Modelés de fantasmes gênants… impulsions

Aux désirs, tempo, au balancier des reins

 

De tendrons mués de promesses de femmes,

De serves alanguies, rompues, en l’offense

D’intactiles soufflées… quand l’inconnu avance

Sur la peau du plaisir, la chair qui s’en enflamme.

 

O jouissances butées, vous mes insolences

De garnement rusé ! vous, subtiles livrées

A mon revers plâtreux… en suis-je délivré,

Moi, le benêt pétri de fades somnolences ?

 

Si, d’un juste guaglione pincé de mandoline,

S’effeuillaient mes arpèges ; si, effaré aux nuits,

Mon double s’isolait, s’amplifiait l’ennui,

Me feriez-vous escorte ? aux rêveries salines,

 

Ai accordé quitus… j’imagine, et c’est mal,

Une enfance plus terne, pour pallier au sang

Aspiré de mesquines serves, l’œil blessant

De conspues ; sans trêves optimales,

 

 D’invectives banales prises en la resucée

De cet itératif bouloché de vacarme, de cris,

Et que le docte nomme en de douteux écrits :

Vertueuses semonces de prêches compulsés.


 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

OFFUSQUE EN CES DONNES

OFFUSQUE EN CES DONNES

 

De rives, en dérives, en l’écueil de jours pleins,

Les hommes ont, de la vie, expurger le réel,

Pour placer artefact en l’âme du mortel,

Pour river à ses sens, et même s’il s’en plaint,

 

Chimères et fantasmes de seconde zone…

Demeure, aux nuits d’orage, le grondement

De vents désarçonnés, et en l’effondrement

De ce pesant marasme : le spectre d’amazones

 

Chevauchant de nos vices, l’immuable puanteur ;

Des jours pleins de promesses, aux nuits vides

D’espoir, s’amenuisent du ferment de nos rides,

De hideuses crevasses émoussées de moiteur.

 

Nous voilà : allongés sur l’épaisse barlongue

Dont le temps fait, aux ripailles brodées,

Bombance, sans autre ! … le mal nous a bridés,

Pour nous mieux retenir en sa trémie oblongue.

 

Esclaves sur un bateau chahuté de grands flots,

Nous forçons de l’enclave, l’infrangible verrou ;

Il n'est, en nos mémoires rivetés d’écrous,

Nulle mise aspirée, niaisant le Gourdiflot.

 

Les hommes sont des lâches, de stupides chiffes,

De tristes débandés, dont l’orgueil talonne

L’innommable couardise, la pensée félonne,

Abreuvées de cancanes, d’aciculaires griffes.

 

Dire qu’au lore de leur bec, j’aspirais pitance ;

L’idéal en défroissait de ma mue, au soir,

La glaireuse coulure… aurais voulu m’asseoir

Au bord de leur duvet, en ces heures intenses.

 

Hélas !

 

Du temps qui file, aux pointes effilochées

De mon devenir, n’ai vu naître l’amour,

Le vrai, l’unique : celui dont parle toujours

L'inspiré… aimerais, un matin, l’approcher.

 

Pourquoi, ai-je suivi, en damoiseau craintif,

Aux ténébreuses sorgues, celui dont le quinquet

N’éclaire que chichement ? serais-je le laquais,

Le factotum blessé de gestes adaptatifs (!?)

 

Engorgé de lazzi, de grasses moqueries, ai fait,

Des jours de fête, mortifères laudes… déçu

De l’animal hibernant sous ma peau… pansue,

Mon amertume accorée au silence, contrefait

 

De mes joies (si tant est qu’il m’en reste) :

Chétive attraction, piteuse séduction ; sans doute

Pour alléger de mes roides blessures, les joutes

Persiflées du double guilleret, voire, agreste.

 

D’être aujourd’hui : un homme au clair de songes

Inappropriés, m’a appris à combattre, seul,

Les démons pénétrés d’arguties, sous l’éteule

D’un toit… c’est loin d’ici que la crainte me ronge.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023

jeudi 29 juin 2023

ULTIME VOYAGE

ULTIME VOYAGE


Partir… pour ne plus revenir ; s’en aller

Vers ailleurs… sans lune, ni soleil…

Se laisser peu à peu, oublier, quand s’éveillent

Les astres au ciel azuré ; se laisser empaler

 

Comme le condamné : sans douceur, ni clémence ;

Avec pour seul linceul, les brumes hivernales,

Au froid des nuits cendrées, ignorées des vernales,

Au grelot de bélières, aux dernières semences.

 

Doucement s’éteindre, comme la flamme nue

Caressée de la brise ; la mèche consumée,

Et qu’emplâtre la cire… et, de la cheminée,

Ouïr crépiter quelques braises chenues.

 

Se glisser hors du temps, sans trêve, ni sursis ;

Avancer, l’âme en peine, le cœur dépenaillé ;

Oublier les faces aux sourires émaillés,

Les douces confidences de tendrons indécis.   

 

Prendre, en l’incertain, une nouvelle monture ;

Emu, écouter battre les grelots de la mort ;

Essayer, mais en vain, de desserrer le mors,

Converger vers demain, défait de son armure.

 

Résonne, enfin, le glas ! … saluer tendrement

Ceux qui vous ont aimé… aux commissures bleues,

S’évanouissent les mots prononcés des yeux…

Puis, vers son Créateur, s’avancer lentement.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023