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mercredi 7 décembre 2022

DECEMBRALES NEIGES

DECEMBRALES NEIGES

 

Fondent les premières neiges,

Sur le bitume froid… il pleut sur l’Ecosse,

D’innombrables grêlons, et des Causses,

En France, au centre des manèges.

 

Le froid s’installe au nord d’Appalaches,

Jusqu’au banc de Terre-Neuve,

Soulevant des lacs, de mystérieux fleuves

Fronces gélifiées, et blanchâtres tâches.

 

Décembre a couvert le mont Marcy ;

Des Adirondacks, il se voile de brume,

Puis disparaît de Keene, d’où fument

Les cheminées de sinueux raccourcis.

 

L’hiver s’est délié de multiples volutes,

Du doux halo d'astres de galaxie…

Renaissent des prés, faune en autarcie,

Flore rabougrie ; les brises les percutent.

 

A reculons de ces ombres tenaces,

Des cols du comté de Cheshire,

Aux plaines que les bruines déchirent,  

L’aube se couvre d’éphémères traces.

 

Une neigeuse cape enserre les chalets…

Les congères défigurent les roses

Auréolées de troubles amauroses,

Dont l’œil n’ose percer les cerces étoilées.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

mardi 6 décembre 2022

MA MISSIVE

MA MISSIVE

 Voici tel un bouquet, ma missive !

L’ai parfumée de souvenirs de nous :

Aquatinte proche du lavis, qu’avivent

Les lueurs du soir, dont se dénouent

D’infimes étincelles brandons

Animées de reflets…puis, dissipées

Çà et là, entre les fins cordons

De poussières astrales vues de Cassiopée.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

lundi 5 décembre 2022

EVENTAIL DE FRUSTRATIONS

EVENTAIL DE FRUSTRATIONS

 

Dansent les jours, et les glaçantes nuits ;

Souvenirs, rêves, déconvenues,

En la mémoire de pâles ingénues

Pleurent matin au seuil de l’ennui.

 

Flottent encor aux hivers grèges,

Des congères engerbées aux portes ;

Les vents froids les emportent ;

Au-delà des cimes, elles s’y désagrègent.

 

L'enfance trotte sur les sols pentus :

Vicinales sentes en demi-teinte

Épandant de nos rires, les plaintes

Liées au spleen du candide battu.

 

Je me voyais embastillé de peines,

D’aveux d’éphèbes inentamés

Avachis en l’aurore… désarmés :

Prisonniers de goulues sphyrènes

 

Écachées sous un vieil esquif ;

Hardiment, j’en tacle l’imposture,

Et des couardises, la mâture ;

Y abdique le fretin plaintif.

 

Meurent en ces cortèges, les vents

Sinistrés d’atoll d'un lointain pays ;

En citadins éjectés de saillies

De lascifs hédonistes, ces servants :

 

Jouissifs prévenants anonymes,

Retouchent la cambrure dryade

Sublimée en d’autres accolades,

D’impudence dont les feux animent

 

De l’étau subversives étreintes,

Séditieux coït de fiers amants,

Noduleuses nefs en aimants,

Si figées que le remords éreinte

 

La rémanence d'insolvables clichés,

D'idoines fièvres ici-bas accotant

Du jubilé, et l’espace et le temps

De métensomatoses cachées. 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

dimanche 4 décembre 2022

APRES NUIT


APRES NUIT

 

En d’autres matins gris, à l’aube,

S’éveillent les amants repus de langueur ;

Flottent en l’air serein, en ton globe,

Les premières lueurs du jour en sa vigueur.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

samedi 3 décembre 2022

PEINTURE ECAILLEE

PEINTURE ECAILLEE

 

 

Le galbe de Vénus, désoclé de l’artiste,

S’écaille sur la toile du peintre à bannir ;

De sa croûte mitée, percent avant de jaunir,

Des stries… aux années, elles résistent.

 

Du ventre froid de l’œuvre les plis

S’effritent pour laisser apparaître

Des dorures agrestes faisant naître

De ce préraphaélite empli

 

D’amertume, foudroyé du regard :

Triste néophyte de décombres,

Des pochades trop sombres

Sans teintes, ni d’autres fards.

 

Les pans de fontaines en allument

Des rais pris au flou anonyme

Du portrait retouché, d’ultimes

Carnations, d’ouateuses brumes.

 

Au soir, entre deux réverbères

Inondant une impasse pavée,

Trottent succubes, et profils délavés,

Sans nimbes d'atmosphère :

 

Fades fresques, esquisses cramoisies :

Inauthentiques craies d’un lord écossais

Aux délires plissés de songes insensés,

Ou versatile esthète féru de poésie...

 

J’épie du coin de l’œil, cette décrépitude !

Mon cœur saigne, je l’entends soupirer

En l’acmé venu là, l’emmurer

De plaintes encagées d’hébétude.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

vendredi 2 décembre 2022

ANGELINE

ANGELINE

 

Belle en ces jardins où l’amour s’acclimate

A la peau de tépides caresses ;

Plus belle au soir de lunes enchanteresses

Navigant en l’azur ; les ombres les formatent.

 

Sublime sur le port, quand rentre le marin

D’un pénible voyage… au bal de sirènes

Qui au roulement des vagues, enchaînent

L’océan bleu aux reflets cristallins.

 

Noble en l’aube fragile, aux vents chauds

Embrasant le sable gris des dunes ;

J'aimerais écluser de ses traces falunes

L’éboueuse teinte foulée des maréchaux.

 

Altière sous la toise de désirs béants,

L’espère conquise au jour naissant ;

L'absence est un leurre : appât blessant

Ou cruel gluau… au revers du néant.

 

Splendide en des notes posées

Aux dents du clavecin ; pour elle,

Les arpèges décélèrent l’allure : celle

Dont l’adagio se veut martyriser…

 

Ardente sous la brèche du spleen,

Ramifie des branches du devenir

La flèche terminale… sans céans, parvenir 

A voiler ses traces contadines.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

CHRONICITE

CHRONICITE

 

Ma mémoire écime les offres assassines

Que jadis vous fîtes au vulgum pecus ;

Elle bat en retraite, fuyant le tylenchus

Parasitant de l’âme la travée abyssine.

 

Elle captive encor gueux et manants

Eblouis au cortège de prévarications

De gras silènes bouffis de prétentions,

Et qu’encartent les termes de l’aliénant.

 

Ma mémoire frelate du verbe présomptif

Avant l’aube nouvelle, en l’éveil,

Le bedonnant cylindre que surveille,

Et pour l’annihiler, le germe procréatif.

 

De souvenirs éteints, aux mortes resucées,

Elle pose licol aux clichés d’autrefois ;

Transmue de sa superbe, aux froids,

Les profondes ridules la voulant plisser.

 

C’est un puits artésien où dansent

Aux lunes pleines, les rires du matin,

Les doux conciliabules… d’incertains

N’osent ici, en lier la cadence.

 

Ma mémoire assagit de la cognition

L’altérable mue du fantasque cerveau,

Ce double capricant en deçà du biveau ;

Elle mord au nanan de la prétention.

 

Elle a nimbé mes premiers graphèmes,

Stylisé ma faconde de naïf rhéteur ;

Elle a su évincer mon venin séducteur,

Réajuster l’iambe, l’allocutif phonème.

 

Ma mémoire, en drapé de censeur,

Confisque à l’idiome privé de sémantique,

 Princière_ ô combien ! _ la quantique

En l’épiphénomène de pavés d’épinceurs.

 

Quand elle s’en ira aux lointaines jachères

Egrener le silence du trompeur chapelet,

Les rites d’écoliers, et que l’on épelait,

Tairont de l’espace tout ce qui m’était cher…

 

Lors, vaincu, quoique rasséréné, irai

Battre coulpe en ces orbes distants

Où la vertu captive et l’espèce, et le temps,

Afin d’en ratifier, sans jamais l’adirer,

 

L’ultime parchemin de songes préconçus :

S’y miraient les soleils de l’enfance baguée

De douces lallations, de babil irrigué

De gazouillements gracieux et cossus.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022