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samedi 2 juillet 2022

LONG RUBAN DE DEFAITES



LONG RUBAN DE DEFAITES

 

Le froid de tes hivers est un long parchemin ;

S’y perdent les colères d’enfants désenchantés,

Le cri d’amantes nues revenues enfanter

Des aurores meurtries au nord de ces chemins

 

Où les hommes s’égarent aux brumes dissolues,

Quand l’ivresse des mâles enchatonne au soir

Les rubis de ces lunes posées en accessoires

Sur la nue amoitie de solstices goulus.

 

L’angoisse de tes maux voudrait encor éteindre

De mes rêves charnus l’affriolant bedon ;

Tu évinces l’espoir dont tes frêles radons

Incommodent l’aura, et sans jamais l’atteindre.

 

Si je t’attends à l’aube des saisons fanées,

Au jour naissant de songes amputés

Et qu’isolent les vagues permutées,

C’est que l’aplomb piège nos profils tannés.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

jeudi 2 juin 2022

SONORE AGRYPNIE

SONORE AGRYPNIE

 

Surpris par le matin, stupéfié la nuit  

Des cris de la meute de noceurs repus

D’orgiaques agapes, blessé… n’ai pu

M’endormir aux aubes enfuies.

 

Lassé des clameurs de la gent fêtarde

De riboteurs replets, ai posé bagages

Ailleurs… où les hommes s’engagent

À purger de l’excès ces outardes.

 

Agacé des bombanciers sans lune :

Jouisseurs enivrés d’hédonisme,

Épicuriens fous de sybaritisme,

Ai placé l’agrypnie en l’aurore brune

 

Au faîte de silences encordant

De mes songes l’irréelle substance

Dont l’âme fait festin sans pitance,

Dont le cœur se fait copossédant.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

lundi 30 mai 2022

OUVREZ-MOI


OUVREZ-MOI


Ouvrez-moi ce cœur froid

Où l'amour se délite sans mal !

N'est rien perlant des lacrymales,

Du long emposieu de l'effroi...


Ne me laissez souffrir au matin,

Au soir où s'en viennent hurler

De la meute captive, l'ahuri, l'affolé,

Et qu'isole la nuit le rusé diablotin !


Sera-ce de ces manigances,

Aux folles crues, la bravade

Dont s'honore le sage, l'accolade

Forant du lazzi l'arrogance ?


Ne tient qu'à vous, à vous seule,

De m’ôter l'oblongue banderille

Perçant en-deçà de ces grilles,

L'épaisseur de l'horrible linceul.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

jeudi 26 mai 2022

ASSOUVISSEMENT

ASSOUVISSEMENT


Irai dormir, repu du jour nouveau,

Quand s’enrouent les saisons, au soir

Où l'étoile vacille de l’aspersoir

De la nue retracée du biveau


Du Divin Créateur… irai me reposer,

Rassasié de printemps, d’aubades,

Courant sur l’avenue où gambade

L’axe du périastre s’y venant déposer.


Ferai sans détours, en l’aube manifeste,

Jaillir du néant, l'astre de l'Almageste ;

Il n’y aura plus de lunes en décan…


Les sages nieront du palimpseste,

Sans en rougir… les fabulations

Dont s’acquiert l’influx de cognition.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

mardi 24 mai 2022

HETEROGENIE


HETEROGENIE



Quand les mots alimentent le doute,

Les rêves tisonnent l’anxiété ;

La peur éveille, et sans démériter,

Le mésaise, pour changer de route,



L’homme devient un pouilleux

Sur des chemins sans gloire :

Triste va-nu-pieds, monstre villeux

Aux méandres de banales histoires.

 

Au jour naissant, paraissent

Des saisons aux difformes profils

Musardant au nord de forteresses

Dressées au centre des villes,



De ruines envahies de lierre,

Transformés en terrains de jeu ;

De leurs fondations, les pierres

S’écroulent des murets ombrageux.

 

Le temps bedonne la cuve océane,

Balaie des frissonnantes vagues,

La lame brisée sous la tartane

Et que les crachins baguent.

 

Les semonces agitent l’incivil,

La morale en rebute le félon

Dont l’aplomb fascine le plus vil,

Le flatte la nuit, le jour, c’est selon,



Lors, vitupère le klephte imbu,

Le trompeur aux dents longues 

Narrant de ses exploits, les débuts,

De nanti enfoui sous barlongue.

 

Ni victimes, ni bourreaux, quand

Tombe le couperet… sont les mêmes,

Insatiables prédateurs mués au décan  

De tristes lunes aux soirs blêmes



D’hivers délacés du col d'alpages,

De frimas auréolant les cimes

Au faîte d'ouateux nuages…

L’auster les poudre de pluies infimes.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

lundi 23 mai 2022

MUTINES ORÉADES


MUTINES ORÉADES



Faites courir les filles du jardin de Suzhou ;

Offrez-leur des dimanches fleuris !

Loin des lumières de Quanzhou,

Naissent des amours liant la seigneurie,

De gazilles au rire affecté, tendrons

Dont les caresses lissent l’envie,

Donzelles désarmées devenues laiderons ;

Se prennent pour des nymphes, ravies

De s’aliéner aux âmes désœuvrés : nixes,

Nubiles ondines sur eaux bleutées ;

S'y épanouissent les fées que fixent

Les preux chevaliers gantés

Flattant les damoiselles grisées

En l’enclos des jouvencelles ;

Aux nuits, semblent s’en amuser...

D'autres s’offrent sur balancelle.

 *

Dansez oréade aux marches du bretteur !

Verrez pourquoi de vos pas imprécis,

Naissent d'autres buccinateurs ;

Trompettent à l’ouïe du sigisbée concis.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

dimanche 22 mai 2022

MON ESPACE



MON ESPACE


Quand mon île dévoile un sein aguicheur,

Au regard de l’amant lassé de soupirs,

Amant-océan refoulé des empires,

Agressé à l’aube de vents accrocheurs,

J’avance ébaubi en noble marcheur,

Profanant de l’écueil, la mer qui s’étire…

 

Mon île lape des péléennes sources,

L’authentique cuvée; y chante la faune

Sous la volve ; ailleurs s’abandonne

La nymphe séduite du béjaune,

Ou du barbon, s’il achève la course.

 

C'est une reine aux hanches azurées,

Douce Créole à la peau tamarin;

Les alizés lui perforent les reins,

Attouchant la flore à l'orée des forêts.

 

En l’axe où s’effeuillent les plaines,

La moite paresse du petit matin,

Ses larges cuves que l’aube atteint,

Bercent les fonds de l’onde souveraine.

 


Elle tutoie les corsaires fantasques:

Mariniers de Barbade, ou d’ailleurs ;

Ses larmes pénètrent le gouailleur

Dont la folie dupe l’altière tarasque.


Mon île sur la vague rebelle,

Se fait bélandre, sans marchands,

A la peau boucanée, couchant

Sous hunier, ou suant sous glabelle.

 

Je sais ses secrets, ses colères salées…

Sa bouche à la moue peu sage

Défie de la lointaine France, l’otage

La retenant pour toujours l'isoler…

 

Messieurs les gouvernants… laissez-la vivre !

C’est une dame, rétive... parfois ;

N’a point l'aspect de Paris aux grands froids...

Chemine lentement… j'aimerais tant la suivre !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022