MON ESPACE
Quand mon île dévoile un sein aguicheur,
Au regard de l’amant lassé de soupirs,
Amant-océan refoulé des empires,
Agressé à l’aube de vents accrocheurs,
J’avance ébaubi en noble marcheur,
Profanant de l’écueil, la mer qui s’étire…
Mon île lape des péléennes sources,
L’authentique cuvée; y chante la faune
Sous la volve ; ailleurs s’abandonne
La nymphe séduite du béjaune,
Ou du barbon, s’il achève la course.
C'est une reine aux hanches azurées,
Douce Créole à la peau tamarin;
Les alizés lui perforent les reins,
Attouchant la flore à l'orée des forêts.
En l’axe où s’effeuillent les plaines,
La moite paresse du petit matin,
Ses larges cuves que l’aube atteint,
Bercent les fonds de l’onde souveraine.
Elle tutoie les corsaires fantasques:
Mariniers de Barbade, ou d’ailleurs ;
Ses larmes pénètrent le gouailleur
Dont la folie dupe l’altière tarasque.
Mon île sur la vague rebelle,
Se fait bélandre, sans marchands,
A la peau boucanée, couchant
Sous hunier, ou suant sous glabelle.
Je sais ses secrets, ses colères salées…
Sa bouche à la moue peu sage
Défie de la lointaine France, l’otage
La retenant pour toujours l'isoler…
Messieurs les gouvernants… laissez-la vivre !
C’est une dame, rétive... parfois ;
N’a point l'aspect de Paris aux grands froids...
Chemine lentement… j'aimerais tant la suivre !
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022

