J’ai osé… je fais ma coulpe ; je dis tout :
En mes rêves éclos la femme de ma vie
Avait de l’absolu, animer chaque envie,
Et du besoin d’aimer aux béguins fourre-tout,
J’ai calmé mes ardeurs au chevet d’odalisques
Geôlières du temps passé, héroïques bignoles
Dont l’audace, si le galant somnole,
Etrangle le manant devenu fier morisque.
J’ai revu aux nuits d’encre, derrière les volets,
Les putains de Bakou, les ménesses blessées ;
Elles traînent un fardeau, sans jamais effacer
L’empreinte de l’amant rêvant de les violer.
J’ai couché en grange la camérière émue :
Naïve soubrette dont les moites jupons
Attisent la folie du damoiseau fripon,
Embrase le désir décloisonnant la mue.
Mes quinze ans portent deuil d’escobarderie,
De mensonges faciles, de contrevérités
Fardant du quotidien dont ils ont hérité,
L’excuse la plus folle en sa jobarderie.
Vois-tu ! je suis l’inutile barde, ce celtique
Trouvère dont le verbe fait scandale ;
Je tonitrue pour taire sur les dalles,
Le bruit sourd de mon pas, la glyptique
En breloque à mon cou de dandy égaré,
D’extravagant mirliflore sans le sou…
J’ai caressé des chattes les dessous,
Avant de me lasser de leur triste faré,
Leur frêle chaumière au musc suranné,
Ce boudoir où s’écaillent à l’aube,
Au jour naissant, au revers de leur robe,
D’éphémères idylles, des amours fanées.
Le temps m’a enivré, les ans m’ont grisé ;
Sous mon toit d’infortune se meurent peu à peu
Les riches souvenirs, les débits pompeux
D’une vie sans saveur se voulant remiser.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022
