MARTINIQUE... Ma douce
Tu danses sur le sable, et te joues
De l'ombre floue de palmeraies
Sertissant l'île de majestueux bijoux
Qu'enflamme l'océan aux azurites rais.
Muse bleue, tu séduis les tartanes ripant
Sur l’onde des tropiques sauvages ;
Percent au soir, tes premiers décans
Semblables_ dit-on_ au labre de coquillages,
De brèmes voilées du flux intense
De rivières, dessous l'arche étoilée
Qui en meurtrit toute la décadence :
Disharmonies d’espaces inviolés
Dont les tyrans perturbèrent jadis
Le cours, enserrant de l’Afrique,
L'âme, dont moi, Mando, sans artifices,
Nègre décoloré, pose la rythmique
D'un beau clavecin, de nobles violons
Dont l'asservisseur vil, retors,
S'empoigne, en piètre apollon
Égaré aux méandres de ce riche décor ;
L’histoire se l'approprie, cependant
Que la joie anime l'esclave mutilé
D'autocrates, de fiers dissidents
Aux lois discriminatoires, écalés
Des compromissions… monarques
En quête, dessous la canopée,
D'un bonheur ignoré de la Parque,
D'ides perlées, chues de Cassiopée.
Madinina, tu dames de l’offense,
Le mamelon ; en extraies sans mal,
L’inaltérable sève de la paissance,
Souvent ignorée de phases hiémales.
Nos pères ont chanté, nos mères, dansé
Quadrilles, mazurkas ; chaloupé
Des pirouettes, sous madras... tancées
De chaisières ; y voulaient-elles riper ?
Du jésuitisme garrotté de sophisme,
Au syncrétisme d'autochtones,
S'accroche au vieux catéchisme,
L'adepte repu d’ordalies monotones.
Martinique cuivrée, grisée de succès,
Instille en moi, l’entropique cuvée
De légendes ! y dois-je forer l’abcès,
Benoîtement, me lier à son flot incurvé,
M'arrimer en l'éveil de l'écho,
Aux hymnes, ces refrains bohèmes
Sertis de caresses me berçant illico,
Loin des métaphonies blêmes ?
Rivale que mes songes renflouent,
Mulâtresse bénie, terre enchaînée
A l’onde… sur ta peau nue, je cloue
Des baisers rivés à ma lèvre tannée
De sel marin ; l’iode en trouble pépie,
Confort d'extase ; j’eusse aimé recueillir
Tes tièdes gangues ; céans, sans répit,
Du désordre, tes larmes d’hétaïres,
Ouïr battre le cœur mugissant
De Saint-Pierre, ses miasmes laviques
Riffaudant Cyparis, jusqu’au sang,
Assujetti aux forces telluriques,
Puis….
Modeler l'ossature des spectres...
Bien-aimés, de la plume, j’absous
De vos silences, avant que de renaître,
Le mutisme ; mon encre les dissout
Des malédictions… je vous vois
Céladons, au bras de belles dames :
Capresses, dont l'audace vouvoie
Le noceur du houleux macadam,
L'affranchi délivré de la souche,
Ce lad blessé de cuistres vénaux,
De Damoclès butés, farouches,
Sur le sol profané de pontes infernaux.
Martinique, ton histoire sert d'écueil
A ma quérimonie ; t’aimerais alanguie
En ma chair écorchée ; vois mon deuil !
Dans Paris embrumé, de toi, je me languis.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021