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lundi 28 juin 2021

ECARTELEMENT

ECARTELEMENT

 

Mes envies sont un feu taclé de mille braises ;

On y voit aux jours morts, fondre l’ambition

Et qui pour mieux renaître, domptent l’ignition

De ces sommeils bridés à de rudes alèses.

 

Quand s’étoffe la peau de mes folles urgences,

S’épaissit le tissu de mes besoins stoïques ;

L’orgueil, dont l’amok, en vain se cosmétique,

Désocle de l’ego la pompeuse arrogance.

 

Des vitreuses pupilles d’hétaïres confuses,

S’animent d’évanescentes flammèches

Que respire ma peau au clair de la bobèche,

Dont la pointe retient les souffrances obtuses.

 

Ne peux de ces ardents tisons, feindre

La caloricité… mon souffle décélère

La tonique pression que souvent dilacère

L’acrotère haut-perché, et que ne peut atteindre

 

Mon double sur mesure : impudent roquet

Liant de putative bonhomie, l’accord

Qui, da capo insuffle aux nuances du corps,

Le perfide venin épandu de banquets…

Alors

 

Si mes toquades enfument le métaphraste

Dont l’offense argumente l’emphase,

Elles poncent aussi du fictif à sa base,

L’alchimique visée empoissée de contrastes.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

ARMOR José-maria de Heredia

ARMOR

José-maria de Heredia

Pour me conduire au Raz, j'avais pris à Trogor
Un berger chevelu comme un ancien Évhage ;
Et nous foulions, humant son arome sauvage,
L'âpre terre kymrique où croît le genêt d'or.

Le couchant rougissait et nous marchions encor,
Lorsque le souffle amer me fouetta le visage ;
Et l'homme, par-delà le morne paysage
Étendant un long bras, me dit : Senèz Ar-Mor !

Et je vis, me dressant sur la bruyère rose,
L'Océan qui, splendide et monstrueux, arrose
Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir ;

Et mon cœur savoura, devant l'horizon vide
Que reculait vers l'Ouest l'ombre immense du soir,
L'ivresse de l'espace et du vent intrépide.

 

José-maria de Heredia

 

INSOLVABLES COMPLAINTES


INSOLVABLES COMPLAINTES

 

Doucement, je murmure des mots

Dont la senteur enivre dès potron,

L’odalisque qui, de l’alabastron,

Puise le nard dont on oint le chrémeau.  


Calmement, je perce du regard ému,

Les plaintives coulées: translucides pleurs

De ce manant qui ici- bas, t’effleure,

Lorsque l’amour t’extorque de sa mue.


Patiemment, je calibre tes sens délateurs,

Ourlant à tes désirs de femme en devenir,

La presque assurance, et sans y parvenir,

Puisque galbée d'autres gestes dompteurs.


Fièrement, je dépote tes chagrines feintes,

Purgeant des lacrymales le protoxyde jet ;

Annihilant sans doute, tes nuisibles projets :

Ces roughs dégorgés de fastidieuses teintes…

 

Naturellement

Sans atteindre des cimes, le faîte salvateur,

Me suis en ces déviances, fait dynaste

D’un royaume peuplé d’ignobles castes…


Au confort de l’orgueil, entraîné en ces fastes,

Ma soif d’être servant de tes rires menteurs,

A couché au flanc de tes mots séducteurs,

L’inutile vacance dont s’arme l’adulateur

Pénétré de roueries ignorées d’âmes chastes.

 

Pour enfin être moi, ferai le chemin à l’envers

Des tares dont s’activent les fous et les pervers.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 27 juin 2021

LA GEÔLE DU MEPRIS

LA GEÔLE DU MEPRIS

 

As-tu, par malheur, rallongé ma trémie ?

Est-ce céans, le deuil des années enfuies,

Le pivot de ta haine, aux noires nuits,

Sa résurgente humeur, ma mie ?

 

Il n’est d’autres visées, chère Hélène,

Que le silence borné de brèves liaisons

D’amants éconduits en cette pâmoison

Emperlée de larmes souveraines !

 

En ces brumes, l’évanescent parfum

Du pulsatile trouble, peu à peu roidit

D'afflictions, nos souhaits affadis

D'estropiats aux rituels défunts

 

Donnant quittance aux frasques imputables !

La pareidolie d'amours floues vient hanter

De mes noires narcoses, la digue déportée

De fluviales crues, en nos ébats coupables.

 

Je me voulais aguerri au plus fort

De ces afflictions dénaturant l’espèce…

La vie, hélas ! en ce mal, me dépèce,

M’extirpe du long col du factice décor.


Ivre de peccavi, j’essaie_ puisque les mots

Ourlent au verbe un froncis confortable_

D’ajuster à ce style, un jargon malléable:

Slang de pisse-froid, ou babil des marmots.

 

Nos rires s'éjectent du protoxyde flux

De la tonitruance, son élan compulsif !

En Chrysippe de Soles, suis-je attractif,

Histrion hué des foules qui affluent ? 


Captif de la gent cabotinant souvent,

Me libère, ravi de l'obséquieux adage

Pris en tenaille de vagues en tangage

De l'océan chahuté des grands vents ;

 

Je fais taire les fous, les méprisés

D’ignobles infamies ; mes prétentions 

Rebroussent chemin, pour de l'érudition,

Emprunter le savoir, quoique martyrisé

 

D'anamorphes décerclées d'anneaux ;

Mes reins, savamment giclées du coït,

Aspirent des chattes en rut, la faillite

Crispée du nanan au robuste cerneau.

 

Des mâts d’artimon, au hunier grillagé,

J’escalade (quel courage est mien !)

Des galiotes, le faîte... là, en prosimien,

Je gigue de branche en branche, affligé.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

LES SAINTS DE GLACE

LES SAINTS DE GLACE

 

Dilués dans la foule où les âmes trépassent,

S’harmonisent les sons de vespérales laudes,

Le tintinnabulement de trop lourdaudes

Cloches éveillant l’avril aux saints de glace.

 

 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

 


samedi 26 juin 2021

EPHEMERES FOULURES

EPHEMERES FOULURES

 

Il pleut de froids matins sur les terres brûlées,

Au ventre du Sertao ; le sable du désert

Recouvre de la dune enfiévrée de misères,

De râles trompeurs, que l’on entend hurler

Au soir où les nomades fuient calmement

Des plaines endormies, le tellurique souffle

Montant du crénelage que le lierre camoufle,

Sertissant le buisson d’un halo l’abîmant.

 

Il pleut des brumes enserrant les collines,

D’opaques nues plissées de vents légers ;

Les cités se vêtent de nébuleuses purgées

De pluies acides, de bruines alcalines.

 

Aux aubades enivrées de senteurs,

La flore boute la faune empressée de vêler

Sur les champs parfumés, les bermes nivelées,

Et qu’emprunte au soir, l’auster viciateur.

 

Personne ne s’éveille en ces indisciplines,

Sans baguer du raffut, le désordre mutant,

Sans encerner du flou, le nimbe permutant

De la masse liquide, la brève thermocline.

 

De ces métamorphoses, au rébus qui l’entoure,

N’est rien de plus triste, de plus consternant,

Que les fous cumulets en ce jeu permanent

Où la nature étrangle ses spongieux contours.  

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 25 juin 2021

PREVEIL DE SATURNALES

PREVEIL DE SATURNALES

 

Et sur le toit du monde, aux solstices présents,

Les saisons s’enveloppent d’une mante brumée ;

Si de nos cheminées montent de moites fumées,

Les égouts de villes demeurent déliquescents.

 

Paris, ce grand dortoir où s’agitent les nixes,

Aux journées empuanties de vapeurs viciées,

S’éveillent de contadines fresques appréciées

De l’esthète qui, en l’aurore, se fixe.

 

Aux nuits blêmes, éclatent des feux de bengale

Déversés sur la Seine… en fugaces éclairs ;

S’envolent les miasmes au petit matin clair

De cette féérie obombrée des fagales.

 

Macrobe nous a offert du flou calendaire,

Ces belles esquisses, ces croques parfumés

Soignant de leur mythe...  fier de l’assumer,

Les riches greffons loués du récipiendaire.

 

De Samain aux banquets de Potlatch, l’ivresse,

La munificence, prisées de vestales, du trépied

Du lourd sybaritisme, ont fait perdre pied

Aux gardes d’aerarium saturni, et qu’oppresse

Diane vénérée en l’enclos d’impudiques déesses,

Et que l’ascète amène ne cesse d’épier…

 

Libre, l’esclave peut tonitruer sans mal,

Au nord de l’atrium de la villa Romana : _

Ne suis plus l’îlote narguant du résidanat,

Aux versatiles ides, la cuvée extrémale,

 

Quand fouet et cirque du Colisée tancent

Le sujet anamorphe aux yeux du sénat !

Serais plutôt de ceux qui du fier mécénat

Espère subsides... imprégné de constance.

 

D’Angerona, la tutélaire d’Augustus le tyran,

Ou de l’icône adulée de Dioclétien, l’impur,

Au mois d’Inuarius, aux saturnales épurent

De l’idolâtre, de vexatoires feintes, qu’endurent

Les abbesses blessées, éjectées de leurs rangs.

 

De ce Sol Invictus, dont Mithra se pommade,

Les Catholiques ont fait un noël de surface,

Crachant sur La Divinité Jésus, en face,

Comme hier, à La Croix, les zélateurs maussades.

 

Rome a éventré la foi du Chrétien sans attache ;

Devenu mariolâtre de catéchuménat, succombe,

Avant que de sombrer au noir de catacombes,

Mué en flagorneur …  Vois Dieu ces noceurs lâches !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021