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jeudi 24 juin 2021

ILS…

ILS

 

Sur le trottoir d’en-face, se côtoient deux profils

Altiers, souverains : deux lignes retouchées

D’amants en fuite… émus, effarouchés

Décontenancés des huées de la ville,

Des rumeurs empruntées aux êtres incivils

Confus en la vindicte les ayant mouchés.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021


FANTAISISTE CONTRASTE

FANTAISISTE CONTRASTE 

 

Porter à bout de bras le fardeau du malheur,

Quand d’autres se défont du poids de l’existence ;

Mordre à même la peau, au fruit de l’ignorance,

Compressent le sujet emmailloté de peurs…

Il est en ces désordre, seule issue possible :

L’amour, le seul… celui dont on hérite, confiant

A s'en repaître, et pour ragaillardir le déviant

Froufrouté de nibes : breloques accessibles

Au languide sevré de la polymorphie,

Ce minet pommadé et sans âme : cornecul

D’un théâtre où Feydeau aurait jadis vécu

Sans pincer de Lully la vraie chorégraphie.

 *

Bercée de vents contraires, ma plume se délecte

De ce fard emprunté aux biches d’estaminets ;

Elle s’amuse à défaire du vieil illuminé,

La faconde meurtrie d'un blafard idiolecte.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

INAVOUABLES FÊLURES

INAVOUABLES FÊLURES

 

Je n’ai jamais dormi sur la peau de sa peau,

Ni couché mes envies au creux de ses reins chauds ;

Je ne sais plus, si en berne, le drapeau

Confirme sa présence sur les grands maréchaux.

 

J’aimerais délacer ses fragiles dentelles, émousser

De ses sens, avant de l’assagir, les fatales lubies,

Les contrevérités la pouvant courroucer,

Les rêves perturbés, à jamais ébaubis.

 

Je n’ai jamais posé en froids conciliabules,

A l’heure des confessions blêmes, aveux

Distordus, fantasmes échoués : préambule

De Disclosure, impudents désaveux.

 

J’aurais pu m’étendre au pied de son lit, caresser

De son soyeux duvet , du satin de rayonne,

La pilosité dressée au col pubien, embrasser

De son galbe que mes envies crayonnent,

Les ductiles ridules aux sons brefs qui rayonnent

De sa chaude fourrure, les spires agressées

De lascifs geignements que l’envie contorsionne.

 

En mes soifs solitaires de pauvre niquedouille,

J’emprunte la mesure de brèves alternances,

En dérivant parfois en trivial arsouille,

Au nord de ce remords qu’effeuille l’abstinence.

 

Quand j’aurai décrispé de la soif butée

L’éphémère pépie, conscient de la manœuvre,

De mainmise, ajusterai, et sans la rebuter,

A sa chair ignifuge, le confort en cette œuvre

Dont l’audace fait ristourne, sans s’y arc-bouter,

Les cicatricules de sa mue de couleuvre.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mercredi 23 juin 2021

PIEGES A LOUPS

PIEGES A LOUPS

 

Il y a tant de loups arpentant nos artères,

Nos boulevards ; y fuitent des profils ;

Faites-taire aux saisons qui défilent,

Les sinistres kaisers au verbe délétère !

 

En tenue d’apparat, en cénacles,

Toge de podestat, ils haranguent la foule, 

Séduisent la plèbe, puis blackboulent

Avant de s’accrocher au faîte du pinacle.

 

Chaque jour, s’y pressent les brebis

Déparquées : innocentes victimes

De prédateurs dont la pensée intime

Soumission... laissez hurler ces chacals ébaubis !

 

A chaque jour, sa peine ; s’éventent les heures,

S’émoussent les secondes ; point du cosmos,

Le sommeil hibernal ; les cycles le désossent...

La mort fait son entrée, encernée de douleurs.

 

 

Le loup face à l’agneau n’a de sa superbe,

Qu’un haillon griffé de lassitude...

Aimerait jouir sous d’autres latitudes,

Du confort du laurier en gerbe

 

Dont César couronne l’aura manifeste...

Le temps est assassin en ces rondes

Où la plume amplifie de l’altière faconde,

Le préambule du douteux palimpseste.

 

N’ai, du dithyrambe puisé quintessence,

Chargé de veiller chaque jour sans relâche

Sur le trésor de la métaphore ; suis-je lâche

Devenu, sans de l’élogieux, attiser éloquence ?


Me suis laissé mordre du porphyre,

Riflé du lierre pendouillant du lazzi,

Pour devenir loin de vos hérésies,

Rhapsode, scholiaste, dont zéphyr

 

Souffle à l’aube, de dociles variantes...

Je chemine joyeux, loin des loups

Du Paris d’Hugo, dont le regard jaloux

Étrille de la bonhomie, la folie subjacente.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

IMAGINAIRE D’EMPRUNT

IMAGINAIRE D’EMPRUNT

 

Je pense aux voyages que nous aurions dû faire,

Ces pérégrinations en musarde tranquille,

Tous ces rêves posés au faîte des jonquilles,

Et que l’ivresse cloue aux ombres alifères.

 

Il m’arrive en ces flous, de revoir le beau lac

Où nos profils caressent de l’onde reposée,

Les chatoyants reflets s’y voulant déposer,

Avant que de sombrer en la cuve héliaque.

 

Je m’imagine, enivré de songeries précoces,

Un jardin ouvert au pied de la butte…

Frasel serait un nid où lentement permutent

Aux doux vents de l’avril, les aigrettes buglosses.

 

Je pense à ces matins entoilés de brouillards,

Ces froides nitescences de l’automne venteux ;

Sous cape d’agneline, en un sabir douteux,

Avions, toi et moi, aux feintes de l’égrillard,

 

Accentué du slang, toute l’immodestie…

Que ne l’aurions-nous tu ! s’en faut-il prémunir,

En l’absence, quand s’y semblent alunir

Les farouches amants que l’oubli contredit !?...  

 

Meurtris à contre-champs de vierges bohèmes,

Ecrasés de fades prétentions, mes calandres

S’offusquent du lustrage de pièces à distendre :

Ce riche canevas défait, en l’aube blême,

Aux larmes entretissées d’empyème :

Purulentes mues roulées à pierre fendre.

 

Il est en ces résipiscences_ QUIS CONCLUSIT ?

Une précieuse image à jamais retouchée

De profane menotte_ aquatinte couchée

Au marbre de caducée, empreinte calcite.

 

En ma mémoire poudrée de nostalgie :

J’ai aimé sans connaître l’amour, le vrai…

Griffé des turbulences de l’immonde ivraie,

Ai vu naître la macle au levant qui surgit.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

mardi 22 juin 2021

FORMOL DE L’IMPOSSIBLE

FORMOL DE L’IMPOSSIBLE

 

De victoires en défaites : impossibles couplages,

S’aliènent nos libertés… les dantesques offices

Ont bridé du désir d’exister, le précieux orifice ;

Qu’il nous soit donné, abrités du remplage,

De faire taire les fous, de museler les chiens

Qui promènent aux ides le confort du paraître,

Epiant _ l’œil goguenard, derrière la fenêtre,

La misère taillée d’ignobles cabochiens !

 

De brèves, en contrevérités, repus d’anathèmes,

Cosmétiquions l’affect de pérambulation,

Mutées de ces voyages où, grisés de passions,

Offrions au silence, écho de sémantème.

 

En nos tares, nos guenilles de cancre,

S’interfèrent des ondes aliquotes : justes mesures

Dont Euclide civilise_ semble-t-il, à l’usure,

Le bref écornage… dont Pythagore échancre

La sérendipité, avant_ hélas ! de jeter l’ancre

En de houleuses masses moulées de conjectures,

Hissant à son pinacle, la noble sertissure :

Princière logique d’un calcul défait d’encre.

 

De nuits blanches, en comas d’hypersomnie,

S’allongent de l’onirisme, l’étroit conceptacle

Du procréatif, la gaine étrécie du spiracle

Privé d’appariement… confus en ces dénis.

 

Se pouvait-il que : monarques en ces réserves,

Nous fissions montre hier, de déshérences ?

L’absence nous a fait intestats ; j’en tance

L’insolvabilité d’une fougueuse verve !!!

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

SPLEEN : Charles BAUDELAIRE

SPLEEN :  Charles BAUDELAIRE

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.



Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.


Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.


Charles Baudelaire