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mardi 22 juin 2021

ANTILOGIE DE CUISTRE

ANTILOGIE DE CUISTRE

 

Allumer aux manèges des flammèches,

Au matin se vêtant de fragrances nouvelles,

Pour ensuite en moucher le cordon de bobèche,

Rassure l’héritier confirmant la vervelle.

 

Confondre le pédant noblement maniéré,

Le syntacticien d’un cénacle de sages,

Pour encenser son style prétendu modéré,

Est aberration de grammatiste d’adages.

 

Débaucher la novice d’un couvent de carmel :

Clarisse de béguinage aux oscillants vœux,

Pour enfin l’encloîtrer d’observances formelles,

Dévoile l’endiablé… ce rigaudon verveux.

 

Pour ne jamais _ de pompeuses pratiques,

M’asservir, moi l’audacieux librettiste

De riches cavatines, ai de vos encycliques,

Vomi à même table, le jeu du syncrétiste.  

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

lundi 21 juin 2021

PAPILLON DE NUIT

PAPILLON DE NUIT

 

Tu traverses les nuits, avant de te poser

Au creux du jour nouveau, battu, écartelé ;

Ta soif de posséder, ton besoin de gruger,

 

Font encor preuves, aux premières rosées,

Du feu dont tu attises, entre les barbelés,

Les corrodantes braises, l’éclat ignifugé.

 

Tu séduis le tendron juste purgé du lait,

La rosière éthérée, sans réelle constance ;

Elles auraient de ton charme empaler

L’agrément dont tu fais insistance.

 

Si ton soleil est noir, ta lune n’est que décan,

Sache taire la hargne dont tu t’auréoles !

Il y a sous ta peau le souffle d’un volcan

Que peu à peu active le pernicieux Eole.

 

Va, et meurs en l’absence des matins engainés

De brumes, de nuages : ténébreuses suées

Perlées au front des sorgues mort-nées

Achevant en ce mal d’insoutenables huées !

  

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

PROFITONS…

PROFITONS

 

Profitons de ces heures propices au rêve,

Quand de l’arbre monte encor la sève ;

Faisons, toi et moi, en de vexantes brèves,

Se gausser la plèbe assoupie en sa trêve.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

DESUETES CONFIDENCES

DESUETES CONFIDENCES

 

En buvant à la source des premières folies,

Avions du temps passé, retouché l’esquisse :

Sublime aquarelle dont hélas ! _ se délient

Les pigmentaires teintes profanées de l’éclisse.

 

Avions l’insouciance des candides pupos,

L’arrogance dont se vêt la jeunesse

Déliée des décrétales chartes qu’en suppôts,

Les caciques inoculent à l’âme en détresse.

 

Des poussiéreux greniers, aux caves ensuiffées,

Respirions d’inutiles brimborions d’armoirie,

Les sénescentes traces ; ces moulures griffées

Vexées de nous voir… d’y penser… j’en ris !

Entrelacés, confiants en la badine, qu’ahuri,

Le béjaune imagine en ses rêves défaits…

 

Le plaisir volontaire auquel on s’accotait,

Avait le goût des jeux interdits, des secrets

Dévoilés en plein jour, savamment chuchotés

D’amants en devenir, en l’étrange… encrés.

 

Rétentives, par devoir… volubiles, par choix,

Mes lèvres baguaient de l’ensellure pleine,

Tes reins en tenailles… quand l’ivresse échoie

D'aléas supplantant la cambrure des reines.

 

A l’horloge des clairs frissons, cognaient

De ferme assurance, d’imprécises secondes

Rythmées en la toquade de mimes soignés :

Contradictoire tissure que le vice émonde.

 

De ta moite balèvre, fusaient des fontaines

Sur le cuir de mon corps immature ;

De jouissives pauses clouaient à ces fredaines,

Un pilori contrefaisant la factice voilure.

 

J’avais, en solitaire, navigué sur le flot

D’ondes masturbatoires, sans consommer

Du froid accouplement, en triste gourdiflot,

Les tumultueuses vagues… et sans m’y arrimer.

 

Je rêvais de nymphes à l’aguichant pubis :

Glissantes sirènes dont l’hymen fait invite,

Et qu’en un soir flouté, à l’écho de l’abysse,

Les mâles retiennent au doux rets qui lévite.

 

Voilà que sur la mousse de ta toison,

Pulsait de ma peau taraudée de chimères,

Langoureux sursauts, et remous à foison :

Ondulatoires séismes de luttes éphémères !

 

Comme elles semblaient loin, très, très loin,

Les putains d’Irlande, les gaupes de Montserrat ;

J’avais par devers moi, et sans serrer les poings,

Décocher sur l’archère (qui m'en déclassera ?)

D’aciculaires flèches… saurai en prendre soin,

Quand au petit matin, fixé au drosera,

L’oubli liera de la nubilité, en l’aube qui point,

L’innocence… la honte ici, sans mal, éclora.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

dimanche 20 juin 2021

CE QUI DURE René-François Sully Prudhomme


CE QUI DURE

René-François Sully Prudhomme

Le présent se fait vide et triste,
Ô mon amie, autour de nous ;
Combien peu de passé subsiste !
Et ceux qui restent changent tous.

Nous ne voyons plus sans envie
Les yeux de vingt ans resplendir,
Et combien sont déjà sans vie
Des yeux qui nous ont vus grandir !

Que de jeunesse emporte l'heure,
Qui n'en rapporte jamais rien !
Pourtant quelque chose demeure :
Je t'aime avec mon cœur ancien,

Mon vrai cœur, celui qui s'attache
Et souffre depuis qu'il est né,
Mon cœur d'enfant, le cœur sans tache
Que ma mère m'avait donné ;

Ce cœur où plus rien ne pénètre,
D'où plus rien désormais ne sort ;
Je t'aime avec ce que mon être
A de plus fort contre la mort ;

Et, s'il peut braver la mort même,
Si le meilleur de l'homme est tel
Que rien n'en périsse, je t'aime
Avec ce que j'ai d'immortel.

 René-François Sully Prudhomme

A L’ADRET DE MA FOI

A L’ADRET DE MA FOI

 

Puisqu’il n’y a de l’amour,

Au son qui l’accompagne

Au point du petit jour,

En l’éveil de campagne,

Aucune issue possible,

J’aimerais retenir de la haute cocagne,

Chaque jour, à mes châteaux d’Espagne,

L’illusoire clampé aux joutes risibles !

 

Puisqu’il n’y a de la séduction,

Aux rites qui l’encartent

Quand s’enflent les prétentions,

Nulle feinte en ces cartes

Jetées sur le tapis, et qu’essartent

Les lois du cérémoniel,

Les conventicules fades, artificiels 

De grasses coutumes de rétention,

 

Je me dois de livrer aux tatillonnes clauses,

L’oukase pénétré de modulables règles,

De par ces protocoles ajustés aux causes :

Férules injectées souvent à fortes doses…

 


Puisqu’il n’y a en la fin du voyage,

Pas de repos qui vaille sacrifice,

Yeux levés au Ciel, je m’engage

A offrir corps et âme au Fils :

Le Christ-Rédempteur_ sans artifices,

Ma foi, mon cœur, en témoignages ;

Fier d’être Chrétien, quand darde le supplice

De la tentation… mon esprit n’a point d’âge.

 

Je resterai, quand faneront les ombres_

Héritier de L’Eden de mon devenir…

S’il est de vos orages, des volutes trop sombres,

Saurai sans mal_ c’est vrai ! _ céans, m’en prémunir !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

samedi 19 juin 2021

PRECIEUSE BOUCLE

PRECIEUSE BOUCLE

 

Mon île est une fenêtre ouverte sur les eaux :

Les eaux bleues d’Amérique reflétant en un soir,

Les étoiles superbes du précieux ostensoir

De l’onde magnifiée de l’élégant fuseau

Qu’est la mer des Antilles : immense corridor

Où se perdent les vagues de lointains cyclones,

Cylindre dont la lame écume, puis abandonne

Le spumeux ressac, quand la rive s’endort.

 

Mon île est un oiseau aux ailes déployées

Aux vents tièdes d’avril, aux premières marées ;

S’y abandonnent les flux éjectés des marais

Et qu’enserrent les rus s’y venant louvoyer.

 

Aux grasses saucées de somnolentes nuits,

Chahutant sur la proue des galiotes perdues,

Les lucioles projettent des reflets ardus

Que percent les rayons d’inusables conduits.

 

L’on perçoit à deux lieues des mortes-fontaines,

Le roulis de la bâille éclatée sous la nappe…

Le bruissement d’étranges clapotis encape

Peu à peu, du silence, l’épaisse tiretaine.

 

Mon île, cette oasis sise au ventre des terres,

Allume des cortèges de princières flammèches ;

Son bedon alimente du chenal qui s’assèche,

Le longiligne estuaire, le support acrotère.

 

Couleurs mordorées, chatoyantes livrées

Se viennent poser au revers de sa mue,

Avant que d’éclater en nos larmes émues,

Quand la Pélée poudroie son armure cuivrée.

 

Je la vois comme un livre d’images, bestiaire

Où la faune, de guingois, pénètre ses forêts ;

Aux rires confondus, semblent s’y perforer

La molle retenue de lunes altières…

 

Son passé voudrait et la nuit et le jour, hanter

De lourds poncifs ma mémoire captive

De souvenirs écurés de ces pompes actives,

En l’historiographie trop souvent supplantée

 

De censeurs maniérés (ou fantasques), ces sages

Bedonnants et grincheux, en parade parfois

Sous la nef de chapelles fardées… sans foi,

Ces aristarques: fins métaphrastes, encagent

 

D’inutiles contraintes la beauté de l’atoll posé

En diadème sur l’océan marbré : unique

Joyau clair, chaste tiare des tropiques,

Miroitant sous la nue… ô belle Martinique,

Capresse de mes désirs d’amant nu sous la crique

Où ma peau métissée s'y vient reposer_

 

Dompte ma volonté de capricieux corsaire

Te voulant déparer de tes plus beaux atours !

Gifle de mon profil, jusqu’à son flou contour,

Les arrogants stigmates du regard insincère !

 

Que j’aie, au son de la mitraille, le temps d’aimer,

Ecorché de houleuses contraintes, percé sans autre,

De la juste pointe de ton accent… le nôtre (!?) …

J’eus souhaité renaître sous ta peau animée.

 

Splendide quarteronne, tu nargues l’incivil :

Potentat pugnace, voire ténébreux, ce mâle,

Rogue cruel lié aux soufflées hiémales,

Encavé en l’ossuaire d’un ministre servile.

 

Martinique, maritime compagne, saline berme

Empruntée de pas éthérés, je pose à ton cou,

De biens nobles baisers, pour du blessant licou,

Détresser la penaille… enfin y mettre terme !  

   

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021