PRECIEUSE BOUCLE
Mon île est une fenêtre ouverte sur les eaux :
Les eaux bleues d’Amérique reflétant en un soir,
Les étoiles superbes du précieux ostensoir
De l’onde magnifiée de l’élégant fuseau
Qu’est la mer des Antilles : immense corridor
Où se perdent les vagues de lointains cyclones,
Cylindre dont la lame écume, puis abandonne
Le spumeux ressac, quand la rive s’endort.
Mon île est un oiseau aux ailes déployées
Aux vents tièdes d’avril, aux premières marées ;
S’y abandonnent les flux éjectés des marais
Et qu’enserrent les rus s’y venant louvoyer.
Aux grasses saucées de somnolentes nuits,
Chahutant sur la proue des galiotes perdues,
Les lucioles projettent des reflets ardus
Que percent les rayons d’inusables conduits.
L’on perçoit à deux lieues des mortes-fontaines,
Le roulis de la bâille éclatée sous la nappe…
Le bruissement d’étranges clapotis encape
Peu à peu, du silence, l’épaisse tiretaine.
Mon île, cette oasis sise au ventre des terres,
Allume des cortèges de princières flammèches ;
Son bedon alimente du chenal qui s’assèche,
Le longiligne estuaire, le support acrotère.
Couleurs mordorées, chatoyantes livrées
Se viennent poser au revers de sa mue,
Avant que d’éclater en nos larmes émues,
Quand la Pélée poudroie son armure cuivrée.
Je la vois comme un livre d’images, bestiaire
Où la faune, de guingois, pénètre ses forêts ;
Aux rires confondus, semblent s’y perforer
La molle retenue de lunes altières…
Son passé voudrait et la nuit et le jour, hanter
De lourds poncifs ma mémoire captive
De souvenirs écurés de ces pompes actives,
En l’historiographie trop souvent supplantée
De censeurs maniérés (ou fantasques), ces sages
Bedonnants et grincheux, en parade parfois
Sous la nef de chapelles fardées… sans foi,
Ces aristarques: fins métaphrastes, encagent
D’inutiles contraintes la beauté de l’atoll posé
En diadème sur l’océan marbré : unique
Joyau clair, chaste tiare des tropiques,
Miroitant sous la nue… ô belle Martinique,
Capresse de mes désirs d’amant nu sous la crique
Où ma peau métissée s'y vient reposer_
Dompte ma volonté de capricieux corsaire
Te voulant déparer de tes plus beaux atours !
Gifle de mon profil, jusqu’à son flou contour,
Les arrogants stigmates du regard insincère !
Que j’aie, au son de la mitraille, le temps d’aimer,
Ecorché de houleuses contraintes, percé sans autre,
De la juste pointe de ton accent… le nôtre (!?) …
J’eus souhaité renaître sous ta peau animée.
Splendide quarteronne, tu nargues l’incivil :
Potentat pugnace, voire ténébreux, ce mâle,
Rogue cruel lié aux soufflées hiémales,
Encavé en l’ossuaire d’un ministre servile.
Martinique, maritime compagne, saline berme
Empruntée de pas éthérés, je pose à ton cou,
De biens nobles baisers, pour du blessant licou,
Détresser la penaille… enfin y mettre terme !
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021