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samedi 8 mai 2021

BOULEVARD IN POETAS* Boulevard des poètes

BOULEVARD IN POETAS*

Boulevard des poètes

 

Je longe aux aurores, pour rejoindre la nue,

L’imposant boulevard où marche le poète...

Solitaire, blessé, contrit, jouxtant l’avenue ;

S’y anime la rue, ivre de soirs de fête ;

Reste, en ces errances, unique ménestrel,

Seul trouvère dévoilant des censives,

La hideuse façade survolée du pétrel:

Large frontispice à deux lieues des rives…

Lorsque point matin, en ces dépendances,

S’activent les servants de la riche noblesse,

Les premiers mots d’amour subissent l’évidence

Du fastueux renouveau enchâssé d’allégresse.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

ME DELECTAT* J’aime

ME DELECTAT*

J’aime

 

J’aime de la romance, aux nuits d’encre,

Caresser la musarde, voir courir au matin,

Quand l’ordalie tance le théatin,

Les automnales brumes, ce flou ; et que s’ancre

 

La yole chahutée des vents, le steamer

Délogé des souveraines vagues, le cargo

Retenu au cordage, puni, sous embargo,

Et que danse la lame sous les cristaux de mer.

 

J’aime de la prosopopée, aux fables de Mikhalkov

Ouïr au point du jour, l’actif grésillement…

Se peut-il, en ce rythme, et sans clabaudement,

Que les rêves comblassent les secrets d’alcôve !?

 

J’écale des permanences, en de douteux accords,

Sans en vitrioler l’idoine, l’adéquat engrenage ;

J’aime à ces farces pleines, sans ménage,

Armer le bras vainqueur de l’ambigu record

 

Saboulé de la noble gent, d’esthètes clivés

Au confort de la juste mesure : ces dandys,

Fades damoiseaux larvés, peu hardis…

Et ce n’est que litote (…) peu à peu, dérivés

 

De la grasse pochade, où se gaussent encor,

Les pontifiants marquis de scélérates cours :

Replets amants de douairières, au discours

Emphatique, pour le moins, prises au décor

 

De carricatures éventrées, écernées… vides,

Dopées de conjectures… j’aime à les rabrouer,

Pincer de leur molle faconde, ce style ajouré,

La pédance floutée, entenaillée de rides.

 

J’aime pisser sur les bords de la Seine, faire

Gicler l’effronterie mienne, en sifflant, heureux

Du mécanisme des désolations… peureux,

En ces désordres(?) … que nenni ! l’affaire,

 

Bien souvent en vaut la chandelle… petit…

Trop, peut-être_ me faufile entre le gigantal

Et l’abstrait, irradié d’épistoles décrétales,

Que j’éructe _ bien sûr ! pour lier l’abruti.

 

J’aime un corps posé sur la barlongue,

Baigné de vespérales suées de transition ;

Celle qui s'en offense, en attise pression,

Pour de l’anhydre, en la berme oblongue,

 

Ajuster les bordures… à l’épaisse fourrure

De sa toison crêpée, ce duvet appréciable,

Mes mains domptent des plaintes inavouables,

La chaleur de l’hymen gonflé sous la voilure

 

De ce pubis en feu, et qu’apaise ma soif écurée

De l’étrange manœuvre : inviolable percée

Dont mes doigts alimentent la paroi gercée,

Dont ma bouche espère, et sans la triturer,

 

L’exacte profondeur, la rude dévissée, ce col

Mis à mal par ma rage butée… l’enfonçure

D’empreintes coïtales, déflorant la tonsure ;

Sa rose effilure éveille lorsque je m’y accole,

 

L’ithyphallique pieu dressé avec ardeur

Au centre de la plaie dont les cuisses attisent

Les sulfureuses braises, en l’insert, qu’enlisent

Les flottants geignements combinés de douleur.

 

J’aime de la chair griffée de résurgence,

Attoucher du cylindre, la permissivité…

Si ma peau en confesse, en l’agressivité,

La permutation, je veux, sans manigances,

 

De lèvres rassurées, dire sans rhétorique : _

Me manque, en ces désordres, d’assujettir

A la mienne constance, quitte à en pâtir,

De l’indocile polymorphie, la sagesse cyclique !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

vendredi 7 mai 2021

LA LOIRE

LA LOIRE

 

La Loire est un bassin, c’est le plus grand,

Plus imposant de France… c’est un chemin

Où nagent les ajoncs, l’arbustive, au torrent

Du mont Gerbier-des joncs ; le gallo-Romain

 

Ignore, de l’Ardèche, au centre de Briare,

La beauté des chemins fleuris en Atlantique,

La douceur des matins dénudés du phare,

L’ostéone pâleur des sentes abiotiques. 

 

Torrentueuse, ondule aux vents d’avril,

Courbée sous le saule des berges étrécies ;

On la voit au détour d’Ancenis, peu fébrile

Aux grands froids empruntant raccourcis.

 

Du lac-barrage de Grangent, au nord de Vorey,

S’allument les flammèches de liesses volontaires ;

S’entortillent parfois, les humeurs moirées

De son drapé fluvial, ses pans bardés des terres.

 

De Ponts-de-Cé, au nord de Saint-Herblain,

La Loire se joue des vents nouveaux, s’amuse

Entre les berges nues qui, de l’Abbevillien,

Exploitent la richesse de biface… sans muse.

 

Parfois, Roanne se gorge de l’abondant flux

Coulant entre les reins de sa superbe mue ;

Que n’aurais-je donné, pour de son superflu,

Aspirer abondance, bouleversé… ému !

 

La Loire, ce long estuaire au solide chenal,

Ravive des flots clairs, la baille diluée

Dont s’offensent la plaine, la tortille banale,

Griffées du vert hallier, par le noroît… huées.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

TUNIDES VIGILIARUM SIBI EXCOGITATORIS* Insomniaque penseur



TUNIDES VIGILIARUM 

SIBI EXCOGITATORIS*

Insomniaque penseur

 

 Je vois courir les ombres écarlates

Sur la peau du bitume endormi ;

Y dégringolent, en piètres automates,

Les songes creux d’atones anémies.

 

Avancent d’indiscrètes silhouettes,

Martelant du sol, les bordures crantées ;

S’y écroulent d’étranges pirouettes,

Des clapotis de bruines égouttées.


S'en dégorgent de fétides relents :

Reflux de cloaques dissous en l’aurore ;

Lors, le pestilentiel vicie, en polluant,

Le bel azur que zéphyr évapore.

 

En cet éveil rythmé de soubresauts,

Percera, entre mon double et moi,

Un pont bancal flattant du sursaut,

L'oblongue passerelle, ce tunnel Angoumois...

 

Danse la bourgeoise, quand point matin ;

S'y laisse ravir de tendres lovelaces,

Arborant l'iris solaçant du satin,

L’éclat dont la peau garde trace.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

jeudi 6 mai 2021

EXAUDI ME* Répondez-moi

EXAUDI ME*

Répondez-moi

 

Ai-je de mes quinze ans, illusionné,

Rongé du mensonge des miens,

Muselé la faconde, et en prosimien

Attelé à la branche, bâtonné,

Nos silhouettes, lacéré nos profils

D’adolescents hardis, immatures,

En l’aube, quand nous torturent

Sans mal, les ans qui défilent

Pour avilir, sans vergogne l’espèce ?

A-t-on raison des princières larmes

Roulant au mafflu, sans charme,

Torturées de l’horrible détresse

Enlisant le sujet pétri de maladresses,

Retenu au filin de son double sans arme,

Offensé, blessé, en quête de tendresse ?

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021

Les yeux d'Elsa Aragon

Les yeux d'Elsa Aragon

 

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le cœur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa.

 

Louis ARAGON

SUPER… * Au fil de…

SUPER… *

Au fil de

 

Au fil de l’eau, s’allongent les roulis ;

Au fil de ma mémoire, s’interfèrent

Chaque son, qu’éveille le courlis :

Musique que l’oubli ne peut taire.

 

Au fil des jours pluvieux, s’évapore le rêve,

Se dissipent les songes désaccordés ;

Demeure, parfois, en d’inutiles trêves,

L’opaque frustration s’en venant déborder.

 

Au fils d’amours confuses, s’amplifient,

Le désordre, l’angoisse du lendemain ;

Surnagent les passions faisant fi

Du fatum accolé au pénible chemin

 

Dressé, au fil des souvenirs, au parcours

De ces êtres sevrés de liberté, ces îlotes

Sanglés de guenilles, méprisés de la cour,

Mais riches en l’affect mué en asymptote.

 

Au fil de l’écriture, s’entrelacent des mots

Pénétrés d’arrogance, de sophisme glacé ;

Ils ont su traverser, en ébauche d’émaux,

La froide lumière qu’encloue la resucée.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021