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mercredi 18 novembre 2020

UT LACRIMAE*

 

UT LACRIMAE*

Comme une déchirure

 

Comme la déchirure, ton silence pénètre

Le long corridor de ma déconvenue ;

Tes yeux noyés de larmes, sans s’y soumettre,

Invectivent mon dépit, afin de mettre à nue,

L’amertume pavant du mécompte, à tort,

L’insuccès prorogé du datum de géodésique,

Dont l’espace alimente, en mon factieux sort,

Les diffus entrelacs, la concise mnésique.   

 

Telle la déchirure, ta froideur m’isole

Du lieu où tu musardes sans siège ;

Jadis, aux nuits désenchantées, la geôle

De nos amours bâillait hors du piège

 

Tendu de damoiseaux envieux, délétères,

Rivés à la barlongue du vice en devenir ;

Dire que ces daguets, tristes hères,

Ces béjaunes, sont sevrés de désirs !  

Comme eux, aux  frénésies lupines,

Nous donnions, perclus, sous tétanie

D’actes inaboutis, d’incisives épines

A l’insatiable chair, l’arithmomanie ;

D'idéatives lubies t’éloignent de moi…

Mon canal obvié de l’estuaire des mots,

Ronfle des borborygmes dont l’émoi

Contrefait tous les souhaits optimaux ;

Ma bouche en dompte les accords gémeaux ;

Là, regard vide, mon double y larmoie,

Puis, s’accommode des miasmes d'émaux…

 


Comme la déchirure voilant sa béance,

Ma vie se vide au seuil de ta folie ;

J’y vois poindre, en des soleils intenses,

La sépia d’un temps semble t-il, aboli,

J'évoque, pour ne plus m'entremettre,

Les heures, les secondes fluctuées

De l’horloge d’ides, de cycles à renaître,

Purgées de la clepsydre voulant tuer

De notre devenir, les possibles besoins

L'humeur en assassine la réminiscence

Éjectée de ressouvenance, au spleen oint

De mélancoliques fièvres, dont l’expectance

Attise l’impatient, et sans en prendre soin,

Tisonne l’indocile, ce fat sans consistance.

 


Seul, au bûcher des lazzarones,

Dans la nuit aboutie, triste, je m’époumone : _

Apprends-moi, aux orages qui tonnent,

A emplir de ma peau, les structures atones !

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mardi 17 novembre 2020

DUOS FILIOS*

 

DUOS FILIOS*

Il y avait deux enfants

 

Deux enfants s’endormaient dans la neige,

Deux corps roidis au souffle des grands froids ;

En guenilles, cherchaient dans le noroît,

La lumière inondant l’atmosphère grège.  

 

La guerre avait brisé cette aura féerique

Réclamée, pour les mieux surprendre,

De gamins déchirés, regard de cendre ;

Le bruit du canon fut la seule musique

Pénétrant leurs songes chimériques

Peuplant, comme pour la distendre,

La moiteur des berges aréiques.

 

Roulaient de leurs yeux, d'un influx limpide,

Des larmes en cascade, des pleurs décolorés,

Perlés en longs rideaux sur la joue perforée

D'intenses émotions ondulées en rides.

 

Pliés sous la congère, leurs membres gelés

Tétanisaient de l'enflure, les vaisseaux

Éclatés… dégorgés entre les os,

Où l’énergie sanguine s’y veut isoler.

 


La guerre, cet abcès qui perdure, est un feu

Mal éteint, dont les braises s’éveillent

Au moindre courant d’air… s’en émerveille,

Le reître sans avenir, crispé en l’air suiffeux.

 

Il y avait deux enfants encagés de frayeur,

Deux profils avachis sur la lande enneigée ;

La mort les recouvrait d’un pan ennuagé

Posé sans retenue, au cœur de la terreur.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

lundi 16 novembre 2020

SUPER LIMEN*

 

SUPER LIMEN*

Sur le pas de ta porte

 

Je t’aime Laura, et sans mal, te le prouve ;

Ne me laisse souffrir sur le pas de ta porte ;

Entends siffler les vents ! Il faut que tu m’ouvres,

Avant que la colère d’Eole ne m’emporte !

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

 

dimanche 15 novembre 2020

MILITIBUS MARI

 

MILITIBUS MARI*

Soldats de mer

 

Je le sais ! Les marins qui s’en vont

Braver de l’océan, les tumultueuses vagues,

Emplissent aux tempêtes les solides madragues

Drainées le long des côtes, de fiers Esclavons…

 

Je connais les braves nautoniers, qui au soir,

Défient le long cortège de bonites en fraie ;

Je les vois sur l’onde démontée, qu’effraient

Vents salés et cyclones soulevés du fossoir

 

Binant de la cuvette, les vieillissantes algues

Figées en entrelacs sous la roche captive

Du reflux de la masse salée… attentives,

Faune et flore marines isolées, qu’élague

 

Le tangon, se cachent de la baille vaincue

De sourdes tempêtes, crachins et déferlantes ;

La mer, de l’écume des flots, aux spumescentes  

Lames, avale les cristaux, puis, en évacue

 

La lie dissoute de lointaines marées,

Quand le soldat de mer affronte dignement,

Sans s’en faire jamais, les puissants éléments

Déchaînés sous la houle… s’y viennent amarrer,

 

Les bancs de Puntius, tétra cardinal, siluridés ;

On peut les voir danser aux lunes pleines,

S’agiter avec art, aux nuits souveraines ;

Là, s’étire à la lueur des phares, le reflet ridé

 

De nos pâles étoiles égrenées de l’ondée

En rideau, sur  l’océan blessé, humilié,

En l’épicentre du profond Miquelon délié

Des tornades clivant les terres inondées.

 


J’écoute aux maritimes escales, parfois,

Quand s’endort le poupon, le batelier,

Ce vaillant gabier, narrer aux familiers,

Ses exploits, l’œil humide… comme si le froid

Se devait d’excuser des récits d’autrefois,

Dont il emprunte, sans s’y laisser lier,

L’éphémère chenal traversé de milliers

De héros ; mon conteur l'avoue avec foi.

 


Que voulez-vous y faire ?... la mer est un jardin

Peuplé de plaisanciers ; ils bourgeonnent

Aux ides, puis, s’affaissent en l’automne

D’un rêve...  méconnu du pâle citadin.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

samedi 14 novembre 2020

AUDI !*

 

AUDI !*

Ecoutez !

 

Ecoutez chanter au ciel de novembre,

Les vents tourbillonnant au-dessus

De nos belles campagnes, aperçues

A l'aube, de l'ajour de la chambre !

 

Ecoutez blackbouler les premières neiges 

En flocons, sur le toit des maisons ! Ailleurs,

Le ciel est clair, moins froid ; le meilleur

Se dévêt peu à peu, des girouettes beiges.

 

Surviennent parfois, du lointain paysage,

Violentes giboulées et bruines de passage ;

Apeuré, l’oisillon qui pépie dans son nid,

 

Espère encor pitance, soupire en son abri

Quand du céruléen, les vapeurs assombries

Couvrent le faîte gris des breuils dégarnis.

 


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

FLORA ORIENTALIS EXHILARATING*

 

FLORA ORIENTALIS EXHILARATING*

Grisante flore

 

Les fleurs ont la mémoire des matins de clémence,

Du petit jour s’ouvrant au jardin de Postdam ;

Elles cachent leurs épines, leur rougeur intense,

Pour, dès l’aube, éveiller la pâleur des dames.

 

Les fleurs ont la fragrance de lointaines contrées ;

S’y éparpillent leurs sépales, au renouveau,

Quand s’étirent fragiles, de chaleur pénétrées,

Les douces harmonies, à l’ombre du cuveau.

 

Leur luisant feuillage, leur corolle magnifiée

En la claire rosée, s’y posent en silence ;

Les bises les caressent, sans en opacifier

L’ombrageuse nue qui au matin, s’élance.

 

Écloses sous la charmille, embaument de l’allée,

Les bosquets reverdis… elles teintent l’espoir

En ces regards absents se laissant empaler

Aux fadasses grimes de larmes en guipoir.

 


Du soyeux pédoncule, au satin de l’anthère,

Le pistil s’alimente du stigmate, à l’ovaire,

De sucs chauds, dont l’abeille se désaltère,

Quand s’enfle le pollen fixé à son revers…

 

Elles ont la grâce des nymphes de Corcyre ;

Se laissent musser des brumes de septembre…

Qui les voudrait, aux nuits bleues, occire ;

Elles, dont l’éphémère tapit le baume d’ambre ?

 

Elles soulèvent mes pages, flattent la prosodie,

Donnent à la métrique, d’harmonieuses rimes ;

Jamais ! Oh non, jamais, ma plume n’en contredit

La versification, la mesure lui allouant l’intime !

 

Les fleurs bercent mes mots, en étoilent le style ;

Me rassurent aux orages du violent dithyrambe

Soufflant sur les flammèches, et qu’effilent

Les foudres du sage qui, sans mal, les enjambe.

 


 

A mon heure dernière, quand j’irai arroser

Les bouquets de l’Eden, heureux, en paix,

Mes élégiaques stances s’y viendront reposer,

Confiant au silence_ fallait-il oser ?...

Des promesses d’en-Haut, il a su se draper.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

vendredi 13 novembre 2020

DUOBUS PONTIBUS*

 

DUOBUS PONTIBUS*

Entre deux ponts

 

Il est des jours, des nuits, sans personne

A qui parler, sans regard à effeuiller, au soir,

Quand les nuits viennent passer au pressoir

Les chimères, les joies, et qui pourtant résonnent.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020