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mardi 7 juillet 2020

MULIER*


MULIER*
La femme


La femme est une île en un sombre matin ;
Le poète, l'aquafortiste piégé du chevalet
En éparpillent en de sournois ballets,
Les criardes pochades du regard éteint.

C'est une œuvre emplie de lassitude,
Désenchantements, vexatoires ivresses ;
Un jardin ouvert aux moites caresses
De l’amant solitaire écrasé d’hébétude.

C’est un ru au vallon de l'espoir ;
Le soldat s'en voudrait conforter 
Quand meurent les vents déliés de l’été,
Les lunes figées au col de l'égrappoir

De lascifs lovelaces : prétentieux lords,
Tristes nobles de nuits d'automne ;
Vacillent leurs flammes monotones,
Ce feu sans passion... indolore, incolore.


La femme est musique : cantate,
Notes éthérées au cœur du clavecin…
Empourprée, elle dévoile du sein,
L’aréole cuivrée, sa courbe délicate.

Elle offre en de fantasques rondes,
La chair épurée de prétendue vierge
Au plantoir du désir… ostensible cierge
Magnifiant sa gorge pudibonde.

C'est une rivière qui coule en amont,
Inaccessible fleuve à l'estuaire opilé,
Une matrice… s'y viennent empiler
Ovulaires miasmes, phlegmons.


La femme qui s'encloue de rumeurs
Est au boudoir d'énamourées vaincues
D'empiriques épistémologies, vécues,
L'utopique mésaise du charmeur,

Jobastre à l'accent prononcé…
Il la voit sereine, voire, rassérénée,
Soumise devant l'âtre cernée
De flammèches, de plumets nuancés.

Où sont les femmes de naguère,
Les dryades de mes contes d'enfant ?
Leur ventre, que le plaisir pourfend,
Emmarbre leurs cuisses en guerre,

Entenaillent les berges du pubis,
L'hymen éclos, balayé de la langue,
Ses interstices, l'ensellure exsangue,  
Sa torsion… puis, quand elles vagissent,

Les coulées, les suaves geignements
Ces pépiements de couvées alouvies
Encernés de pluies ; elles dévient
De la nue _ vaporeux firmament…

Femme, conduis mes rêves passifs !
Descelle de moi, l’inquiétude,
L’infamie, la hideur, la turpitude !
Clarifie de mon double, les râles poussifs !






Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

lundi 6 juillet 2020

AD FONTES*


AD FONTES*
Aux sources


Puisqu'il faut naître de souvenirs
Éparpillés en l'œuvre contadine,
Je ramène du seuil des siècles à bannir,
L'histoire, la science, de la curie latine.

On verra s'esbaudir sans mal la vestale
Épanouie d'un harem, odalisque, houri,
Couchées au pied d'un sultan en escale
Aux enivrantes sources dont le désir nourrit

En ces manœuvres, le noyau cupulaire
Empli d'influx du souffle d'excitation ;
Lors, s'entrouvrent du crépusculaire,
Les bourgeons mués en l'éclosion

De morale aux outranciers préceptes :
Magistère tronqué de la Rome papale,
De prétentieux nonces aux lois ineptes
Bridés de pontifes aux substances létales.


Puisqu'il faut de Venise retenir les édits,
S’ajuster à son obédience, faut bien sûr,
Surseoir aux rites de ces affadis :
Homélies de moines sous tonsure.

On y voit poindre, enjuguées d'inconfort,
Lunes en canitie, étoupes bariolées
De fibres, d'astres placés en contrefort,
La nuit, fières, dressées en mausolées…

Aux sources de mon vocable d'artiste,
Repu de boutades, lacéré de blessures
Ai su du conclusif, en fier antipodiste,
Vaincre le temps qui ne jamais rassure.




Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

dimanche 5 juillet 2020

VICARIA


VICARIA



Voyez Venise pleurant ses barcarolles,

Byzance régnant avec maestria !

Accepteriez-vous très chère, le premier rôle

Aux noces de Fortuny, en son Vicaria ?  



Les plus belles couleurs, fauve, tons pastel

S’entrelacent follement comme si Goya_

Dont Théophile Gautier, en immortel

Accentue la fresque sur laquelle s’appuya



L’Aristarque de l’inquisition : Clément sept

Dont Guillermo Barnal n’accorda d’éloges_

Voile de la patte d'artiste : esperluette

Entrecroisée aux plissures de toges !


De l’Autodafé, émane peu de mystère ;

Le peintre en soulève l’ambivalence ;

La voit-on poindre des loges sectaires,

D'ordaliques édits floutés de décadence ?


Verriez-vous, de l'œuvre appréciée

De Ferdinand d’Espagne, canevas, esquisse ?

En êtes-vous à même, et sans l’émacier,

D'en encarter l’ouvrage, poser en ex-libris,


Ce trésor, afin d'y retrouver la page

Où somnolent de riches prosodies ?

Devrais-je prendre en otage

Votre cœur-aquarelle ? Il conspue l'interdit


Quand l'eau forte agresse du métal,

Le mordançasse imprégné d'infusions ;

Il solennise encor l’éclat ornemental

Du pigment en jets d’implosion...




Dois-je vous galber la hanche, sublimer

L’évanescent profil sous noir fusain,

L'impassible contour ? Je veux en affiner

L'échancrure, en damasser le lusin,


Puis, des nuances, mordorer la pâleur

De vos joues d’infante devenue femme

Au balcon d'imprécises douleurs

Rythmées de vos vingt ans, l’infâme


Solitude encloîtrant l'insoumise

Assujettie aux caprices de l'altération ;

Apaiser du breuvage sous emprise,

L'hymen en quête de satisfaction.


Suis-je aquafortiste de votre silhouette,

Le peintre usurpant à la nue, l’ouate

Modelée de Zéphyr, troublée des girouettes,

L’irascible souffle, en l’atmosphère moite.






Armand Mando ESPARTERO© copyright 2019

samedi 4 juillet 2020

UTINAM LACRIMAE*


UTINAM LACRIMAE*
Fautives larmes


Les larmes aspirent convenance ;
De mes regrets, rythment la tolérance,
Sans en farder l'influx de circonstances
Auxquels adhèrent les souvenirs intenses.

Elles noient le cristallin vitreux
Percé de spasmes malencontreux ;
S'étirent sans mal des désastres nitreux,
Du mal-être, ses rites malencontreux.

Les larmes accusent de l'inhibition,
En d'agouants besoins, la prétérition,
En desservent l’être riche de prétention,
Modèlent du chagrin, l'insolvable attrition.


Les miennes ont pris de l'altitude ;
De mes troubles, percé l'incertitude ;
En de sécables nuits de latitudes
Y refoulant la digne mansuétude.

J'ai traîné où grimacent les chiennes
De comptoir en quête de bourses pleines ;
Leur corps en feu, est un brasier de plaine
En l'aube moite, aux lueurs incertaines ;

Ai vu ces callipyges, fières, se dresser
Enfiévrées d’insultes, souvent agressées
D’amants lâches, muscles oppressés,
Coagulés sous le germe engraissé.
*
De ces larmes, ces perles illusoires
De grimauds lestés de vaine gloire
Pleurs encellulés de flots ostentatoires,
Désormais nulle trace… sera-ce rédhibitoire ?  





Armand Mando ESPARTERO© copyright 2019

vendredi 3 juillet 2020

ET OMNIA SUBSIDIUM*


ET OMNIA SUBSIDIUM*
Je fais réserve de tout


Du capricieux rêve, à l'envie d’aimer,
Se dissolvent les joies aiguisées de l’amour,
S’éparpillent les rires du cœur-tambour
Au for de cet ego piètrement sublimé.

Étiez, pour me plaire, organdi et dentelles ;
Moi, haillons, guenilles de lazzarone
Sous les ponts de Paris, quand la Seine bedonne
Au fil de sa mue accorée aux poutrelles.


Vos mains, vos lèvres porphyrées,
Flattent la grâce des reines déçues
De n’avoir de l’amant, jamais reçu
Sans équivoque, et pour s’en inspirer,

Plaisant graphème, quelque attention:
Audace épistolière du moindre accord,
Sans l'impudence fossilisant du corps
Meurtri de haine, abjectes prétentions…  

Je fais réserve d’illusions profanées,
Mesquines angoisses, impéritie…
Mes pensées fardent de l’imprécis,
Le bancal trépied d'un portrait buriné.




Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

jeudi 2 juillet 2020

AESTATE FLEBITIS*


AESTATE FLEBITIS*
Estivale complainte


Au majestueux envol de l’oiseau des cimes,
Se dissipent les brumes encerclant
Des stratus, l’épaisse nébuleuse giclant
De l’exosphère, et qu’au matin, éliment
Les vents dont les plaines se griment
Avant d’en déporter cet harmattan cinglant.

Quand roulent sur les flots la bise sodée,
Les premières ventées, le souffle alizéen,
Se meurent ici les brouillards péléens,
S’ouvre le caraco des criques érodées.

Les filles alanguies s’enivrent de parfums,
De fragrances chargées d’iode bleu,
D’aromates entretissés d’embruns
Percés du souffle de coteaux sableux.


Perchés au filao de la belle mangrove,
S’élaguent les murmures de la canopée,
Conciliabule de mânes chaloupées,
Éveillées de secrètes alcôves.

Les Tropiques affinent de l’île claire,
Le long galbe, en distordent ses rives,
Pour y border d'algues abrasives,
Le poudreux ressac au tétant de l’éclair.

De loin en loin, sur la berge poudrée,
Quand le corps s’adonne à l’ivresse:
Maritimes flux emperlées d'allégresse,
S’ébroue la faune aux spires cendrées,

Enclouées aux moites lunaisons,
Halitueuse bruine de concert,
De vagues troublées du corsaire
Ébloui du spectacle de saisons

Méconnues du forban en peine
Au creux de houles empuanties,
Sur l’océan trop souvent desserti
De l’aquatique baille des sirènes.


Quand s’en viennent gésir aux frimas
Déconstruits de l'hiver, les crossettes,
Ces noueuses marcottes de croisette  
Se fardent de miasmes ivoirins, climat

Riches de parhélie, d’étincelants éclats
Sis au bord du Phoebus, peut-être
Sur la rade de matins à renaître
De cet avatar:  imperceptibles glas…

Repus de distorsion, d’altération,
D'ultimes mirages nautiques
Violacés aviliront de l’amylique,
Le velouteux tanin d’immodération…

Face à cette pochade d’impertinence,
Me laisserai couler dessous la lame,
Noyer sous le pont rivé au macadam
D’une vieille cité bavée de l’existence.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020