MULIER*
La femme
La femme est une île en un sombre matin ;
Le poète, l'aquafortiste piégé du
chevalet
En éparpillent en de sournois ballets,
Les criardes pochades du regard éteint.
C'est une œuvre emplie de lassitude,
Désenchantements, vexatoires ivresses ;
Un jardin ouvert aux moites caresses
De l’amant solitaire écrasé d’hébétude.
C’est un ru au vallon de l'espoir ;
Le soldat s'en voudrait conforter
Quand meurent les vents déliés de l’été,
Les lunes figées au col de l'égrappoir
De lascifs lovelaces : prétentieux
lords,
Tristes nobles de nuits d'automne ;
Vacillent leurs flammes monotones,
Ce feu sans passion... indolore, incolore.
La femme est musique : cantate,
Notes éthérées au cœur du clavecin…
Empourprée, elle dévoile du sein,
L’aréole cuivrée, sa courbe délicate.
Elle offre en de fantasques rondes,
La chair épurée de prétendue vierge
Au plantoir du désir… ostensible cierge
Magnifiant sa gorge pudibonde.
C'est une rivière qui coule en amont,
Inaccessible fleuve à l'estuaire opilé,
Une matrice… s'y viennent empiler
Ovulaires miasmes, phlegmons.
La femme qui s'encloue de rumeurs
Est au boudoir d'énamourées vaincues
D'empiriques épistémologies, vécues,
L'utopique mésaise du charmeur,
Jobastre à l'accent prononcé…
Il la voit sereine, voire, rassérénée,
Soumise devant l'âtre cernée
De flammèches, de plumets nuancés.
Où sont les femmes de naguère,
Les dryades de mes contes d'enfant ?
Leur ventre, que le plaisir pourfend,
Emmarbre leurs cuisses en guerre,
Entenaillent les berges du pubis,
L'hymen éclos, balayé de la langue,
Ses interstices, l'ensellure exsangue,
Sa torsion… puis, quand elles vagissent,
Les coulées, les suaves geignements
Ces pépiements de couvées alouvies
Encernés de pluies ; elles dévient
De la nue _ vaporeux firmament…
Femme, conduis mes rêves passifs !
Descelle de moi, l’inquiétude,
L’infamie, la hideur, la turpitude !
Clarifie de mon double, les râles poussifs
!
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020


