NOTORIO TESTIMONIO*
Évidences notoires
Sombrent, les souvenirs de nous,
Ces embrocations lubrifiant les us ;
Face à elles, nous plions genoux,
Face au relent tenace du tylenchus.
S'écaillent les clichés d’amours ;
Jadis, nous les supputions nôtres,
Au clair des lunes sans ajour,
Turquoise… j’en ai trouvé d’autres
Semblables aux terres où traîne
Le fier esclave asservit à l’onde,
Calmant de ses rugueuses chaînes,
La cruauté, ce mal-être que sonde
L'âme apprêtée de douteuses prières
Ânonnées d’iconoclastes chaisières
Qui arguent en chapelle de pierre,
De fastidieuses coulpes de rosières
Évidées de supin, larmoyant de regrets
En madone de chaux, mains levées
Vers un ciel plombé: espace de grès
Semblable aux voûtes incurvées…
S’y noient à l’infini, râles placides,
Conciliabules, ridicules promesses
Fardées d’envies, dont chaque ride
Attise l’inéluctable vieillesse.
Cet amour prend d’autres raccourcis,
Étiole des joies l’impulsive
béance
De fougueuses étreintes, étrécies
Peu à peu de la luxuriance.
Semions parfois, au vent léger d’avril,
Chimères et sourires étanches,
Plaintives caresses... ces leurres subtils
Coulent encor la nuit, en avalanche
Sur la chair d’insatiables amants
Dont les reins arc-boutent la structure,
Durcissent des longs doigts-aimant,
Le désir sis là, sous la cambrure ;
Flottent au soir, au gré des galbes nus
Chavirés du socle de tentation,
Remords, regrets savamment retenus,
Figés au seuil de la consomption ;
Lors, du regard ensilé, déviant,
S'éveille de la peau assouvie,
Le souffle court du hardi pluvian,
Écalé de l'angoisse, sa pénible
survie.
S’il reste céans, des heures à diluer,
Te viendrai délier du passé
réfractaire
Auquel la mémoire toujours engluée
Travestit d'artefact, sombres clichés
d’hier.
Armand Mando
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